Terriennes

Remboursement des protections hygiéniques : en France, une mutuelle étudiante brise le tabou des règles

© Creative Commons
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La Mutuelle des Etudiants (LMDE), organisme à but non lucratif pour le remboursement de frais médicaux, propose à ses adhérentes et adhérents, une prise en charge partielle des protections périodiques féminines. Une grande première ! Et certainement un pas de plus vers la fin d’un tabou en France.  

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Tampons, serviettes à usage unique ou lavables, ou encore coupes menstruelles, la mutuelle étudiante LMDE ne fait pas de différence, elle rembourse tout ! « C’est aux jeunes femmes de faire leur choix », précise le président Romain Boix. Pour en bénéficier, les jeunes femmes doivent souscrire à un nouveau forfait lancé au mois d’avril. Le remboursement se fait sur simple présentation de preuves d’achat, à hauteur de 20 à 25 euros annuel.
 
© LMDE
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Une prise en charge partielle non négligeable quand on connaît le budget estimé dédié aux protections hygiéniques dans la vie d’une femme, comme l'estimait déjà le collectif féministe Georgette Sand, lors des débats sur la « taxe tampon » en France en 2015 :
 
© LMDE
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A l’origine de l'initiative : une femme

Pour la première fois en France, les règles sont considérées comme un sujet de santé du quotidien, au même titre que les lunettes ou les soins dentaires. Une révolution ?! Pour le président de la LMDE, « la révolution, ce sont les femmes qui la font ! » Preuve en est, si la mutuelle s’est engagée sur ce terrain, c’est grâce à l’une de ses représentantes qui a posé LA question du remboursement à la dernière Assemblée générale. Une proposition validée peu de temps après par les instances de l'organisme.

Une décision qui survient aussi dans le contexte des mouvements sociaux féministes actuels, comme « MeToo » et avant la « taxe tampon ». « Ces mouvements font émerger les revendications », explique Romain Boix. « La LMDE est dans la société et particulièrement sensible à ces questions », poursuit-il. Avant d’ajouter, « c’est aussi un retour aux sources pour une mutuelle : on a une dépense qui concerne plus de 50 % de la population, on la mutualise entre tous. »
 

Retrouver l'ensemble de notre dossier sur le phénomène #MeToo : 
#MeToo #BalanceTonPorc : contre les violences sexuelles, partout les femmes passent à l'offensive
La LMDE, une mutuelle engagée de longe date sur les questions femmes © LMDE
La LMDE, une mutuelle engagée de longe date sur les questions femmes © LMDE

Un sujet de santé… et de société

« Les règles, ce n’est pas que l’affaire des femmes » affirme la mutuelle. La LMDE a d'ailleurs décidé de ne pas réserver son offre qu’aux étudiantes. Les jeunes hommes adhérents peuvent eux aussi « en faire bénéficier leur entourage ».

Bien sûr, comme toutes les mutuelles, la LMDE est soumise au principe d’égalité de traitement entre ses adhérents. Mais ce ne serait pas qu’une question d’obligation d’après Romain Boix : « Nous avions par exemple identifié la question des personnes transgenres, aussi soumises à des menstruations. Différencier les hommes et les femmes pourraient les mettre en difficulté. »

C'est aussi pour la mutuelle étudiante une manière « d’engager la discussion ». Et le sujet fait réagir, notamment sur les réseaux sociaux, parfois avec une critique véhémente : "N'importe quoi comme si les périodes menstruelles étaient une maladie. Une mutuelle qui se fait un bon gros coup de pub pour du néant comme d'habitude. Sinon c'est une réelle action sur la taxe de la valeur ajoutée qui serait révolutionnaire......" lance l'une. "C'est aussi traiter les règles comme une anomalie, une déficience. Démagogie. La LMDE ferait mieux de mieux gérer les remboursements qu'elle doit sur les maladies." ajoute une autre.

Les protections hygiéniques sont aux femmes ce que la mousse à raser est aux hommes
Christian Eckert, ancien secrétaire d’Etat au budget

Les règles et les rasoirs, même combat ? (tweet ci-dessus) Ce n’est pas sans rappeler la sortie, en octobre 2015 (présidence François Hollande), de l’ancien secrétaire d’Etat au budget socialiste, Christian Eckert, foncièrement opposé à une baisse de la TVA française sur les produits d'hygiène féminin : « les protections hygiéniques sont aux femmes ce que la mousse à raser est aux hommes », avait-il déclaré lors des débats sur la "taxe tampon" à l'Assemblée nationale, soulevant rapidement l’indignation.

A retrouver sur ce sujet dans Terriennes : > « Taxe tampon » : toujours les mêmes règles pour les Françaises

Romain Boix confirme : « c’est un très mauvais argument ! Il n’existe pas de débat de trente ans sur ce sujet. Le rasage n’est pas un tabou dans la société. C’est un art de vivre ! », estime-t-il. Selon lui, l'argument révèle « une inégalité de couple » : « Cela ne dérange aucun homme de demander à sa femme de lui acheter sa mousse à raser et ses rasoirs. A l’inverse, j’imagine bien certains hommes répondre à leur femme qu’ils ne connaissent rien aux protections périodiques », explique Romain Boix. « Si nous pouvons donc contribuer à faire en sorte qu’un jeune homme prenne aussi en charge cette question avec sa compagne, sa sœur ou une amie, ce sera une réelle avancée ! », espère-t-il.

S’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour définitivement briser ce tabou au sein de la société, le coup symbolique de la LMDE pourrait donner envie à d’autres organismes de lui emboîter le pas ? Et pourquoi pas à l'Etat de généraliser, enfin, le remboursement des protections hygiéniques pour toutes les femmes ?