Terriennes

Retour de "F(l)ammes", une pièce de théâtre qui donne la parole aux jeunes femmes issues de l’immigration

<em>F(l)ammes </em>est une création d'Ahmed Madani, mettant en scène dix jeunes comédiennes. La pièce reprend ses représentations au théâtre des quartiers d'Ivry, du 05 au 15 octobre 2018.
F(l)ammes est une création d'Ahmed Madani, mettant en scène dix jeunes comédiennes. La pièce reprend ses représentations au théâtre des quartiers d'Ivry, du 05 au 15 octobre 2018.
© François-Louis Athénas

La pièce F(l)ammes d’Ahmed Madani retrouve les planches. La troupe composée de dix comédiennes vient d'achever une tournée en Suisse, et s’installe, à partir du 5 octobre 2018, au théâtre des quartiers d'Ivry, et ce, jusqu'au 15 octobre, avant de repartir dans toute la France. Au moment de se remettre en jambes et de reprendre les répétitions, Terriennes a rencontré la troupe pour discuter de ce projet théâtral atypique.

“Allez, ça manque de groove là, les filles !” Téléphone portable en guise de caméra à la main, le metteur en scène Ahmed Madani filme les dix comédiennes de la troupe F(l)ammes pour les encourager pendant leurs répétitions avec la coach vocale Dominique Magloire sur une chanson chorale.

Ces dix jeunes femmes constituent la troupe qui joue F(l)ammes depuis près de deux ans. Dix comédiennes, quasiment toutes débutantes, reprennent leur pièce après une longue pause estivale de quatre mois. Sur scène, on y trouve un théâtre différent, mais aussi chant et danse. Elles y jouent chacune une scénette, racontant un bout de vie d’une femme. Dans cette vidéo, l'auteur et metteur en scène raconte comment il n'a commencé à écrire son texte qu'après avoir rencontré et selectionné ses dix comédiennes.

L'immigration comme héritage familial et la vie en quartier populaire pour bagage

La démarche d'Ahmed Madani découle d’une volonté de faire parler la jeunesse française, issue de l’immigration post-coloniale, et vivant dans les quartiers populaires en périphérie des villes. Entre confidences et témoignages sur l’immigration comme héritage familial et vie en quartier populaire pour bagage, F(l)ammes est une oeuvre pleine de poésie, où le JE prend toute l’ampleur qui lui fait défaut au quotidien. La pièce met l’humain en lumière, créant une empathie qu’on soit une jeune femme issue du même milieu que ces comédiennes, ou pas. Le metteur en scène lance une réflexion sur la France d’aujourd’hui, à travers une partie de sa population, celle qu’on entend le moins souvent.

F(l)ammes est en vérité la suite d’un projet initié en 2012, qu’il continuera encore avec d’autres oeuvres : “F(l)ammes fait partie d’un double tryptique qui s’appelle ‘Face à leur destin’, nous explique le metteur en scène et dramaturge Ahmed Madani pendant les répétitions.  “Dans chaque chapitre il y a une grande pièce chorale et une plus intime. La première partie concernait des jeunes hommes, du quartier du Val Fourré, à Mantes la jolie. ‘Illuminations’ était la pièce chorale et ‘Je marche dans la nuit par un mauvais chemin’ était la partie plus intime. Ensuite il y a eu, en 2016, la création de ‘F(l)ammes’, pièce chorale pour des jeunes femmes donc, accompagnée d’une autre intitulée ‘J’ai rencontré Dieu sur Facebook’. Et enfin, il y aura un dernier volet toujours avec une grande pièce chorale, réunissant les jeunes hommes et les jeunes femmes, et aussi une pièce plus intime. Ça fera un tryptique sur six oeuvres. En vérité, tout l’ensemble constitue une seule et même oeuvre qui déploie plusieurs de ses facettes.”

La spontanéité des débutantes

Pour ce faire, le metteur en scène a voulu travailler avec des comédien.nes amateurs.trices, quasiment sans aucune expérience de théâtre. Il justifie son choix : “Ce sont en effet des non professionnelles. Je voulais avoir des 'vraies personnes' plutôt que des gens avec une forte expérience dans le théâtre ou la musique. Je voulais des personnes qui avaient le désir de jouer, de découvrir la scène. Le plus intéressant pour moi, c’était de travailler sur cette vitalité, cette spécificité de quelqu’un qui n’est pas du métier, mais qui va proposer sa présence sur scène, qui va s’adresser au public. Quand elles sont sur scène, on les remarque immédiatement. C’est ça la force de cette aventure, mettre sur scène des êtres de chair et de sang, qui s’adressent au public, mais qui n’ont pas forcément le cursus qu’on attend, qui n’ont pas forcément la culture du théâtre ou des arts. Ce sont des jeunes personnes, vivant pleinement dans la société d’aujourd’hui et qui ont envie de parler à tous les autres.”

