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Prix Femina : Clara Dupont-Monod récompensée pour "S'adapter"

La journaliste et femme de lettres Clara Dupont-Monod récompensée par le Prix Femina 2021 pour son roman "S'adapter" (Stock).
La journaliste et femme de lettres Clara Dupont-Monod récompensée par le Prix Femina 2021 pour son roman "S'adapter" (Stock).
©Wikipedia
La journaliste et femme de lettres Clara Dupont-Monod récompensée par le Prix Femina 2021 pour son roman "S'adapter" (Stock).

Clara Dupont-Monod remporte le prix Femina 2021 pour S'adapter (Stock). Ce roman raconte l'arrivée d'un enfant handicapé au sein d'une fratrie vivant en plein coeur des Cévennes. "L'histoire de ce livre a une base autobiographique", a confié l'autrice dans un entretien sur un site spécialisé de libraires, lors de la publication de son ouvrage.

Clara Dupont-Monod reçoit le Prix Femina pour son roman S'adapter publié aux éditions Stock. Cette journaliste et éditrice, âgée de 48 ans, avait remporté le prix Landerneau des lecteurs pour ce roman racontant l'arrivée d'un enfant handicapé dans une fratrie.

C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague.
Extrait de S'adapter de Clara Dupont-Monod
Le Prix Fémina 2021
Le Prix Fémina 2021
©Stock

"C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées. Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire", lit-on sur le site de son éditeur en résumé.

"Comme dans un conte, les pierres de la cour témoignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aîné qui protège, de la cadette révoltée qui rejettera le chagrin pour sauver la famille à la dérive. Du dernier qui saura réconcilier les histoires. La naissance d'un enfant handicapé racontée par sa fratrie", ajoute le résumé, concluant ainsi "Un livre magnifique et lumineux".

Lorsque l’on doit s’adapter à une personne inadaptée, lequel des deux est en fait le plus inadapté ?
Clara Dupont-Monod

"L'histoire de ce livre a une base autobiographique. J'ai eu un petit frère qui est né handicapé et qui est mort à l'âge de 10 ans. La joie de l'avoir connu a enfin supplanté le chagrin de l'avoir perdu", confiait-elle dans un entretien sur le site pagedeslibraire.fr, fin août. "Je ne suis pas du tout dans le côté événement tragique qui a marqué ma vie, qui fait que je suis en mille morceaux. Simplement, comme toutes les épreuves d’une vie, ça m’a construite et l’épreuve n’est pas une maladie honteuse. Lorsque l’on doit s’adapter à une personne inadaptée, lequel des deux est en fait le plus inadapté ?", ajoutait-elle.

Des histoires de femmes

Clara Dupont-Monod anime, depuis septembre 2014, une chronique littéraire dans l'émission Par Jupiter ! sur France Inter. À la rentrée 2021, la radio lui confie le créneau horaire de 17-18h du dimanche, avec une émission disséquant des œuvres littéraires nommée Livre et châtiment.

Elle est l'autrice de plusieurs romans. Dans son troisième récit, Histoire d'une prostituée, elle racontait le quotidien et la psyché d'une prostituée, que l'écrivaine a rencontrée et suivie pendant un an. "Pendant presque un an, deux fois par semaine, j’ai rencontré une prostituée bulgare de vingt et un ans. Elle était silencieuse, je voulais tout savoir. Que se passe-t-il dans la tête d’une fille, mise sur le trottoir au sortir de l’adolescence, seule dans un pays dont elle ne parle pas la langue ? Qu’est-ce que faire l’amour à plus de dix hommes chaque nuit, menacée par un proxénète qui vous laisse à peine de quoi régler chambre d’hôtel et repas ?", écrit-elle pour expliquer sa démarche. 

Son quatrième roman, La Passion selon Juette, décrivait le combat d'une femme au XIIème siècle qui refuse les diktats d'un monde où les femmes n'ont pas leur mot à dire face à une Église toute-puissante, s'appuyant sur la biographie de Ivette de Huy rédigée en latin médiéval par le religieux Hugues de Floreffe.

Annie Cohen-Solal, Prix Femina essais

Le Femina étranger est attribué au Turc Ahmet Altan pour Madame Hayat (Actes Sud), son troisième traduit en France. Le Femina essais est attribué à Annie Cohen-Solal pour Un Étranger nommé Picasso (Fayard). Elle ne figurait pas dans la sélection.

Les trois prix ont été décernés lundi 25 octobre, au musée Carnavalet à Paris.

Les cinq finalistes du Femina (romans français) étaient Clara Dupont-Monod, Jean-Baptiste Del Amo, Thomas B. Reverdy, Nina Bouraoui et Mohamed Mbougar Sarr. La distinction inaugure la saison des prix littéraires d'automne. Le jury du Prix Femina réunit Evelyne Bloch-Dano, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Mona Ozouf, Danièle Sallenave, Josyane Savigneau, Nathalie Azoulai, Scholastique Mukasonga et Patricia Reznikov. L'édition 2021 du Prix Femina est présidée par Anne-Marie Garat.

L'année dernière, le Prix Femina avait été décerné à Serge Joncour (roman français), Deborah Levy (roman étranger) et Christophe Granger (essai).