Terriennes

Référendum en Irlande : du 8ème au 36ème amendement de la Constitution, un Oui franc pour le droit à l'avortement

Sur les murs de Dublin, le visage rayonnant de Savita Halappanavarde dont l'histoire tragique a certainement été déterminante pour la victoire du OUI au droit à l'avortement. La jeune Irlandaise était morte du refus des médecins de lui "ôter" le foetus diagnostiqué non viable à quelques semaines de grossesse. Le 26 mai 2018, son père a remercié les Irlandais pour ce vote historique
Sur les murs de Dublin, le visage rayonnant de Savita Halappanavarde dont l'histoire tragique a certainement été déterminante pour la victoire du OUI au droit à l'avortement. La jeune Irlandaise était morte du refus des médecins de lui "ôter" le foetus diagnostiqué non viable à quelques semaines de grossesse. Le 26 mai 2018, son père a remercié les Irlandais pour ce vote historique
(Niall Carson/PA via AP)

Les Irlandais.es ont donc largement dit "oui" par référendum à la fin de l'inscription intangible du refus de l'avortement dans la Constitution. La voie pour la légalisation de l'IVG est désormais ouverte. L'interruption volontaire de grossesse sera bientôt possible en Irlande jusqu'à douze semaines de gestation, comme en France.

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"Il semble que nous allons faire l'Histoire demain" (samedi), a tweeté à la fermeture des bureaux de vote, le vendredi soir 25 mai 2018 le jeune "Taoiseach" (Premier ministre) Leo Varadkar, qui a fait campagne pour le "oui".

Dans ce petit pays de 4,7 millions d'habitants, où l'avortement n'est actuellement autorisé qu'en cas de danger pour la vie de la mère, 66% des électeurs ont voté pour un changement de la constitution contre 34% qui souhaitent le statu quo. Un résultat officiel proclamé dans l'après midi du 26 mai et qu'avait annoncé dès la clôture du scrutin, au soir du 25, un sondage "sortie des urnes" de l'institut Ipsos/MRBI réalisé pour le journal Irish Times auprès de 4.000 électeurs dans 160 bureaux de vote à travers le pays.
 

Un second sondage, réalisé par Behaviour & Attitudes pour le compte de la chaîne publique RTE, auprès de 3.800 électeurs, donnait aussi le "oui" largement en tête. Et contrairement aux prévisions, même les campagnes irlandaises réputées plus frileuses ont voté YES ! 

Selon les dépouillements, la fin de du 8ème amendement au profit du 36ème est plébiscité à 87% chez les 18-24 ans et à 83% chez les 25-34 ans, tandis que les personnes de plus de 65 ans ont voté majoritairement contre (60%). Un "oui"largement majoritaire chez les femmes (70%), cela n'étonnera personne, mais aussi chez les hommes (65%). La fracture est moins nette qu'attendue entre les centres urbains (favorables à l'avortement à 71%, voire 77% à Dublin) et les zones rurales (60%) traditionnellement plus conservatrices.

Aussitôt la victoire annoncée, celles et ceux qui s'étaient battus pour le droit à l'avortement au risque de recevoir les anathèmes de nombre de citoyens encore sous influence de la très stricte et puissante église catholique irlandaise, sont descendus manifester leur joie dans les rues du Dublin... 

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© TV5Monde

Le Yes au terme d'une campagne modèle, incisive et citoyenne

L'heure du choix, pour ou contre le droit à l'avortement avait donc sonné en Irlande, après une campagne vive, dans la rue, mais aussi et surtout sur les réseaux sociaux. Dans laquelle se sont aussi engouffrées des personnalités non irlandaises comme des membres ultra conservateurs du mouvement pro-life (pro vie) américain.  