Les comédiennes Dana Fiaque (à droite), Yasmina Ghemzi (au centre) et Laurène Dulymbois (à gauche) en pleine répétitions de la chanson chorale de la pièce <em>F(l)ammes.</em>
Les comédiennes Dana Fiaque (à droite), Yasmina Ghemzi (au centre) et Laurène Dulymbois (à gauche) en pleine répétitions de la chanson chorale de la pièce F(l)ammes.
© Nadia Bouchenni

Les apprenties comédiennes ont environ entre 20 et 30 ans. Pour la plupart d’entre elles, quand elles ont vu l’annonce du metteur en scène, elles ont eu, pour la première fois, l’impression de se reconnaître pleinement. “Quand je suis arrivée pour l’audition, j’ai compris que ça ne serait pas seulement pour faire du théâtre.”, nous raconte Dana Fiaque, l’une des plus jeunes comédiennes, qui fêtait son anniversaire, ce jour-là. “Je faisais du théâtre en amateur, et je suivais des études en arts du spectacle à ce moment. Lors de l’audition, j’ai vu tout de suite que ce que recherchait Ahmed (Madani) ne ressemblait à rien de ce que je connaissais. Il y a un côté presque documentaire. On joue des personnages, mais ça reste très proche de nos vies à toutes. Les gens doivent pouvoir y croire, comme si l’idée venait d’arriver dans notre esprit. J’ai trouvé ça tellement difficile, mais en même temps j’ai vraiment eu envie d’apprendre et de maîtriser cette manière de jouer”.

J’ai eu une sensation de grande injustice. Je suis allée voir Ahmed (Madani) pour lui dire que les filles de banlieue ne l’avaient pas attendu pour faire quelque chose.Anissa Kaki, comédienne dans F(l)ammes

Certaines des comédiennes avaient eu une petite expérience au théâtre, sans être des professionnelles. C’est le cas de Yasmina Ghemzi. Cette dernière confesse que ce n’était pas forcément un avantage pour elle : “J’avais fait du théâtre, oui, mais rien de ce genre. Je me suis retrouvée plus en difficulté que certaines, puisque j’avais justement des automatismes bien ancrés dont il a fallu me débarrasser ici, quand j’ai dû jouer devant Ahmed, comme le fait de retrouver une certaine spontanéité de prise de parole.”

Les choses ont été plus compliquées pour Anissa Kaki. Ne voulant pas mentir sur la petite expérience qu’elle avait, elle a été franche. Résultat, elle n’a tout d’abord pas été gardée. Elle revient sur ce moment difficile pour elle : “Souvent les rôles de Maghrébines sont donnés à d’autres comédiennes car il faut avoir fait le Conservatoire. Et là je ne pouvais pas participer à cette expérience, parce que j’avais fait du théâtre en amateur ? J’ai eu une sensation de grande injustice. Je suis allée voir Ahmed (Madani) pour lui dire que les filles de banlieue ne l’avaient pas attendu pour faire quelque chose ! Nous n’étions pas là à se tourner les pouces ! J’étais à fleur de peau lorsque je l’ai rencontré, mais ça a marché !”

Voilà mon travail, essayer d’universaliser le parcours singulier d’une personne pour la transcender et lui permettre de parler au nom de sa classe d’âge, de son origine, de ses parents, de sa famille, et aussi de ceux qui viennent la regarder sur scène.Ahmed Madani, metteur en scène et auteur de F(l)ammes

L’autre critère du metteur en scène était double. Il fallait que ces jeunes débutantes vivent en quartiers populaires et soient issues d’une immigration post-coloniale. Une manière forte de mettre en lumière ces histoires bien particulières, pour en faire une histoire nationale. Ahmed Madani souhaite rendre ces paroles universelles : “Voilà mon travail, essayer d’universaliser le parcours singulier d’une personne pour la transcender et lui permettre de parler au nom de sa classe d’âge, de son origine, de ses parents, de sa famille, et aussi de ceux qui viennent la regarder sur scène. Au final, les spectateurs vont se reconnaître, même s’ils n’ont pas la même histoire, le même âge, le même parcours, vont trouver des ressemblances. Ils vont parfois se dire : ‘Même si je suis un vieil homme de 80 ans, cette jeune fille de 20 ans parle aussi de moi.’ En plus d’avoir eu la possibilité de trouver des personnes puissantes séduisantes et inventives, le travail a surtout été sur l’écriture, que j’ai menée avec ces jeunes femmes pendant plusieurs mois.”

