Terriennes

20 ans de prison pour Dino Scala, le "violeur de la Sambre" : insuffisant selon les victimes

Croquis montrant Dino Scala, lors du dernier de son procès dans le nord de la France, le 1er juillet 2022. Le "violeur de la Sambre" a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle, pour une cinquantaine d'atteintes sexuelles, dont des viols, commis pendant près de 30 ans. 
Croquis montrant Dino Scala, lors du dernier de son procès dans le nord de la France, le 1er juillet 2022. Le "violeur de la Sambre" a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle, pour une cinquantaine d'atteintes sexuelles, dont des viols, commis pendant près de 30 ans. 
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Croquis montrant Dino Scala, lors du dernier de son procès dans le nord de la France, le 1er juillet 2022. Le "violeur de la Sambre" a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle, pour une cinquantaine d'atteintes sexuelles, dont des viols, commis pendant près de 30 ans. 
Un portrait robot du "violeur de la Sambre" avait pu être réalisé, notamment suite au témoignage d'une de ses victimes, Mélanie, agressée à 14 ans en 1997, la seule à avoir pu voir son visage. 
L'heure de la justice a sonné pour les dizaines de victimes (entre quarante et cinquante) du violeur en série Dino Scala, 61 ans, qui est jugé à partir du 10 juin à Lille, et qui a reconnu en partie les faits. 

Dino Scala, 61 ans, a été condamné à 20 ans de prison au terme de son procès devant les Assises du Nord à Douai. Il a été reconnu coupable de 16 viols et 38 agressions sexuelles. Une peine maximale, assortie d'une période de sûreté des deux tiers, qui ne satisfait pas les victimes. "On sait que le cauchemar reviendra quand il sortira", a réagi l'une d'elles. 

Vingt ans de réclusion criminelle, avec une période de sûreté des deux tiers: Dino Scala a été condamné pour des viols et agressions sexuelles commis pendant 30 ans à la peine maximale encourue, jugée insuffisante par les victimes et même le parquet.

Acquitté d'un viol et d'une tentative de viol, l'accusé, surnommé "le violeur de la Sambre", a été reconnu coupable par les Assises du Nord de 54 des 56 faits pour lesquels il était jugé, dont 16 viols. Sept des tentatives de viol qui lui étaient reprochées ont été requalifiées en atteintes sexuelles.

"Je me sens libérée d'un poids mais seulement pour une dizaine d'années, jusqu'à ce qu'il sorte", a réagi au verdict une des victimes, agressée à l'âge de 14 ans. "On sait que le cauchemar reviendra quand il sortira", a-t-elle ajouté.

Est-il normal qu'on touche un plafond de verre, qu'avec 10 ou 50 victimes, on encourt la même peine ? C'est une question à poser à nos députés.
Me Caty Richard

"Est-il normal qu'on touche un plafond de verre, qu'avec 10 ou 50 victimes, on encourt la même peine ? C'est une question à poser à nos députés", s'est émue une des avocate des victimes, Me Caty Richard. L'un des avocats généraux, Annelise Cau, avait elle-même estimé dans ses réquisitions que la peine encourue était "trop faible". Elle avait appelé à une réflexion sur la prise en compte du caractère sériel des crimes sexuels et de leur préméditation, qui n'a à ce stade "aucune conséquence juridique".

"Je vais présenter mes excuses aux victimes", a déclaré laconiquement, Dino Scala, au dernier jour de son procès, chemise noire et cheveux gris ras, laissant paraître peu d'émotion.

L'instinct du chasseur

"Vous vous sentiez fort ?", demande une avocate à Dino Scala: "oui, fort, je prenais le dessus", répond-il. Au président de la cour qui rappelle que selon l'enquête de personnalité, il n'est "pas spécialement porté sur le sexe", il lance : "oui, c'est bizarre""A côté de ça (...) de ce que j'ai pu accomplir comme méfaits, j'ai toujours eu une vie normale". 

Invoquant un instinct "prédateur, chasseur", l'accusé évoque une adolescence, marquée par de "la violence" intrafamiliale, mais aussi des "soupçons, (...) sur des actes que mon père aurait commis sur mes soeurs""Dans la famille, j'étais le bon à rien", à l'école, "c'était moyen""c'était très compliqué" aussi dans la vie intime, et professionnelle, égrène-t-il. 