L'affaire était si grave, qu'elle exigeait une révision constitutionelle du texte fondamental irlandais, voté en juin 1937. Il s'agit du huitième amendement, adopté en septembre 1983 et qui ouvrait une porte minuscule à l'IVG (en cas de risque absolu pour la femme enceinte), tout en verrouillant le droit à naître de l'enfant à n'importe quelle condition. Rarement texte juridique fut rédigé de façon aussi ampoulée, confuse, sujette à interprétations contraires : "L'État reconnaît le droit à la vie de l'enfant à naître et, en tenant dûment compte du droit égal à la vie de la mère, il garantit dans le respect de ses lois et, dans la mesure du possible, par ses lois mêmes le droit de défendre et de revendiquer ce droit".

Jusqu'à ce 25 mai 2018, l'avortement était autorisé si risque mortel, mais pas toujours

Dans les faits, cela interdisait aux parlementaires même s'ils y étaient majoritairement favorables, de prendre l'initiative d'une autorisation pleine ou partielle de l'IVG. Seules les femmes menacées de mort après expertise médicale pouvaient demander à ce que le foetus soit ôté de leur corps. Et encore, pas toujours...

Nous avons obtenu justice pour Savita, et ce qui lui est arrivé n'arrivera plus à aucune autre famille. 
Andanappa Yalagi, père de  Savita Halappanava, morte faute d'avortement, 26-05-2018

En 2012, le décès de Savita Halappanava une Indienne morte dans un hôpital en Irlande après s'être vu refuser, selon son mari, l'interruption de sa grossesse alors qu'elle faisait une fausse couche, avait suscité une vague d'indignation. La jeune femme, âgée de 31 ans, était enceinte de 17 semaines. Après avoir été informée qu'elle était en train de faire une fausse couche, elle avait demandé à plusieurs reprises que l'on mette un terme à sa grossesse. Le médecin avait répondu : "tant qu'il y a un rythme cardiaque foetal, nous ne pouvons rien faire". 
Dès qu'il a eu connaissance des résultats du vote, ce 26 mai 2018, le père de Savita Halappanava s'est dit "très heureux" du résultat du référendum irlandais.S'adressant au quotidien britannique The Guardian par téléphone depuis son domicile dans le Karnataka, au sud-ouest de l'Inde, Andanappa Yalagi a déclaré : "Nous avons obtenu justice pour Savita, et ce qui lui est arrivé n'arrivera plus à aucune autre famille. Je n'ai pas de mots pour exprimer ma gratitude au peuple irlandais en ce moment historique."

Et en 2017, seulement 26 cas de risque extrême ont été validés.

A relire sur ce sujet dans Terriennes :
Irlande : mourir d'un refus d'avortement

Avec le OUI au référendum, cette phrase constituant le 8ème amendement sera caduque, et remplacée par une autre, d'une sobriété exemplaire : "Les dispositions concernant les règles de l’interruption volontaire de grossesse pourront être prises par la loi." Ce qui signifie que ce seront aux élus de décider les conditions du droit à l'avortement. La proposition de loi, déjà prête, autorisera l'avortement jusqu'à 12 semaines de gestation, comme en France. 

Ce qui permettra de réduire considérablement ce nombre de 3500 Irlandaises qui prennent clandestinement chaque année le ferry à destination de l'Angleterre pour se faire avorter, et décider ainsi de leur corps et de leur vie. Un voyage réservé à celles qui en ont les moyens... 
Pour les autres c'était jusque là le recours à la pilule abortive via Internet, avec le risque d'être condamnée à 14 ans de prison pour pratique illégale. Ou bien l'obligation de mener la grossesse à son terme, quelles qu'en soient les circonstances.

A l'approche du scrutin, la confrontation était devenue plus aiguë, tant le fossé entre partisans de l'ouverture et tenants du conservatisme pur et dur ne peut être comblé, dans un pays hanté par le catholicisme, où le puritanisme a parfois conduit des religieuses, encore à la fin du 20ème siècle, à maltraiter, négliger, jusqu'à la mort, des nourissons nés en dehors des "liens sacrés" du mariage. 

