Terriennes

Règles, bien-être et performance : les championnes brisent le tabou

L'Anglaise Beth Mead tente d'arrêter le ballon pendant le quart de finale de l'Euro 2022 de football féminin entre l'Angleterre et l'Espagne au stade Falmer de Brighton, le 20 juillet 2022. 
L'Anglaise Beth Mead tente d'arrêter le ballon pendant le quart de finale de l'Euro 2022 de football féminin entre l'Angleterre et l'Espagne au stade Falmer de Brighton, le 20 juillet 2022. 
©AP Photo/Alessandra Tarantino

C'est la petite phrase d'une footballeuse sur le short blanc imposé, "pas pratique" pour une sportive de haut niveau, qui a brisé le silence. Avoir ses règles, cela peut être gênant, fatigant, voire handicapant, pour près de 9 sportives sur 10. C'est la conclusion d'un rapport de l'Insep, qui pose aussi la question : jusqu'où aller pour la performance ?

Porter un short blanc, "ce n'est pas pratique quand on a ses règles" : avec cette phrase, l'attaquante de l'équipe d'Angleterre de football Beth Mead a permis une prise de conscience inédite en plein Euro féminin sur un sujet jusqu'à présent peu évoqué. 

Beth Mead a aussitôt reçu le soutien d'autres sportives, comme la capitaine des Bleues Wendie Renard, qui réagit à la demande des Lionesses de changer de couleur de short : "C'est vrai que c'est pas mal, parce qu'effectivement, comme peut-être vos soeurs, vos mamans, ce n'est pas évident de jouer avec un short blanc... S'ils (Nike, équipementier partagé avec les Anglaises, ndlr) peuvent faire de même pour nous, ce serait cool", a-t-elle déclaré en conférence de presse.

Les règles et sport : mode d'emploi

Shorts blancs ou pas, la question des règles chez les sportives de haut niveau n'est désormais plus taboue : entraîneurs et instances dirigeantes se sont emparé du sujet, tant pour des questions de performance que pour des considérations de bien-être mental et physique.

L'Insep (Institut national du Sport, de l'expertise et de la performance) a ainsi publié en avril un guide de 32 pages intitulé "Les cycles, les règles, la contraception et la performance". Écrit par Carole Maître, gynécologue à l'Insep et vice-présidente de la commission médicale du CNOSF (Comité national olympique et sportif français), il répond à onze questions, dont "Suis-je moins performante lors de certaines périodes du cycle?" ou "Qu'est-ce que je risque à ne pas avoir mes règles?"

Avoir ses règles ou ne pas les avoir ?

"Les règles peuvent être un problème si elles sont négligées, mais si c'est bien géré, ce n'est pas incompatible avec une carrière de sportive, affirmait la docteure Laure Jacolot dans un entretien à Ouest-France en mars 2018. En période de règles, l'état hormonal provoque une fatigue certaine. Les règles peuvent engendrer des douleurs plus ou moins importantes qui ont des répercussions sur le jeu. C'est pour ça que certaines sportives font en sorte, en période de compétition, de ne pas avoir leurs règles", avait-elle précisé. 

Pour Virginie Nicaise, enseignante-chercheuse au laboratoire VIS (Vulnérabilité et innovation dans le sport), à l'UFR STAPS de Lyon I, "tout ça dépend des individus, de comment elles réagissent" notamment à la douleur et aux règles abondantes. Certes, ajoute l'universitaire, on peut "anticiper avant une compétition" en enchaînant les plaquettes de pilules contraceptives, mais quid de celles qui n'en prennent pas, en raison de leur jeune âge ou de leur orientation sexuelle  ?

La triade ou le syndrome RED-S

Il existe un problème plus grave, qui concerne environ 5% des sportives de haut niveau : le syndrome RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport), ancienne "triade de la sportive". Cette pathologie découle de troubles du comportement alimentaire, constatés "dans les sports d'endurance, mais également dans ceux à catégorie de poids, comme le judo, et esthétiques, comme la gymnastique", selon la docteure Jacolot, en charge du suivi médical des skippers du Pôle Finistère.

S'ensuit une aménorrhée, soit une absence de règles, qui peut provoquer une ostéoporose, engendrant "sept fois plus de risque d'avoir une fracture de fatigue", précise la médecin du sport. Plus grave: la diminution du "profil lipidique" entraîne aussi "un risque plus important de faire un infarctus".

De l'importance de la mixité de l'encadrement

Dans les sports collectifs, les règles ont par ailleurs une conséquence sur la vie de groupe : "Durant les deux mois où les filles sont H24 ensemble, on remarque une certaine régulation et on se retrouve souvent avec des blocs de filles qui ont leurs règles en même temps", note Emmanuel Fouchet, manager de l'équipe de France féminine de volley.

Cela reste plus facile de parler tampons, serviettes hygiéniques ou douleurs menstruelles avec une femme, d'où l'importance de la mixité dans les encadrements techniques.
Virginie Nicaise, chercheuse au laboratoire Vulnérabilité et innovation dans le sport

Et il arrive parfois que la nature joue des tours. "Une joueuse marchait sur l'eau dix jours avant l'Euro-2019 et deux semaines après, elle était au fond du seau, raconte encore le patron des volleyeuses françaises. On s'est demandé si on avait mal fait pendant la préparation puis on s'est rendu compte après qu'elle était enceinte".  La grossesse "avait déréglé complètement sa biologie interne, explique-t-il. Avec le dérèglement hormonal, elle a 'surperformé' puis est tombé dans le creux de la vague".

Pour Virginie Nicaise, il est vrai que "la parole des sportives s'est libérée, et l'écoute et la sensibilité des staffs, notamment masculins, se sont améliorées". Mais, insiste-t-elle, "ça reste plus facile pour une sportive de parler tampons, serviettes hygiéniques ou douleurs menstruelles avec une femme" qu'avec un homme, d'où "l'importance de la mixité dans les encadrements techniques".