Terriennes

Reines d'Egypte, femmes puissantes, honorées au musée Pointe-à-Callière de Montréal, Québec

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Reportage réalisée par Mélanye Boissonnault pour notre partenaire Radio Canada, avec les explications de Francine Lelièvre, directrice générale du musée Pointe-à-Callière ; Alessia Fassone, conservatrice du Museo Egizio de Turin (Italie) ; Jean Guesdon, directeur créatif, Ubisoft. Durée - 2'06 Photo d'illustration Catherine François : Portraits de la Reine Tiyi, avec la haute coiffe du Nouvel Empire - disque solaire entre les cornes et les plumes de faucon et le ou les cobras protecteurs sur le front

Elles ont été des femmes fortes, puissantes et ont connu un destin exceptionnel : le Musée Pointe-à-Callière de Montréal – le musée d’archéologie et d’histoire de la métropole québécoise – leur rend hommage dans une exposition qui rassemble plus de 300 pièces, dont plusieurs exceptionnelles. L’occasion de plonger dans l’univers de ces Reines du Nouvel Empire et leur civilisation éternelle.

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Ahmès-Néfertari, Hatshepsout, Néfertiti, Néfertari, Isisnefert, Touy ( la mère de Ramsès II ), Tiyi ( la mère d’Akhénaton ), les noms de ces femmes continuent de résonner dans nos mémoires malgré les siècles qui passent. Plusieurs des artefacts présentés dans cette exposition leur ont appartenu personnellement et proviennent du Musée égyptien de Turin (Museo Egizio de Turin), qui possède la plus grande collection égyptienne après celle du Musée du Caire.

Les Egyptiennes pouvaient boire, manger en public, transmettre leur héritage.
Francine Lelièvre, directrice du Musée Pointe-à-Callière

« La femme était bien plus libre et présente dans la civilisation égyptienne qu’elle ne l’a été dans la Grèce antique ou à Rome. La femme égyptienne pouvait boire, manger en public, transmettre son héritage. » explique Francine Lelièvre, directrice du Musée Pointe-à-Callière. 
Elles n’hésitaient pas non plus à comploter contre les tenants du pouvoir pour les renverser : « Et là on ne parle pas seulement des reines, mais aussi des concubines, des maîtresses. Elles détenaient un pouvoir très fort de complot, d’attentat contre la vie du roi afin de mettre sur le trône leurs enfants. » rencherit Alessia Fassone, conservatrice, au musée Egizio de Turin.

Ce buste de Nerfetiti est l'une des pièces maîtresses de cette exposition. Il côtoie la statue de la redoutable et redoutée déesse Sekhmet, l'oeil du Soleil
Ce buste de Nerfetiti est l'une des pièces maîtresses de cette exposition. Il côtoie la statue de la redoutable et redoutée déesse Sekhmet, l'oeil du Soleil
(c) Catherine François

Egalité juridique, prêtresses, propriétaires et même pharaones

La femme égyptienne pouvait divorcer, elle avait une égalité juridique avec les hommes, elle pouvait être propriétaire d’un domaine agricole, être prêtresse, etc. Et les mères des pharaons ou leurs grandes épouses royales avaient également un rôle actif dans la gestion du Royaume : beaucoup ont gouverné elles aussi ou étaient de précieuses conseillères pour le pharaon. Hatshepsout deviendra même pharaon. Sans oublier les couples mythiques qu’ont été Néfertiti et Akhénaton, et Néfertari et Ramsès le Grand - il l’élèvera même au rang de divinité comme lui et ne se remettra jamais vraiment de sa mort, il lui fera construire le tombeau le plus somptueux pour une reine dans la Vallée des Reines et la fera aussi représenter à ses côtés dans l’extraordinaire temple d’Abou Simbel. Les Égyptiens vénéraient également de nombreuses déesses, Isis, Sekhmet, Hathor, Bastet, Maât ( qui veille à l’équilibre du monde ). 