Dans la rue, dans les pages des journaux, ou à travers les réseaux sociaux, les affrontements ont émaillé la campagne, comme on peut le voir via l'abondante couverture médiatique interne et externe de ce vote. Peut-être aussi parce qu'au sein de l'Union européenne ce droit acquis dans les années 1970 est souvent remis en cause, comme au Portugal, en Hongrie, en Espagne, en Italie, tous pays très catholiques. Sans oublier ceux qui y restent défintivement opposés comme Malte ou Chypre.

Le stress, le rejet, ce quotidien des candidates à l'avortement en Irlande

Le témoignage d’une femme prévenue de la mort certaine de son futur bébé en raison d’une malformation est revenu en boucle, dans la plupart des reportages. Même avec la perspective d’un futur plus tolérant, elles n'étaient pas nombreuses à accepter de témoigner à visage découvert. En 2011, Siobhan Donohue raconte qu'elle avait dû partir en Angleterre, une épreuve traumatisante pour elle, en raison du stress et du rejet qu’elle a vécus avant et après l'avortement. 

Dans le camp des adversaires résolus de ce droit si les "anciens" sont très visibles, beaucoup de jeunes, aussi. Qui ressassent, et continueront certainement à le faire, des arguments physiologiques, ceux que l’on entendait en France en 1974 lorsque fut débattue la loi Veil, en particulier ces fameux battements de coeur dès le 21ème jour de grossesse… 

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En 35 ans, la marche des Irlandaises pour le droit à l'avortement fut très longue, et n'est pas achevée. Reportage France 2, lundi 21 mai 2018 - durée 3'50"

Deux camps en apparence irréconciliables

Des femmes se sont dressées contre leur propre camp, tant les clivages dépassent les cadres politiques, de droite ou de gauche. Les mêmes affrontements que l'on peut percevoir en France et ailleurs autour du mariage pour tous ou le gestation pour autrui.

Faites confiance aux femmes. Les femmes qui décident qu'elles ne peuvent pas mener à terme une grossesse pour quelque raison personnelle que ce soit ont besoin de notre soutien et non de notre jugement.
Mary Brosnan, sage-femme

D'un côté, on peut lire dans le Irish Times, il y eut le vibrant appel de Mary Brosnan, directrice du service des sages-femmes à la National Maternity Hospital en faveur de la sortie du statu quo, parce qu'il faut "faire confiance aux femmes" : "J'ai travaillé comme sage-femme pendant plus de 30 ans. Pendant 13 de ces années, j'ai été échographe auprès des femmes enceintes. En tant que sage-femme, je travaille avec une équipe merveilleuse tous les jours pour procurer des soins sûrs et de la compassion aux femmes comme aux bébés. Mon rôle est d’appuyer les femmes dans toutes les circonstances du mieux que je peux.
Il n'a pas été facile de prendre cette décision. Je me suis battue avec moi-même comme la plupart des citoyens indécis. Mais mon point de vue s’est forgé par mes années d'expérience dans la profession de sage-femme en Irlande.
Une journaliste que j'ai entendue récemment parler du référendum dit du débat qu’il oppose des convaincus qui crient à d’autres convaincus qui crient. C'est certainement l'expérience que j'ai vécue en regardant les récents débats télévisés sur le sujet. (…/…)
Il y a deux ans, j'ai visité l'hôpital pour femmes de Liverpool et lors de la visite de l’unité obstétricale, une sage-femme m'a fait entrer dans une chambre en me disant d'un ton très réaliste : "C'est ici qu'on s'occupe de vos femmes." Cela m'a remplie de honte, que nous puissions continuer à prétendre que cela ne se produit pas chez nous et que nous préférons exporter le problème. (…/…)
Faites confiance aux femmes. Les femmes qui décident qu'elles ne peuvent pas mener à terme une grossesse pour quelque raison personnelle que ce soit ont besoin de notre soutien et non de notre jugement. Nous devons faire confiance aux femmes pour qu'elles prennent leurs propres décisions, conformément à leurs propres valeurs, espoirs et circonstances. La Constitution ne devrait pas avoir de rôle à jouer dans ce domaine.
"