Laurène Dulymbois répète son passage solo de la pièce F(l)ammes devant la coach vocale.
Laurène Dulymbois répète son passage solo de la pièce F(l)ammes devant la coach vocale.
© Nadia Bouchenni

Rendre universelle une parole si peu écoutée

Laurène Dulymbois est une jeune femme afrodescendante, passionnée de culture japonaise et coréenne. Tenue et cheveux colorés, on remarque Laurène tout de suite. Ce qui a toujours renforcé le sentiment de la jeune femme de ne jamais correspondre aux critères du métier. L’annonce d’Ahmed Madani a été un soulagement pour l’apprentie comédienne : “C’était la première fois où je me suis sentie décrite de A à Z, où il n’y avait pas un aspect qui posait problème, comme ‘trop jeune’, ‘trop noire’, ‘pas assez ceci’. Cette fois, c’était fait pour moi.”

Même impression pour Dana Fiaque, l’une des plus jeunes de la troupe : “Pour la première fois, je me suis reconnue dans une annonce de casting. Il n’y avait pas ce côté misérabiliste où il faut étaler ses problèmes, notre condition socio-culturelle difficile, etc. Il fallait juste répondre à quelques critères, mais en dehors de ça, on est nous mêmes en fait. Ce n’est même plus le sujet.”

En montant sur scène, ces femmes apportent leurs histoires
Ahmed Madani, metteur en scène et auteur de F(l)ammes

Le pari osé d’Ahmed Madani est de rendre universelles ces histoires particulières appartenant à ces femmes : “En France, on a encore du mal à considérer les minorités comme pouvant être universelles, notamment à cause du facteur historique important, à savoir le passé colonial. Être allé dans d’autres pays pour soumettre des gens, abattre leur culture, imposer la sienne, sa langue, fait que ça minore énormément cette histoire là. Or en montant sur scène, ces femmes apportent leurs histoires. C’est ça le geste d’universalisme, c’est amener son histoire et dire qu’elle est commune. Nous partageons cette histoire là. Nos ancêtres ont pu être colonisés, certes, aujourd’hui le temps s’est écoulé, et nous sommes des personnes entières, nous revendiquons cette entièreté. Et c’est exactement la problématique des femmes, en général, face aux hommes, quand elles demandent la parité ! Elles disent : nous sommes entières comme les hommes. Tous ces éléments se rejoignent, et on arrive à dépasser la situation unique d’un individu pour aller vers quelque chose de supérieur c’est à dire l’humanité.”

Je ne me cache plus, que ce soit sur mes croyances, sur ce que je suis, mon métissage culturel.
Yasmina Ghemzi, comédienne dans F(l)ammes

<em>"Ahmed Madani m’a aidée à développer mon ‘Je’." </em>Yasmina Ghemzi, comédienne dans <em>F(l)ammes</em> en pleine répétition avec la coach vocale Dominique Magloire.
"Ahmed Madani m’a aidée à développer mon ‘Je’." Yasmina Ghemzi, comédienne dans F(l)ammes en pleine répétition avec la coach vocale Dominique Magloire.
© Nadia Bouchenni

Une démarche tout à fait assumée par les comédiennes qui ne demandent qu’à pouvoir montrer leurs identités plurielles, comme Yasmina Ghemzi : “La volonté d’Ahmed Madani permet encore plus d’assumer ce passé. Je suis un personnage qui a du relief, je suis un personnage qui a un passé, un présent et un futur. Ce passé il est multiple, il est riche, il vient de loin. Pour certains il peut être trouble, en tout cas il est assumé. Ça me donne une autre ampleur, quelque chose de plus large, de plus grand. Je ne me cache plus, que ce soit sur mes croyances, sur ce que je suis, mon métissage culturel. Entre la génération précédente et celle d’aujourd’hui il y a eu une véritable mutation. On fonctionne autrement. Maintenant soyons forts, assumons notre force, une force bienveillante. On est grands et forts. Ça fait du bien de prendre notre force.”