Une première plainte en 1996

La toute première plainte remonte à décembre 1996, celle d'une femme de 28 ans, violée le long d'une voie rapide à Maubeuge, ville du nord de la France, non loin de la frontière belge. Un homme est sorti de l'ombre, raconte-t-elle, lui a demandé s'il lui "avait fait peur", avant de l'étrangler et l'entraîner dans un taillis. Son sperme sera trouvé dans l'herbe.

Très vite, d'autres agressions suivent dans la même zone, dans la vallée industrieuse de la Sambre, rivière franco-belge. Des adolescentes sont notamment violées sur le chemin de l'école. En deux ans à peine, une quinzaine de victimes sont recensées.

Elles sont presque systématiquement agressées dans l'ombre des petits matins d'hiver, généralement sur la voie publique. Le mode opératoire est similaire : l'homme les saisit par derrière, les étrangle avec l'avant-bras ou un lien, pour les traîner à l'écart. Il les menace, souvent à l'aide d'un couteau, peut leur attacher mains et pieds ou leur bander les yeux. Il leur demande parfois de "compter", pendant qu'il fuit. Durablement traumatisées, plusieurs diront avoir "vu la mort".

Pendant des années, la police multiplie les investigations, compare l'ADN, quadrille la zone. Sans succès, au point qu'un premier non-lieu est prononcé en 2003. L'affaire rebondit en 2006 après une série d'agressions en Belgique. D'autres plaintes plus anciennes sont alors rapprochées du dossier. Mais le coupable demeure introuvable.

"Nature de chasseur"

Jusqu'à l'agression d'une adolescente en février 2018 à Erquelinnes (Belgique). Une Peugeot 206 est filmée par la vidéosurveillance, à proximité. Son conducteur est identifié. Dino Scala sera arrêté quelques semaines plus tard devant son domicile situé dans la localité de Pont-sur-Sambre, de l'autre côté de la frontière.

L'arrestation de ce père de cinq enfants, ancien ouvrier et entraîneur de clubs locaux de football, abasourdit son entourage qui le décrit largement comme "gentil", "serviable". Mais deux ex-belles-sœurs dénoncent des comportements déplacés. Sa première fille évoque des souvenirs imprécis d'attouchements, accusant successivement son père et son grand-père.

Couteau, cordelettes, gants sont retrouvés lors des perquisitions. Son ADN est présent sur plusieurs scènes de crime. En garde à vue, il avoue une quarantaine d'agressions, invoquant des "pulsions" incontrôlables. Plus tard, il dira "en vouloir" aux femmes et s'être toujours senti insuffisamment reconnu, "éternel second" dans sa vie professionnelle comme intime.

Lui-même a invoqué, lors du premier jour de son procès, le vendredi 10 juin, un "instinct chasseur, prédateur". Calme et volubile à la barre, il reconnaît avoir "commis des agressions sexuelles et des viols", comme il l'avait fait pendant l'enquête, sur "la majorité des faits", selon son avocate.

L'enquête dessine le profil d'un "prédateur" à la vie "organisée autour" de ces crimes. Avant d'aller au travail, il "rôdait" pour trouver des victimes et repérer leurs habitudes. Selon des experts psychologues, sa jouissance provenait plus de la "domination d'autrui" que de l'acte sexuel.

Une enquête qui piétine, des victimes peu écoutées

La traque du "violeur en série" aura donc duré plus de vingt ans et aura mobilisé les services de la police locale, côté français comme belge. Comment expliquer que ce violeur en série ait pu passer au travers des mailles du filet et poursuivre ses agressions si longtemps ?

Portrait robot du "violeur de la Sambre" établi par la police scientifique. 
Portrait robot du "violeur de la Sambre" établi par la police scientifique. 
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Mélanie n'avait que 14 ans lorsqu'elle a été violée par Dino Scala, en février 1997. "Il me serre la gorge, j'ai la tête qui bascule en arrière, j'ai le temps de voir son visage", déclare-t-elle, en larmes, interrogée sur France2. Seule victime à avoir vu le visage du violeur, elle permet d'établir un portrait-robot très ressemblant. Personne ne fait le lien avec Dino Scala.

L'enquête piétine.

La police détient pourtant le profil génétique du violeur de la Sambre puisque le même ADN a été retrouvé dans plusieurs affaires. Mais le profil n’a jamais "matché" avec les millions de profils contenus dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG). Dino Scala n’était pas connu des services de police et son ADN n’avait jamais été prélevé. 