Il s'agit de choisir entre permettre aux plus vulnérables, les enfants à naître, de continuer à avoir le droit à la vie ou de leur refuser ce droit humain fondamental, duquel tous les autres découlent.
Carol Nolan, députée

A l'inverse, on trouvait dans le Irish Examiner, autre grand quotidien irlandais, les justifications de la députée Carol Nolan, pourtant élue du Sinn Féin, formation qui défendait la réforme. Une prise de parole qui lui a valu d'être suspendue provisoirement (trois mois) par son parti : « J’ai rompu les rangs de mon parti pour protéger les enfants à naître et essayer d’empêcher l’avortement  à la demande.
Le Huitième amendement de la Constitution a très bien servi notre État depuis 1983.
Je crois qu'il a sauvé 100 000 vies »,  commence-t-elle.
Avec la même emphase, elle poursuit :
« Le référendum de vendredi porte sur la vie et la mort.
Il s'agit de choisir entre permettre aux plus vulnérables, les enfants à naître, de continuer à avoir le droit à la vie ou de leur refuser ce droit humain fondamental, duquel tous les autres découlent. (…/…) En Angleterre, une grossesse sur cinq se termine par un avortement. L'argument en faveur de l'avortement, sous couvert de risques pour la santé, est trompeur et déshumanisant.
L'avortement n'est pas une question de compassion et de soins.
Comment pourrait-il l’être, alors qu'il met délibérément fin à la vie d'un bébé à naître et cause souvent un traumatisme émotionnel pour la mère ?
Je crois, en tant que mère, et en tant que femme politique républicaine et nationaliste, que cette proposition d'autoriser l'avortement à la demande, jusqu'à 12 semaines, sans restriction, et jusqu'à six mois pour des raisons vagues de santé, est honteuse, régressive et devrait être rejetée avec force. (…/…) »

Quand croyances et émotions l'emportent sur la raison

Du côté des réseaux sociaux les antagonismes ont été encore plus virulents et ceux/celles du pro-life avançaient des arguments émotionnels et religieux : "Le vote le plus important de notre vie a lieu en Irlande ce 25 mai. La nation décidera si l'avortement sera autorisé dans ce pays, ou si elle décide de conserver l'article 8 de la Constitution. Veuillez TOUS prier cette semaine pour que le NON l’emporte. ​" écrit cet homme d'église. 
On trouve chez les pro-life des adeptes de la théorie du complot, qui n'hésitent pas à comparer les partisans de l'IVG aux assassins de l'Etat islamique : "C'est avec tristesse que l'on voit cela arriver à l'Irlande. Les publicités pro-vie étrangères ne sont pas autorisées, mais celles de George Soros le sont. Et les 'électeurs nouvellement inscrits' sont de jeunes adultes recrutés par le biais des médias sociaux à la solde de la 'Soros Abortion'. L'Etat islamique pourrait apprendre auprès de Soros comment recruter en ligne et créer de nouveaux tueurs."
Il est vrai que face aux débordements injurieux en vue, Facebook et Google avaient décidé, à l'annonce de la tenue du référendum en janvier 2018, d’interdire les publicités relatives au référendum en provenance de l’étranger.

