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Référendum sur l'IVG à Gibraltar : les électeurs "pour" desserrer l'étau de la loi

Gibraltar, jeudi 24 juin 2021, lors du référendum sur l'introduction d'exceptions à l'interdiction de l'avortement. Initialement prévu en mars 2020, le vote avait été repoussé à cause de la pandémie de Covid-19. Maintenant que tous les habitants de Gibraltar sont vaccinés, le vote a pu se dérouler sans masque.
Gibraltar, jeudi 24 juin 2021, lors du référendum sur l'introduction d'exceptions à l'interdiction de l'avortement. Initialement prévu en mars 2020, le vote avait été repoussé à cause de la pandémie de Covid-19. Maintenant que tous les habitants de Gibraltar sont vaccinés, le vote a pu se dérouler sans masque.
©AP Photo/Javier Fergo

"Pour" - tel est le verdict des urnes à l'issue du référendum du 24 juin à Gibraltar. Les habitants de ce petit territoire britannique se sont prononcés à une grande majorité pour l'assouplissement d'une législation sur l'avortement qui, jusqu'à présent, comptait parmi l'une des plus dures au monde.

Quelque 62% des électeurs de Gibraltar, petite enclave britannique depuis 300 ans à l'extrême sud de l'Espagne, ont dit "oui" en faveur d'une loi autorisant l'interruption volontaire d'une grossesse dans le cas où la santé mentale ou physique de la mère est en danger, notamment en cas de viol ou d'inceste, ou lorsque le fœtus présente des déficiences physiques mortelles.

Cette réforme, à l'initiative du gouvernement local, fait suite à une décision de la Cour suprême britannique de juin 2018, qui statuait que la législation d'Irlande du nord, interdisant l'IVG dans presque tous les cas, était contraire à la Convention européenne des droits de l'Homme. La loi à Gibraltar, qui garde une large d’autonomie sur ses affaires intérieures et possède donc sa propre loi sur l’avortement, était proche de celle de l'Irlande : "Il est de notre devoir de mettre un terme à cette violation", écrivait le chef du gouvernement local, Fabian Picardo, dans l'édition du 23 juin 2021 du Gibraltar Chronicle.

Depuis, l'avortement a été libéralisé en Irlande du nord.

Une question clivante

La question de l'IVG à Gibraltar a fortement polarisé l'opinion, chose rare sur un territoire habituellement très uni. Durant la campagne du référendum, Fabian Picardo et deux autres chefs de partis ont publié une vidéo invitant les quelque 23 000 électeurs à voter "oui". "Il est dans l'intérêt de Gibraltar de voter oui le jeudi 24 juin", déclarait le ministre en chef de Gibraltar, qui qualifiait la loi actuelle d'"archaïque". Une loi qui, loin de remonter à un texte séculaire, date de 2011 seulement...

A l'issue du scrutin, Fabian Picardo a salué le résultat comme une étape nécessaire, tout en reconnaissant que l'avortement reste "un sujet sensible".

L'assouplissement de la loi sur l'avortement n'en est pas moins une petite révolution pour les quelque 32 000 habitants du "Rocher" où, jusqu'à ce jour, la législation restait d’une rigidité absolue, que l’on retrouve uniquement dans quelques pays d’Amérique Latine : l'IVG y était illégale et passible de la prison à vie, qualifiée de "destruction d'enfant", sauf s'il s'agissait de sauver la vie de la mère. 

Dans les faits, il n’y avait cependant aucune infraction ni poursuite, puisque les femmes qui souhaitaient avorter se rendaient en Espagne, où l’IVG est autorisée jusqu’à 14 semaines de grossesse, ou au Royaume-Uni, où l'interruption volontaire de grossesse se pratique jusqu'à 24 semaines de grossesse.

Sur cette question hypersensible, plus de la moitié des électeurs se sont mobilisés. Le taux de participation s'élevait à 52,75%.

L'IVG autorisée, mais pas légalisée...

Désormais, à Gibraltar, une femme pourra se faire avorter jusqu'à la douzième semaine de grossesse si sa santé mentale ou physique est en danger, voire plus si ce danger est jugé irréversible. La loi ne prévoit pas de limite dans les cas d'anomalie pouvant se révéler fatale pour le fœtus. Dans tous les autres cas, l'avortement reste interdit. Les résultats du référendum n'annoncent donc pas une véritable légalisation de l’avortement

Keilan Schembre, 29 ans, a fait campagne pour le OUI en amont du référendum à Gibraltar. Il pose ici devant un bureau de vote, le jeudi 24 juin 2021.
Keilan Schembre, 29 ans, a fait campagne pour le OUI en amont du référendum à Gibraltar. Il pose ici devant un bureau de vote, le jeudi 24 juin 2021.
©AP Photo/Javier Fergo

Celina Victory, 19 ans, a milité pour le "oui" à cette réforme : "Il y a un large éventail de motifs avant 12 semaines, ce qui est bien et nous n'avons pas de problème avec cela, explique-t-elle à l'AFP. Mais c'est toujours plus strict que la plupart des législations en Europe..."

Deux tiers de "pour" et un tiers de "contre

Un peu plus de 36% des électeurs se sont prononcés contre l'assouplissement de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse lors de ce scrutin, qui a suscité une levée de bouclier des associations pro-vie et de l’Eglise, avec à sa tête le révérend Carmelo Zammit.

En se dirigeant vers le bureau de vote du Inces Hall theatre, les électeurs passaient devant deux banderoles : l'une avec l'échographie d'un fœtus disant "Leur vie est entre vos mains. Votez non !" et une plus petite pancarte verte disant "Oui aux soins, à la compassion et au changement". "Il est très important de donner de la valeur à chaque vie, et oui, bien sûr, les femmes ont des droits, mais les bébés aussi", déclarait Marie-Luisa Bruzon, retraitée de 67 ans, après avoir voté contre.

<p>Devant un bureau de vote lors du référendum à Gibraltar, jeudi 24 juin 2021. Un panneau appelle à voter contre l'introduction d'exceptions à l'interdiction de l'avortement : "Leurs vies sont entre vos mains, votez non !"</p>

Devant un bureau de vote lors du référendum à Gibraltar, jeudi 24 juin 2021. Un panneau appelle à voter contre l'introduction d'exceptions à l'interdiction de l'avortement : "Leurs vies sont entre vos mains, votez non !"

©AP Photo/Javier Fergo