Type européen, brun, taille moyenne : "on avait un signalement banal, une voiture banale", et surtout "un ADN qui ne matchait pas", commente Romuald Muller, directeur zonal de la police judiciaire de Lille qui a suivi l'enquête dès le départ. Autre difficulté : "une zone géographique d'action assez étendue, sans logique apparente", et le "manque de régularité" des faits, par rapport aux autres affaires sérielles, ajoute l'enquêteur. L'agresseur pouvait agir une dizaine de fois un même hiver, puis rester inactif des mois, voire des années. 

L'ancienne maire de Louvroil, Annick Mattighello, se souvient pourtant avoir tiré la sonnette d'alarme : "Trois victimes en quelques semaines, dont une salariée de la ville. (...) J'ai compris qu'un prédateur rôdait ; j'ai organisé une conférence de presse pour alerter la population". Mais police et parquet "m'ont accusée d'entraver l'enquête", assurant que "j'allais le faire fuir", déplore-t-elle."Personne n'avait fait le lien" avec l'instruction de 1996, estime-t-elle, regrettant que "plusieurs portraits robots existants" n'aient "jamais été diffusés".

Certaines se sont senties pas crues.
Me Fanny Bruyerre, avocate de neuf parties civiles

Quand l'agresseur fuyait sans parvenir à ses fins, certaines plaintes "restaient au niveau du commissariat", observe une avocate, Me Sandrine Billard, dont deux clientes estiment avoir été mal prises en charge. 

"Les moyens n'étaient pas non plus les mêmes à l'époque et on n'accordait pas forcément autant de crédit à la parole des victimes qu'aujourd'hui", relève aussi Me Fanny Bruyerre, avocate de neuf parties civiles. "Certaines se sont senties pas crues", pointe-t-elle. Pour Me Emmanuel Riglaire, conseil de deux plaignantes, "l'organisation à l'époque du système judiciaire n'a pas aidé" à établir des liens ; les affaires étant traitées par des magistrats non-spécialisés, changeant régulièrement, dans un territoire "divisé en plusieurs zones de compétences".

Selon Me Caty Richard, l'avocate de trois femmes, Dino Scala a "bénéficié du fait que la mentalité française, au début des années 2000, n'était pas prête à l'idée qu'il existait des criminels en série". Exemple : le logiciel d'analyse criminelle SALVAC (système d'analyse des liens de la violence associée aux crimes), dont l'équivalent américain existe depuis 1985, n'a "été implanté en France qu'en 2003".

Une cinquantaine de victimes en trente ans

Ses premières agressions remonteraient à 1988. Parmi ses victimes, la plus jeune avait 13 ans, la plus âgée 48. Beaucoup d'entre elles, qui ne croyaient plus à une issue judiciaire, ont été recontactées après son arrestation.

"Ça a été un tsunami. Dans la foulée, il a fallu se dépêcher de redéposer plainte, retourner sur le lieu d’agression… On s’est replongé dans notre histoire. Et il a fallu encore se justifier", explique Clara, une des victimes de Dino Scala, dans La Voix Du Nord. Comme beaucoup d’autres, elle verra pour la première fois Dino Scala en face : "Quand son visage passe à la télé, je tourne la tête. Aujourd’hui, je n’en ai pas la force. Peut-être que dans une semaine…" 

"Il m’a laissée pour morte, je veux comprendre ce qui s’est passé. Là, il ne pourra pas se cacher. On y sera aussi pour d’autres qui n’ont pas eu la force de déposer plainte", témoigne dans le même article Valérie, une autre victime.

Elles espèrent pouvoir enfin mettre un point final à ce qui leur est arrivé, avoir un début d'explication et être entendues, comprises.
Me Caty Richard, avocate de trois victimes

"Elles espèrent pouvoir enfin mettre un point final à ce qui leur est arrivé, avoir un début d'explication et être entendues, comprises", commente Me Caty Richard. "Elles ne peuvent pas marcher seules et ne supportent pas que quelqu’un marche derrière elles. Maintenant, elles vont devoir se confronter à la justice, ce n’est pas évident", rapporte de son côté Me Sandrine Billard.  

Jugé jusqu'au 1er juillet, Dino Scala comparaît pour 17 viols, 12 tentatives de viol et 27 agressions ou tentatives d'agression. Il risque vingt ans de prison pour la totalité des faits reprochés, sachant que quatre ont déjà été effectués.