Cette ingérence unilatérale dénoncée par les anti avortement fut cependant contredite par ce tweet venu des Etats-Unis, à l'instar d'autres, émis par une candidate de l'Oregon au Congrès, proche du Tea Party, l'aile la plus conservatrice du parti républicain, qui n'hésite pas à faire campagne d'outre-Atlantique :  "Si vous êtes pro-life et j'espère que vous l'êtes, s'il vous plaît priez pour que les électeurs irlandais disent NON au changement de leur 8ème amendement, autorisant l'avortement."
Du côté des militant.es du 36ème amendement, la raison l'a emporté avec des arguments plus politiques : "En interdisant l'avortement, l'Irlande a ignoré les principes du républicanisme sur lesquels notre État est fondé. La  conception républicaine impose que le peuple doit être souverain et que les Etats ne devraient pas dominer en supprimant les capacités des citoyens à faire leurs propres choix", dit l'une...
... et parfois plus drôles... Comme ces agriculteurs, que l'on imaginait plus traditionnalistes, qui s'incitaent les un.es les autres à prendre position en souriant pour le OUI : "Etes vous un un fermier pour le OUI ? Alors, dites le en photo ! Montrons tous les différents points de vue du votes rural pour le OUI. Et avant que tu ne le dises, et bien oui nous sommes aussi des #farmers4life (fermiers pour la vie). Nous aimons la vie autant que n'importe lequel de nos prochains. "
Tandis que la plateforme @freesafelegal ouverte en faveur du OUI, rappelait que "si les lois anti avortement actuelles nous affectent toutes, elles s'attaquent encore plus fort aux migrantes...

Une constatation nécessaire, sans doute en souvenir de cette triste affaire d'août 2014, celle où une jeune femme, en fuite de son pays, avait été victime d'un viol durant le long périple dangereux la menant de Syrie en Irlande. Suicidaire, l'infortunée n'avait pas été autorisée à interrompre sa grossesse et avait été obligée d'accoucher par césarienne à 25 semaines de gestation. Un événement qui avait scandalisé une partie du pays, autre jalon de cette marche difficile pour faire changer la loi, et les mentalités... 

A retrouver sur ce sujet dans Terriennes : 
> Irlande : une jeune immigrée forcée à donner la vie

Un tournant politique et citoyen

Au delà du sujet lui-même, nombre d'analystes pensent que ce scrutin marque un tournant politique, démocratique, citoyen dans la république irlandaise de ce début de 21 ème siècle... 

Le Guardian britannique qui a consacré une très large couverture à l'événement, note que des personnes habituellement plutôt passives se sont beaucoup investies dans la campagne du OUI. On a ainsi vu des associations de grands-parents se jeter dans la bataille, mais aussi des médecins traumatisés par tous ces cas désespérés passés dans leurs cabinets, des jeunes indifférents peu attirés par un débat politique souvent sclérosé. Comme cet "activiste" par hasard qui avoue : "Jusque là, je ne m'intéressais pas vraiment à la politique".

Pendant trop longtemps, les femmes d'Irlande et d'ailleurs dans le monde ont payé le lourd prix de l'immobilisme politique
Lizzie O'Shea, avocate

L’avocate australienne des droits humains Lizzie O'Shea s’enthousiasma malgré les océans qui la séparent de Dublin : "Peu importe ce qui se passe le jour du référendum sur l'avortement en Irlande le vendredi 25 mai, la campagne qui l'a accompagné devrait servir d'inspiration à tous. Pendant trop longtemps, les femmes d'Irlande et d'ailleurs dans le monde ont payé le lourd prix de l'immobilisme politique au motif que l'avortement serait un poison électoral et que les politiciens qui font campagne en sa faveur seraient aussitôt repoussés."

L'Europe, et le monde au delà, tireront les conclusions qui s'imposent au soir du 25 mai : entre le 8ème amendement existant et le 36ème en devenir, 35 ans de cheminement sont-ils nécessaires à l'octroi aux femmes de l'un des droits les plus fondamentaux, celui de décider de son corps, de sa fécondité, et donc de sa vie ?

Et ailleurs dans l'Union européenne, quel droit à l'avortement ?

