À quand un couloir humanitaire pour les Afghanes en France ?

La France accueille officiellement cinq Afghanes menacées par les talibans et exilées au Pakistan voisin. Une opération d'évacuation réclamée de longue date par les associations de soutien, qui appellent Paris à faire plus en ouvrant un couloir humanitaire dédié aux femmes.

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Afghanes en exil

Des femmes réfugiées afghanes participent à un rassemblement pour marquer la Journée internationale des droits des femmes, à Islamabad, au Pakistan, le mercredi 8 mars 2023. 

©AP Photo/Anjum Naveed
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Elles ne sont pour l'instant que cinq : cinq femmes, dont une accompagnée de trois enfants, accueillies officiellement par la France, plusieurs mois après avoir fui le régime taliban vers le Pakistan.

Anciennes directrice de l'université des Sciences, consultante pour des ONG, présentatrice de télévision ou encore enseignante dans une "école secrète de Kaboul", ces femmes ont en commun de ne pas avoir pu bénéficier des ponts aériens vers les pays occidentaux lors de la chute du pouvoir aux mains des talibans. Et d'avoir dû fuir par leurs propres moyens vers le Pakistan, limitrophe.

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"Selon les consignes données par le président de la République, une attention toute particulière est portée sur des femmes prioritairement menacées par les talibans parce qu'elles ont eu des positions importantes dans la société afghane (...) ou des contacts étroits avec les Occidentaux. C'est le cas des cinq femmes qui arrivent aujourd'hui", a indiqué à l'AFP Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), organe sous tutelle du ministère de l'Intérieur. 

Afghanistan : un régime de plus en plus répressif pour les femmes

Des femmes afghanes attendent de recevoir des rations alimentaires distribuées par un groupe d'aide humanitaire, à Kaboul, en Afghanistan, le dimanche 28 mai 2023.

©AP Photo/Ebrahim Noroozi

Des "centaines" de femmes "cachées" au Pakistan

Dès leur arrivée, ces femmes seront hébergées d'abord dans un centre de "transit" en région parisienne, enregistrées comme demandeuses d'asile puis orientées vers des hébergements "de longue durée", le temps que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) statue sur leurs dossiers, précise Didier Leschi.

L'opération Apagan est amenée à se reproduire si d'autres femmes correspondant à ce profil ont trouvé refuge au Pakistan. Didier Leschi, préfet et directeur général Ofii

"A bas bruit, l'opération Apagan (d'exfiltration des Afghans vers la France) continue", ajoute le préfet, soulignant que ce genre d'opération d'évacuation est "amenée à se reproduire si d'autres femmes correspondant à ce profil ont trouvé refuge au Pakistan".

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Pourtant, si ces arrivées constituent "une bonne nouvelle", elles ne sont "pas le fruit d'une décision politique" mais ont été "obtenues de haute lutte" par des militants qui ont bataillé "pour obtenir des visas" à ces femmes, déplore Delphine Rouilleault, directrice générale de France terre d'asile, dont un centre les accueillera dans un premier temps. L'association, qui soutient depuis plusieurs mois les appels à exfiltrer ces femmes, demande un "programme d'accueil ad hoc plus large", a poursuivi Delphine Rouilleault qui estime à des "centaines" le nombre d'Afghanes "cachées" au Pakistan.

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"Coupables de tout, elles ne valent plus rien"

A l'été 2021, le président Emmanuel Macron avait promis que la France resterait "aux côtés des Afghanes", en pleine opération d'évacuation - 15.769 personnes entre le printemps 2021 et fin juillet 2023, selon les autorités.

Les femmes, en particulier les femmes seules et qui ne disposaient pas de l'entregent nécessaire, ont été largement délaissées. Collectif Accueillir les Afghanes

Deux ans plus tard, "les femmes, en particulier les femmes seules et qui ne disposaient pas de l'entregent nécessaire, ont été largement délaissées", avait déploré fin avril dans une tribune au Monde le collectif Accueillir les Afghanes, notamment piloté par des journalistes. "Coupables de tout, elles ne valent plus rien. L’Afghanistan est le pays le plus répressif pour le droit des femmes et des filles", rappelait la tribune.

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"Pour elles, il ne subsiste aujourd'hui que des initiatives ponctuelles, menées souvent à bout de bras par des journalistes, des chercheurs, des organisations, pour leur permettre de quitter l'Afghanistan au compte-gouttes", regrettait le collectif, appelant la France à mettre en place un programme d'accueil humanitaire "d'urgence".

Les Afghanes sous contrôle militaire des talibans

Un combattant taliban monte la garde pendant que des femmes attendent de recevoir des rations alimentaires distribuées par un groupe d'aide humanitaire, à Kaboul, en Afghanistan, le mardi 23 mai 2023.

 

©AP Photo/Ebrahim Noroozi

Les droits des Afghanes réduits à peau de chagrin

Depuis son retour au pouvoir à l'été 2021, le régime taliban a progressivement réduit les droits des Afghanes qui ne peuvent plus être scolarisées après 12 ans, accéder aux universités ni aux parcs ou aux salles de sport.

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Les femmes, qui doivent se couvrir entièrement lorsqu'elles sortent de chez elles, n'ont plus le droit, également, de travailler pour les ONG et sont exclues de la plupart des postes de fonctionnaires.

#AccueillirlesAfghanes
© #AccueillirlesAfghanes

Cette évacuation sera-t-elle suivie d'autres, plus conséquentes ? Sollicitées, les autorités françaises n'ont pas souhaité s'exprimer. Et sans prise de position du gouvernement, déplore France terre d'asile, l'opération n'a en tout cas pas valeur d'"engagement de la France".

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