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Prix Nobel de la paix : le docteur Denis Mukwege et l'ex-esclave sexuelle yazidie Nadia Murad récompensés

Le prix Nobel 2018 vient d'être attribué au Docteur Denis Muukwege et à l'ex esclave sexuelle yazidie (Kurde-Irak)Nadia Murad
Le prix Nobel 2018 vient d'être attribué au Docteur Denis Muukwege et à l'ex esclave sexuelle yazidie (Kurde-Irak)Nadia Murad
(c) Ap Images

Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi 5 octobre 2018 au gynécologue congolais Denis Mukwege et à la Yazidie Nadia Murad, combattante kurde et ex-esclave du groupe Etat islamique, pour "leurs efforts pour mettre fin à l'emploi des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre". 

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L'un est gynécologue et soigne des femmes victimes de violences sexuelles, l'autre est une ancienne esclave sexuelle de Daesh. Denis Mukwege et Nadia Murad se sont vus attribués le prix Nobel de la paix, ce vendredi 05 octobre 2018.

Denis Mukwege, l'homme qui répare les femmes 

Le gynécologue Denis Mukwege soigne les femmes victimes de violences sexuelles dans la région du Kivu en République démocratique du Congo.

Depuis plus de vingt ans, il opère ces femmes, leur offrant une possibilité de reconstruction médicale et psychologique. Comme Nadia Murad, il a été primé par le Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, en 2014. Héros du documentaire "L'homme qui répare les femmes - la colère d'Hippocrate", de Thierry Michel et Colette Braeckman, il continue son action dans son hôpital de Panzi, à Bukavu.

"L'homme qui répare les femmes" lauréat du prix Nobel de la paix - son portrait en images :
 

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Entretien avec le docteur Mukwege dans "L'invité" de TV5monde, le 6 septembre 2017 :

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Le docteur Mukwege continue à appeller les jeunes à prolonger son action jusqu'en Europe. En 2016, le danseur franco-congolais Bolewa Sabourin met en place le programme "Re-Création", avec son association Loba - comme une thérapie par la danse pour reconstruire ces femmes.

Grand angle avec le Docteur Denis Mukwege, le 31 mars 2015 : 

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Lire aussi ► Togo : le viol de trop

Nadia Murad, de l'esclavage au Nobel de la paix 

A 25 ans, Nadia Murad a survécu aux pires heures traversées par son peuple, les Yazidis d'Irak. Elle en devient une porte-parole respectée jusqu'à ce vendredi 5 octobre 2018, où elle se voit récommpensée par le Nobel de la paix. Cette jeune fille au visage fin et pâle encadré de longs cheveux bruns aurait pu couler des jours tranquilles dans son village de Kosho, près du bastion yazidi de Sinjar, une zone montagneuse aux confins de l'Irak et de la Syrie.

Mais la percée fulgurante des jihadistes du groupe Etat islamique (EI), en 2014, en a décidé autrement. Un jour d'août, sur des pick-up surmontés de leur drapeau noir, ils ont fait irruption dans le village, tué des hommes, transformé en enfants-soldats les plus jeunes et condamné des milliers de femmes aux travaux forcés et à l'esclavage sexuel.

Aujourd'hui encore, Nadia Murad — comme son amie Lamia Haji Bachar, avec laquelle elle obtenait en 2016 le prix Sakharov du Parlement européen —  n'a de cesse de rappeler au public et aux institutions que plus de 3 000 Yazidies sont toujours portées disparues, probablement encore captives. Jointe au téléphone, elle leur dédie son prix Nobel, ainsi qu'à toutes les femmes victimes de violences sexuelles dans les zones de conflit : 

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Torture, viols, conversion forcée                             

Les jihadistes ont voulu "prendre notre honneur, mais ils ont perdu leur honneur", affirmait aux eurodéputés européens celle qui a été nommée "ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains". Ce trafic, Nadia Murad l'a vécu dans sa chair. Conduite de force à Mossoul, capitale irakienne du califat autoproclamé de l'EI qui a été reprise il y a plus d'un an, elle a enduré durant de longs mois un vrai calvaire. Torture, viols collectifs, vente puis multiples reventes sur les marchés aux esclaves des jihadistes, reniement forcé de sa religion — rien ne lui aura été épargné.
Car pour les combattants de l'EI et leur interprétation ultra-rigoriste de l'islam, les Yazidis sont des hérétiques.

Kurdophones, les fidèles de cette religion ésotérique ancestrale croient au Dieu unique et au "chef des anges", représenté par un paon. Comme des milliers d'autres Yazidies, Nadia Murad est donc "mariée" de force à un jihadiste qui la bat, racontait-elle lors d'un poignant discours devant le Conseil de sécurité de l'ONU à New York. "Incapable d'endurer tant de viols et de violence", selon ses propres mots, elle prend la fuite, un projet qu'elle parvient à mettre à exécution grâce à l'aide d'une famille musulmane de Mossoul. Avec de faux papiers d'identité, elle gagne le Kurdistan irakien, à quelques dizaines de kilomètres à l'est de Mossoul, où elle rejoint les cohortes de déplacés, entassés dans des camps.                  

"Le combat nous a rassemblés"            

Là, après avoir appris la mort de six de ses frères et de sa mère, elle prend contact avec une organisation d'aide aux Yazidis qui lui permet de retrouver sa soeur, en Allemagne. C'est dans ce pays, où elle vit toujours et dont elle loue régulièrement l'accueil des Yazidis, qu'elle s'éveille au militantisme. Elle devient une porte-parole écoutée de son peuple, qui comptait 550 000 membres en Irak avant 2014. Aujourd'hui, près de 100 000 d'entre eux ont quitté le pays et d'autres sont déplacés au Kurdistan.

C'est depuis l'Allemagne qu'elle mène "le combat de (son) peuple", selon ses mots : faire reconnaître les persécutions commises en 2014 comme un génocide.
Pour ça, les Yazidis ont une allié de taille : Amal Clooney, l'avocate et militante des droits de l'Homme libano-britannique, qui a d'ailleurs préfacé le livre de Nadia Murad Pour que je sois la dernière, paru en français en février 2018. Il y a un an exactement après son appel, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est engagé à aider l'Irak à réunir des preuves des crimes.

Le combat de Nadia Murad lui a aussi parfois réservé de bonnes surprises. Le 20 août, la jeune femme annonçait sur Twitter ses fiançailles avec un autre militant de la cause yazidie, Abid Shamdeen. "Le combat pour notre peuple nous a rassemblés et nous poursuivrons ce chemin ensemble", écrivait-elle. En dessous, une photo montrait le jeune homme, un bras sur les épaules de Nadia Murad, dont le visage toujours encadré par ses longs cheveux bruns était barré, cette fois, d'un grand sourire.