L'avortement est autorisé, de façon plus ou moins restrictive, dans tous les pays de l'Union européenne, sauf Malte. Mais contrairement à la volonté des rédacteurs de la Charte des droits fondamentaux, il n'a pas été inscrit dans ce texte qui figure en préambule du traité constitutionnel européen, au grand dam des défenseur.es de ce droit fondamental des femmes à disposer de leur corps.

Les pays qui autorisent l'IVG

La majorité des pays membres de l'UE autorisent l'avortement jusqu'à 10 ou 12 semaines de grossesse (France, Belgique, Danemark, Finlande, Grèce, Hongrie, Luxembourg et Portugal notamment) et jusqu'à 24 semaines aux Pays-Bas ainsi qu'au Royaume-Uni. La Suède l'autorise jusqu'à 18 semaines.
Parmi les pays de tradition catholique, l'Italie autorise l'IVG jusqu'à trois mois pour raisons médicales ou sociales, raisons suffisamment vagues et larges pour inclure la plupart des cas. Mais cela c'est la théorie. Dans la pratique, de plus en plus de praticiens font valoir leur droit de "conscience" pour refuser d'opérer. Ils seraient aujourd'hui 70% à ainsi exercer cette possibilité de retrait
En Espagne, en vertu d'une loi votée en 2010, les femmes peuvent avorter jusqu'à 14 semaines de grossesse. En septembre 2014, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a abandonné un projet de loi controversé qui interdisait l'avortement sauf dans quelques cas - risque vital pour la vie ou la santé de la mère, viol - et excluait les cas de malformation du foetus comme motif valable. A la place, l'exécutif a proposé une limitation de l'IVG pour les mineures, réforme adoptée en septembre 2015.

Les pays plus restrictifs de l'UE

En 2013, l’Irlande avait quitté le cercle très restreint des pays européens où l'avortement est totalement interdit, mais ne l'autorise que si la poursuite de la grossesse fait courir à la femme un "risque réel et substantiel" pour sa vie. Le viol, l'inceste ou la malformation du fœtus ne sont pas des raisons légales d'avorter, et une telle intervention constitue un crime passible d'une peine de 14 ans de prison. Le gouvernement a annoncé mardi la tenue d'un référendum sur l'avortement en mai ou juin 2018.
En Irlande du Nord également, la législation n'autorise les IVG qu'en cas de menace pour la vie de la mère. Le gouvernement britannique a annoncé en juin 2017 qu'il financerait désormais les frais d'avortement en Angleterre des Nord-Irlandaises.
En Pologne, l'avortement n'est permis qu'en cas de viol, d'inceste, de danger pour la vie de la mère ou de malformation irréversible du foetus. Dans les deux premiers cas, l'intervention est autorisée jusqu'à la 12e semaine, dans les deux autres jusqu'à la 24e semaine. A l'automne 2016, les conservateurs au pouvoir ont tenté de limiter ce droit en ne l'autorisant que si la vie de la mère était menacée, mais y ont finalement renoncé sous la pression de manifestations.
A Chypre, l'avortement est illégal et ne peut être pratiqué que si deux médecins certifient que la grossesse présente un risque pour la femme ou l'enfant à naître. Il est toléré en cas de viol et d'inceste.

Interdiction totale à Malte

L'IVG reste totalement illégale à Malte où, en cas d'infraction, la peine encourue va de 18 mois à trois ans de prison.

Et ailleurs....

En dehors de l'UE, trois états européens sont dans le même cas : Andorre, le Vatican et Saint-Marin. Dans le reste du  monde, c'est le cas d'une quinzaine de pays, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS): le Chili (malgré une légère ouverture), le Salvador, le Nicaragua, le Surinam, Haïti et la République dominicaine sur le continent américain, les Philippines et les îles Palaos en Asie, le Sénégal, la Guinée-Bissau, le Gabon, le Congo, Madagascar, Djibouti et la Mauritanie en Afrique.

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter > @braibant1