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Restrictions du droit à l'avortement en Pologne : application immédiate

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Aussitôt publié au journal officiel, aussitôt en vigueur : le gouvernement polonais annonce l'application immédiate de l'arrêt du Tribunal constitutionnel interdisant l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du foetus, le restreignant ainsi aux grossesses résultant d'un viol ou d'un inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger. Une mesure qui ravive la colère des manifestant.es.

"Le Tribunal constitutionnel a présenté une justification écrite de l'arrêt sur la protection de la vie. Conformément aux exigences constitutionnelles, l'arrêt sera publié aujourd'hui dans le Journal officiel", indique le Centre d'information du gouvernement polonais. C'est ainsi que, tard dans la soirée du mercredi 27 janvier 2021, a été annoncée l'entrée en vigueur immédiate des restrictions à la loi sur l'IVG en Pologne, déjà hyperstricte.

Réformé par les conservateurs au pouvoir, le tribunal constitutionnel, a proscrit, le 22 octobre 2020, l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du foetus, statuant qu'elle est "incompatible" avec la Constitution. Concrètement, cela revient à interdire tout IVG, sauf en cas de viol ou d'inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger. 

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Depuis l'annonce de l'arrêt du tribunal, réformé par le parti ultra-catholique Droit et Justice (PiS) au pouvoir, et se conformant par conséquent à ses souhaits, des manifestations massives se poursuivent dans toute la Pologne.

A Varsovie, les manifestants ont allumé des fusées éclairantes, brandi des drapeaux arc-en-ciel, l'emblème des mouvements gays, ainsi que des pancartes avec les inscriptions "Cela signifie la guerre", "Libre choix, non à la terreur".  La manifestation, qui a commencé devant le siège du Tribunal constitutionnel, a entraîné un arrêt de la circulation. Les manifestants se sont ensuite dirigés vers le siège du parti ultra-catholique Droit et Justice (PiS) au pouvoir.

<p>Manifestation contre la nouvelle loi contre l'IVG près des quartiers du Parti droit et justice à Varsovie, le 27 janvier 2021</p>

Manifestation contre la nouvelle loi contre l'IVG près des quartiers du Parti droit et justice à Varsovie, le 27 janvier 2021

©AP Photo/Czarek Sokolowski

Des rassemblements similaires se sont déroulés dans d'autres villes polonaises, en dépit des restrictions interdisant les rassemblements de masse à cause de l'épidémie de Covid-19. De nouvelles mobilisations sont annoncées le 28 janvier devant le siège du Tribunal constitutionnel à Varsovie, ainsi que dans plusieurs villes du pays et au-delà.

"Nous exhortons tout le monde à sortir dans la rue. (...) Exprimez votre colère comme bon vous semble", a déclaré à la presse Marta Lempart de la "Grève des femmes", principal mouvement à l'origine des protestations. "L'ensemble de la Pologne se mobilise, pas seulement Varsovie, nous sommes prêts! Quand nous parlons de l'enfer des femmes, nous pouvons maintenant parler de l'enfer du gouvernement. Nous allons vous cuisiner un enfer", a ajouté Klementyna Suchanow, également de la Grève des femmes.

Le président de PiS "Jaroslaw Kaczynski est responsable du déclenchement de la guerre polono-polonaise, a déclaré pour sa part Borys Budka, le chef de la Plate-forme civique d'opposition, aucun gouvernement respectueux de la loi ne respectera cette pseudo-décision". Selon lui, la publication de l'arrêt est "une provocation" et une tentative, de la part du gouvernement, de "cacher son incompétence" dans la lutte contre la pandémie du coronavirus et "l'échec du programme de vaccination" (...) tout "en jouant avec la santé et la vie des femmes polonaises". Wanda Nowicka, du parti de Gauche, a tweeté : "Vous n'avez pas encore gagné cette guerre contre les femmes et vous ne la gagnerez pas".

La très catholique Pologne a l'une des lois les plus restrictives en matière d'avortement en Europe. Aujourd'hui, il y a moins de 2000 avortements légaux par an en Pologne, selon les données officielles. Les organisations féministes estiment qu'environ 200 000 IVG sont réalisées illégalement ou à l'étranger chaque année.