A gauche, la déesse Maât, qui veille sur l'équilibre du monde, fait partie des nombreuses divinités féminines vénérées par les Égyptiens. Et à sa droite la déesse Mout, "la mère", épouse du Dieu Amon
A gauche, la déesse Maât, qui veille sur l'équilibre du monde, fait partie des nombreuses divinités féminines vénérées par les Égyptiens. Et à sa droite la déesse Mout, "la mère", épouse du Dieu Amon
(c) Catherine François

La tombe de Néfertari reconstituée dans toute sa splendeur

La pièce maîtresse de cette exposition est sans conteste la salle qui reproduit le tombeau de la Reine Néfertari dans laquelle le visiteur découvre ce qu’il reste de son sarcophage en granit et plusieurs des objets qui ont été retrouvés dans sa tombe. Le tout a été découvert en 1904 dans la Vallée des Reines par l’archéologue italien Ernesto Schiaparelli, qui a été directeur du musée turinois. 

La tombe de Néfertari, le grand amour de Ramsès II, reconstituée, après avoir voyagé d'Egypte en Italie, puis au Québec...
La tombe de Néfertari, le grand amour de Ramsès II, reconstituée, après avoir voyagé d'Egypte en Italie, puis au Québec...
(c) Catherine François
Une douzaine de sarcophages magnifiquement bien conservés sont aussi exposés, ainsi qu’une momie et les ustensiles dont les embaumeurs se servaient pour momifier les morts : le visiteur comprend ainsi l’importance que la vie éternelle tenait dans cette civilisation égyptienne. 

Dans le harem royal égyptien, une vie plus libre qu'il n'y paraît

En plus de ces salles consacrées à la vie éternelle, l’exposition consacre tout un espace au harem, ce qui permet au visiteur d’entrer dans le quotidien de ces Reines et princesses, femmes et sœurs du pharaon. « La vie dans le harem ne ressemble pas à celle des harems dans le monde arabe : la femme y est libre, elle y passe du bon temps, les enfants vivaient-là également et c’était un lieu de vie agréable » précise Francine Lelièvre. Le savon n’existait pas à l’époque, mais les femmes disposaient de toutes sortes de produits pour prendre soin de leur corps et de leur beauté, des produits que visiteur peut les découvrir dans cette salle : crèmes et onguents pour nourrir la peau, fards, poudre et le légendaire khôl, peignes pour les cheveux, parfums et bijoux somptueux. 

La salle du harem permet au visiteur de faire une incursion intime dans cet univers où les Egyptiennes régnaient sans partage
La salle du harem permet au visiteur de faire une incursion intime dans cet univers où les Egyptiennes régnaient sans partage
(c) Catherine François

Mais le harem royal n’était pas qu’un lieu de festivités et de plaisirs divers : il intégrait une école pour les enfants, on y menait aussi des activités agricoles et on y produisait des textiles et des produits artisanaux. 

Cette salle de l’exposition nous offre une incursion intime dans cet univers où la femme égyptienne, plus particulièrement la Grande épouse royale, régnait sans partage.

Statues de la déesse Sekhmet : elle incarnait la puissance et était représentée avec une tête de lionne
Statues de la déesse Sekhmet : elle incarnait la puissance et était représentée avec une tête de lionne
(c) Catherine François

L’ensemble de cette exposition est d’ailleurs habilement théâtralisé par la projection de vidéos conçues par Ubisoft (voir reportage ci-dessus), qui a « reconverti » l’un de ses jeux vidéo ayant pour cadre l’Égypte antique en l’expurgeant des scènes de combat pour produire ces scènes de la vie quotidienne dans le Nouvel Empire égyptien. Un mariage réussi entre la technologie numérique de notre siècle et une civilisation éternelle…

La Reine Isisnefert a aussi été une des favorites de Ramsès II et aurait été la grande rivale de Néfertari
La Reine Isisnefert a aussi été une des favorites de Ramsès II et aurait été la grande rivale de Néfertari
(c) Catherine François