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Qui est Isabelle Rome, la nouvelle ministre à l'égalité femmes-hommes ?

Isabelle Rome, 59 ans, devient la ministre à l'égalité femmes-hommes du second mandat d'Emmanuel Macron<em>.</em>
Isabelle Rome, 59 ans, devient la ministre à l'égalité femmes-hommes du second mandat d'Emmanuel Macron.
©isabelle rome /facebook

Isabelle Rome, 59 ans, succède à Elisabeth Moreno au fauteuil de ministre à l'égalité femmes-hommes en France. Déja en charge de ce dossier au ministère de la Justice dans le précédent gouvernement, la magistrate avait pour mission de veiller à l'application des mesures du Grenelle contre les violences conjugales. Engagée au sein de plusieurs associations et autrice de plusieurs ouvrages, elle milite pour la défense des droits des femmes. 

"On a avancé à marche forcéeOn est partis d’une prise de conscience sociétale et politique très forte pour arriver à des mesures concrètes.", lançait Isabelle Rome la semaine dernière dans le cadre de sa mission en tant que Haute fonctionnaire chargée d'appliquer les mesures du Grenelle de novembre 2019.

Depuis l'automne dernier, celle qui vient d'être nommée ministre déléguée à l'égalité femmes-hommes, poursuit une tournée en France, se rendant dans les dix juridictions pilotes où sera expérimenté l’un des dispositifs du Grenelle : le contrôle judiciaire avec placement probatoire des conjoints violents. Il oblige l’auteur supposé à résider dans un appartement géré par le Groupe SOS, avec un suivi psychosocial, avant d’être jugé.
Retrouvez notre portrait de la nouvelle Première ministre française ►Elisabeth Borne : une femme Première ministre en France, trente ans après

Juge à 23 ans

Isabelle Rome est née le 29 avril 1963 à Bourg-en-Bresse. Mariée au président socialiste du conseil général et sénateur de l'Oise, Yves Rome. "Ce fut un coup de foudre, confie-t-elle brièvement dans le journal Le Parisien en 2005, mais, pour des questions de vie privée, je ne souhaite pas en dire plus" .

À 23 ans, elle est la plus jeune juge de France, chargée de l’exécution des peines dans une prison de 1 200 détenus à Lyon. C’est le choc du milieu carcéral : "Six années décisives dans ma vie. Aux assises ça n’est pas seulement 2 chiffres qu’on aligne".
Elle fait ses débuts à Lyon en tant que juge d'application des peines, secrétaire générale de la présidence puis juge d'instruction, de 1987 à 1998. À propos de cette expérience, elle confie à Tendance droit , citant Dostoïevski et son roman Les frères Karamazov : "Nous sommes tous responsables de tout et de tous, et moi plus que les autres". À Lyon, toujours, elle est nommée secrétaire générale de la Présidence au TGI de Lyon entre 1992 et 1995, avant de devenir juge d’instruction, entre 1996 et 1998.
 
Elle rejoint ensuite la délégation interministérielle à la ville comme cheffe du bureau de la prévention de la délinquance, avant de faire son retour en juridiction à Amiens, Pontoise, Versailles, Nanterre et Chartres notamment.
 

En 2018, l'ex-Garde des Sceaux la nomme haute-fonctionnaire à l'égalité femmes-hommes au ministère de la Justice et devient la première à exercer ce poste à temps plein. Elle aura à ce poste la mission d’améliorer l’accès des femmes à des postes de hiérarchie, d'assurer un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, de lutter contre les stéréotypes et de réintroduire la mixité dans les métiers de la justice.

Il ne s’agit pas d’une histoire de revendications féministes. Améliorer le sort des femmes est un levier puissant pour faire évoluer notre institution.
Isabelle Rome

Un chantier urgent, alors que le ministère de la Justice a été épinglé en 2016 pour n’avoir pas respecté la loi Sauvadet fixant à 40 % la proportion de femmes à des fonctions de hauts cadres. Pour les personnels du ministère, les magistrats, la pénitentiaire, le greffe, la PJJ et les SPIP, l’objectif est d’améliorer l’accès des femmes à des postes de hiérarchie, l’équilibre vie privée/vie professionnelle, la lutte contre les stéréotypes et de réfléchir à la mixité dans les métiers du droit.