Se reconnaître dans l’autre

Derrière cette volonté d’assumer le passé, il y a aussi un vrai besoin de représentation, que ce soit sur scène ou à l’écran, pour Laurène Dulymbois, si on ne donne pas d’autres possibilités au public, on ne change pas la situation : “Quand on a l’habitude de voir la même chose, nos perceptions de la représentation sont figées. Quand on se retrouve face à d’autres profils, on est d’abord surpris, et puis on se rend compte que les différences ne sont qu’esthétiques, extérieures, et que finalement l’humain revient. Le public reconnaît ces émotions là. Et c’est bien de changer. Cela ne sert à rien de n’avoir qu’une représentation, on peut en avoir plusieurs, ça fait du bien, et ça marche aussi. C’est encore mieux d’avoir cette diversité. La norme n’est pas figée, il n’y a pas qu’une représentation viable. La femme, la femme racisée, la personne racisée, toutes ces représentations ne sont plus caduques mais deviennent une norme qu’on établit au cours du spectacle."

<em>"Cette dimension de l’altérité, de la reconnaissance de soi dans l’autre agit fortement dans la pièce, et elle est un des éléments de son succès." </em>Ahmed Madani, créateur de la pièce <em>F(l)ammes.</em>
"Cette dimension de l’altérité, de la reconnaissance de soi dans l’autre agit fortement dans la pièce, et elle est un des éléments de son succès." Ahmed Madani, créateur de la pièce F(l)ammes.
© Nadia Bouchenni

Et le public l’a bien compris. Deux ans après la création de F(l)ammes, la troupe reprend la route pour une nouvelle tournée, la dernière cette fois-ci. Après un passage à Avignon et dans tout le territoire français, l’oeuvre d’Ahmed Madani a trouvé son public, curieux d’entendre de nouvelles voix : “Si on parle de la rencontre avec le public, F(l)ammes est réussie. Il y a un vrai enthousiasme des spectateurs.trices. Cette dimension de l’altérité, de la reconnaissance de soi dans l’autre agit fortement dans la pièce, et elle est un des éléments de son succès. C’est le point le plus intéressant. Ces jeunes filles qui vivent dans des quartiers populaires vont jouer partout en France, dans des endroits où il n’y a pas forcément de banlieue, où il n’y a pas forcément ces problématiques là, mais il y a un enjeu sociétal de désir de réunification, d’entente, de cohésion. Et cette parole est portée par ces jeunes femmes. Elle est très positive, pleine d'espérance et on l’entend facilement.”

Les gens s’y reconnaissent parce que c’est une pièce humaine. La place aux émotions est tellement importante que même l’homme blanc, issu des villes, ou des beaux quartiers peut s’y reconnaître, parce c’est une question de ressenti.Laurène Dulymbois, comédienne dans F(l)ammes

Mettre l’humain au coeur du propos, comme un moyen de parler à tous et à toutes est la vonlonté de toute la troupe. Chaque représentation provoque de nombreux échanges entre le public et les comédiennes. Laurène Dulymbois évoque ces réactions fréquentes: “Les gens s’y reconnaissent parce que c’est une pièce humaine. La place aux émotions est tellement importante que même l’homme blanc, issu des villes, ou des beaux quartiers peut s’y reconnaître, parce c’est une question de ressenti. Beaucoup de gens très différents sont inspirés par la pièce, en ressortent bouleversés. Et en même temps, on donne une force aux personnes vivant dans les quartiers populaires pour avancer. Ils nous disent ‘Si vous pouvez le faire, tout le monde le peut. Si vous pouvez être comédiennes, alors nous aussi, on peut faire ce qu’on a envie de faire.’ Et ça c’est vraiment beau.”

La troupe, sur scène, lors des précédentes représentations
La troupe, sur scène, lors des précédentes représentations
© François-Louis Athénas

Se réconcilier avec son histoire

Mais le projet F(l)ammes a surtout beaucoup apporté aux comédiennes elles-mêmes. L’expérience d’intégrer une troupe féminine, d’aborder des sujets personnels, de jouer des confidences intimes a fait grandir chacune de ces femmes.

Par cette expérience, j’ai pu me re-souvenir de moi. On a tendance a s’oublier par la routine de la vie. F(l)ammes m’a vraiment permis de me retrouver, et de me retrouver à travers d’autres filles.Yasmina Ghemzi, comédienne dans F(l)ammes

<em>"</em><em>Côtoyer ces femmes plus jeunes que moi, ça m’a réparée."</em><br />
Anissa Kaki, comédienne dans<em> F(l)ammes</em>
"Côtoyer ces femmes plus jeunes que moi, ça m’a réparée."
Anissa Kaki, comédienne dans F(l)ammes
© François-Louis Athénas

Anissa Kaki, la trentaine, est une des plus âgées de la troupe, elle raconte : “Côtoyer ces femmes plus jeunes que moi, ça m’a réparée. C’est bizarre, mais quand je faisais du théâtre dans d’autres projets, je me retrouvais tout le temps à être LA femme exotique, la Maghrébine. Et c’est fatigant en fait. On ne me laissait pas être moi, et je ne savais pas qui j’étais réellement, puisque je devais représenter tout une communauté entière !"     

