Terriennes

Radio France : Sybile Veil, nouvelle patronne à la tête d'un média francophone

A gauche, Sybile Veil, 40 ans, nommée par le CSA à la tête du groupe de radio du service public français, Radio France, jeudi 12 avril 2018.
A gauche, Sybile Veil, 40 ans, nommée par le CSA à la tête du groupe de radio du service public français, Radio France, jeudi 12 avril 2018.
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Deux semaines après la nomination de Catherine Tait aux rênes de Radio Canada, voilà qu'une autre femme vient prendre la tête d'un groupe de médias francophones de service public, Radio France. A 40 ans, Sibyle Veil est la deuxième femme à occuper ce poste, 37 ans après Michèle Cotta ... Après la tempête #MeToo, une brise féminine serait-elle en train de souffler sur les hauts postes de la planète média ?

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Ainsi en ont donc décidé les "sages" du Conseil supérieur de l'Audiovisuel français, c'est Sibyle Veil, seule femme parmi les six candidats, 40 ans, énarque, et déjà depuis trois ans à la tête des opérations et des finances de la Maison Ronde (surnom donné à Radio France pour la forme ronde de son bâtiment, ndlr), qui en prend les rênes.

Quadra, elle est l'une des plus jeunes à s'installer dans ce prestigieux fauteuil, après son prédécesseur Mathieu Gallet, dont le mandat a été révoqué en janvier par le CSA. Née le 26 septembre 1977, elle avait quatre ans, quand Radio France avait à sa tête une femme, Michèle Cotta.

Sibyle Veil a grandi en Bourgogne. Lycéenne à Dijon (Côte-d’Or), elle "monte" à Paris pour intégrer l’Institut d’études politiques de Paris puis l’École nationale d’administration (ENA). Petite précision : elle est issue de la même promotion qu'Emmanuel Macron, la fameuse promotion Senghor (2002-2004) dont de nombreux membres sont aujourd'hui aux manettes de l'Etat. Diplômée de Sciences Po, titulaire d'un DEA de politique européenne, elle commence sa carrière comme auditrice au Conseil d'Etat avant de rejoindre l’Élysée en 2007, sous Nicolas Sarkozy, comme conseillère technique chargée notamment du travail, du logement et des relations sociales puis de la santé à partir de 2010.


Une bonne manageuse, très efficace. (...)Elle a fait le choix de mettre les mains dans le cambouis.

Mireille Faugère, directrice AP-HP

Elle quitte la sphère politique en 2010 pour la direction du pilotage de la transformation à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), créée par la nouvelle directrice générale, Mireille Faugère. "Elle a à la fois une vision stratégique et la capacité à la mettre en œuvre", dit à l'AFP Mireille Faugère, décrivant une "bonne manageuse", "très efficace". "Elle a fait des choix professionnels courageux : quitter l’Élysée pour l'Assistance publique, une grande maison pas facile où elle s'est très bien intégrée. Elle a ensuite cherché à se confronter de nouveau à un opérateur de l'Etat, mais dans un milieu très différent, Radio France. Elle a fait le choix de mettre les mains dans le cambouis", ajoute-t-elle.

A Radio France, Mathieu Gallet fait appel à elle en juin 2015, après la longue grève du groupe. Elle y remplace la directrice générale Catherine Sueur, mais dans un périmètre plus restreint : elle devient directrice déléguée, en charge des opérations et des finances. Concrètement, elle pilote avec les syndicats le plan d'économies demandé par l'Etat et négocie à Bercy le contrat d'objectifs et de moyens jusqu'en 2019. Elle peut se targuer d'un bon bilan financier, le groupe devant renouer avec l'équilibre cette année.
 

J'ai toujours voulu me confronter à des difficultés. C'est un souci d'exigence et aussi une éthique personnelle.
Sybile Veil lors de son audition au CSA

Voix claire et phrasé distingué, l'intéressée confirme : "s'il y a quelque chose à retenir de mon parcours professionnel ou même de mes études, c'est le fait que j'ai toujours voulu me confronter à des difficultés. C'est un souci d'exigence et aussi une éthique personnelle", a-t-elle confié lors de son audition au CSA.

Dès l'annonce de sa nomination, la principale interessée a fait part de son enthousiasme sur son compte twitter. 

Calme et déterminée pour certains, austère et distante pour d'autres

Soutenue en interne par la plupart des cadres, elle est vue comme la candidate de la continuité après Mathieu Gallet.

"C'est une forme de continuité pour Radio France" a estimé un ancien dirigeant de la Maison Ronde interrogé par l'AFP, soulignant que c'était "une grande professionnelle, terriblement travailleuse, très calme et déterminée", avec "une fibre sociale très importante". "Alors que Mathieu Gallet était très cassant, capable de se mettre plus qu'à dos ses interlocuteurs, elle est à l'écoute, tranquille, et prend des décisions motivées. Cela permet la discussion", a ajouté Olivier Martocq, secrétaire général de FO Radio France.

Une source interne, ne souhaitant pas être citée, a toutefois déploré la "grande souffrance" des salariés liée au chantier que pilote Sibyle Veil. Une autre source l'a jugée "austère et distante".

Amatrice de musique classique et mère de trois enfants, Sibyle Veil s'est mariée en 2006 à Sébastien Veil, petit-fils de Simone Veil rencontré sur les bancs de l'Ena, qui travaille pour le fonds d'investissement américain Advent International.

Dans un communiqué, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, a salué sa nomination : " J’ai toute confiance dans la capacité de Sibyle Veil à mener, avec l’ensemble des équipes de Radio France, ce projet de transformation, dans le contexte actuel de réflexion globale sur les évolutions du service public de l’audiovisuel. "
 

"Membre de la Macronie", un atout précieux ?


Le magazine Marianne dans son édition web titre "Sybile Veil, une camarade de promo de Macron nommée à la tête de Radio France". "Décidément, la promotion "Senghor" de l'Ena (2002-2004) est une fabrique à cadors", dit l'article qui insiste aussi sur le fait qu'elle a aussi été une proche conseillère de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.
 


Selon Le Parisien également dans son édition web, "Au moment où les relations avec la tutelle battent de l’aile, l’énarque issue de la promotion Senghor, la même qu’Emmanuel Macron, peut être un atout précieux". Le quotidien la présente ainsi : "la blonde quadra qui a grandi en Bourgogne, a été lycéenne à Dijon (Côte-d’Or), avant d’intégrer l’Institut d’études politiques de Paris puis l’École nationale d’administration (ENA) a l’habitude d’aller à l’essentiel". "Au terme d’une audition réussie - de l’avis général - devant 5 sages au lieu de 7, le CSA a donc préféré celle qu’on donnait pour favorite aux autres candidats : François Desnoyers,  Guillaume Klossa, Bruno Delport, Christophe Tardieu et Jérôme Batout",  remarque Teleobs. L'Opinion parle d'"une nouvelle présidente de stabilité pour Radio France". 
 


Difficile de ne pas faire le lien entre cette nomination et le choix, sans précédent il faut bien le reconnaitre, du président Macron de déclarer l'égalité entre les femmes et les hommes, grande cause nationale, lors d'un discours prononcé à l'Elysée, samedi 25 novembre 2017, Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes. Décision suivie d'un train de mesures gouvernementales, malgré tout jugées encore insuffisantes par certaines militantes féministes. Mais dès lors qu'on s'interroge sur la place des femmes dans les hautes sphères de pouvoir et des médias, reste à savoir si cette terrienne de la planète Macron fera avancer les choses sur ce territoire, encore à conquérir ?