"Il ne s’agit pas d’une histoire de revendications féministes. Améliorer le sort des femmes est un levier puissant pour faire évoluer notre institution. Dans une démocratie moderne, les institutions doivent être un reflet de la société", confie-t-elle dans un entretien accordé au site tendancedroit.fr.

Toujours au sein du ministère de la justice, elle sera par la suite chargée de coordonner un plan d'action de lutte contre les violences conjugales, dans le sillage du Grenelle.

Invitée dans le 64' de TV5monde, elle dressait le bilan de la situation durant le premier confinement de la crise du COVID. Si les interventions par les forces de l'ordre pour violences conjugales ont augmenté de 42% en France,"c'est qu'elles sont intervenues dès qu'elles ont été appellées. Pour autant, il n'y a pas eu d'augmentation du nombre de plaintes", insiste-t-elle. A noter que pendant cette période néammoins, les appels ves le 3919 ont été multipliés par trois. Pour la magistrate, "il y a eu une mobilisation massive, aussi bien de l'opinion publique, que des autorités, que ce soit la police ou la justice".

A (re)voir Isabelle Rome invitée du 64' sur TV5monde ►Femmes victimes de violences conjugales : un enfer confiné

Femmes en prison, "les oubliées"

Isabelle Rome a dirigé plusieurs associations, notamment pour les droits des femmes. Autrice, elle a aussi rédigé plusieurs ouvrages sur ce thème. En 2002, elle crée l’association "Femmes de Liberté" (anciennement appelée "Paroles de Femmes en Picardie". Elle a participé à de nombreuses conférences sur les droits des femmes, leur traitement judiciaire, mais aussi sur les prisons françaises et sur les mineurs et la justice.
 

 
©Editions du moment
En 2012, Isabelle Rome publie son premier livre, Vous êtes naïve, Madame le juge (Éditions du moment, 2012). Deux ans plus tard elle signe un essai, Dans une prison de femmes : une juge en immersion (Éditions du moment, 2014), dont la préface est signée par Elisabeth Badinter. Elle y raconte ses rencontres avec des détenues, mais aussi des surveillantes, de la maison d'arrêt de Versailles où elle a passé presque un an en immersion, à raison d’une journée par semaine. Elle conte leur quotidien, tout en proposant des recommandations pour avoir des prisons "intégrées dans la cité, et non des décharges où l’on met des encombrants".
 
Les femmes en prison sont sans doute celles qui sont les plus oubliées, les plus isolées, les plus délaissées.
Isabelle Rome
"Condamnée à deux ans de prison, on n'est pas condamnée à vie à être en marge de la société", confie-t-elle lors d'un reportage."En tant que juge d'application des peines, j'ai prononcé des centaines d'années de prison, c'est peut-être ce qui a provoqué mon envie à un moment donné de passer de l'autre côté des barreaux pour aller interroger des personnes que l'institution condamne", s'interroge-t-elle. 

Pour elle, "les femmes en prison sont sans doute celles qui sont les plus oubliées, les plus isolées, les plus délaissées".
 
La nouvelle ministre a co-dirigé avec Éric Martinent l'ouvrage Dalloz L'emprise et les violences au sein du couple, préfacé par le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti et publié en mars 2021.
 

"Dites bien Mme la Procureure"

En mai 2019, Isabelle Rome a fait signer un texte d’engagement pour une parole non sexiste au président et au procureur général de la cour d’appel de Caen (Calvados), rappelle actu.fr . Texte qui prône la féminisation des titres, selon lequel il est désormais acquis de prononcer "Madame la Procureure" et de conjuguer au féminin les noms des postes occupés par des femmes.
 
Au niveau de la parité, dans le milieu de la justice, à part dans l’administration pénitentiaire, on trouve plus de femmes que d’hommes. Nous travaillons donc à la mixité mais plutôt dans l’autre sens !
Isabelle Rome
"Au niveau de la parité, dans le milieu de la justice, à part dans l’administration pénitentiaire, on trouve plus de femmes que d’hommes. Nous travaillons donc à la mixité mais plutôt dans l’autre sens !", lançait-elle alors en souriant. Pour elle, les magistrats se doivent d'être exemplaires en matière d’égalité hommes-femmes, "Car notre devoir est de combattre les violences conjugales, la prostitution… qui touchent beaucoup plus les femmes que les hommes. Tant que nous n’aurons pas combattu ces fléaux, l’égalité sera difficile à atteindre".