Elle continue sur cette parole si souvent mise de côté : "Ce qu’on porte à l’intérieur de nous, c’est beau. Et ce n’est jamais montré. On est tout le temps en train de se battre contre une image négative qui est mise en avant, en train d’essayer de montrer la plus belle facette de soi, parce que tu sais déjà ce que les gens pensent de toi, quand tu viens de banlieue. C’est épuisant. Il faut qu’on revoie tout cela avec un regard neuf et un regard bienveillant, sur nous-mêmes avant tout. Il faut réinventer ce qu’on est. On nous a transmis un tel trésor, et on n’a même pas encore toutes les clés pour l’ouvrir.”

Se réconcilier avec soi pour offrire le meilleur au collectif, c’est ce que Yasmina Ghemzi a expérimenté : “Par cette expérience, j’ai pu me re-souvenir de moi. On a tendance a s’oublier par la routine de la vie. F(l)ammes m’a vraiment permis de me retrouver, et de me retrouver à travers d’autres filles. Ça m’a permis de retrouver ma force que j’avais pu perdre Ça m’a permis de me recentrer. C’est une expérience limitée dans le temps, donc c’est plus fort. Être sur scène et affirmer mes opinions, se rendre compte que beaucoup de gens sont d’accord, que je suis capable d’argumenter mes idées, mes propos, c’est agréable, ça me fait grandir, et ça donne écho à d’autres. Ça me permet de dire, voilà ce que je veux, un théâtre qui accepte ma personnalité, et pas un théâtre où je devrais me fondre. Ahmed Madani m’a aidée à développer mon ‘Je’. Il a eu beaucoup de mal à réussir à me faire dire ‘Je’, ‘Je m’appelle Yasmina’. Ça a pris du temps. J’assume maintenant ce ‘Je’. Je le remercie de m’avoir permis de bien mettre en valeur mon ‘Je’ à moi.”

Cette pièce m’a poussée à me documenter et à me conscientiser. J’essaye d’en apprendre le plus possible sur le féminisme, l’afro-féminisme, l’intersectionnalité.
Dana Fiaque, comédienne dans F(l)ammes

Travailler entre femmes pendant de longs mois influence forcément un éventuel engagement féministe. Pour Dana Fiaque, le féminisme ne faisait pas partie de sa vie. Depuis qu’elle a intégré cette troupe, et qu’elle joue F(l)ammes, sa vision a évolué : “Au début, je ne prenais pas partie sur ce sujet. Grâce à la tournée, je rencontre pleins de gens différents, j’échange beaucoup, et j’apprends énormément sur le sujet. Cette pièce m’a poussée à me documenter et à me conscientiser. J’essaye d’en apprendre le plus possible sur le féminisme, l’afro-féminisme, l’intersectionnalité.”

S'approprier aussi le féminisme

Yasmina Ghemzi, elle était déjà convaincue de son féminisme, mais aujourd’hui, elle est plus en paix avec son engagement : “J’étais déjà féministe avant de faire cette pièce. Mon entourage me voyait même comme ‘trop féministe’. F(l)ammes m’a permis de mieux l’exprimer, de le dire différemment et à plus de monde. Elle m’a aidée à l’apaiser, à le nuancer, sans être dans un rapport conflictuel. Je revendique maintenant pleinement ma place d’être humain, qui représente la moitié de l’humanité. C’est ma place. J’ai gagné en maturité grâce aux échanges que cette pièce a permis.”

La prochaine étape pour le metteur en scène est la création de la dernière (double) partie de son tryptique. “Ce sera probablement une parole partagée sur scène, masculine et féminine, jeune bien entendu. Ça fera entendre des voix qui peuvent paraître séparées dans la société, qu’on fera parler d’un seul choeur. Il y aura des jeunes hommes et des jeunes femmes qui parleront du monde tel qu’il est. Cette création verra le jour certainement en 2020. Entre la première pièce, 'Illuminations' en 2012, et la dernière, il se sera passé près de huit ans. Beaucoup de choses sont apparues dans notre société. Les thématiques qu’on abordera seront forcément différentes. Et ce sera un point de vue qui sera celui de cette jeunesse. Ça m'intéresse vraiment de le faire entendre. En près de 10 ans, cette parole a changé aussi. Je vais essayer de rester dans la même dynamique pour cette dernière oeuvre, pour avoir une espèce de fusion entre les deux précédentes. Créer un élément nouveau en rassemblant des éléments des oeuvres précédentes.”