Terriennes

Roberta Metsola, une anti-avortement élue présidente du Parlement européen

Le visage entouré des étoiles de la bannière européenne : la consécration pour l'eurodéputée maltaise, Roberta Metsola, élue le 18 janvier 2022 présidente du Parlement européen à Strasbourg (France). Elle devient la 3ème femme à occuper ce poste après Simone Veil et Nicole Fontaine. 
Le visage entouré des étoiles de la bannière européenne : la consécration pour l'eurodéputée maltaise, Roberta Metsola, élue le 18 janvier 2022 présidente du Parlement européen à Strasbourg (France). Elle devient la 3ème femme à occuper ce poste après Simone Veil et Nicole Fontaine. 
©AP Photo/Jean-Francois Badias
Le visage entouré des étoiles de la bannière européenne : la consécration pour l'eurodéputée maltaise, Roberta Metsola, élue le 18 janvier 2022 présidente du Parlement européen à Strasbourg (France). Elle devient la 3ème femme à occuper ce poste après Simone Veil et Nicole Fontaine. 
Roberta Metsola, maltaise, aura 43 ans le 18 janvier 2022. La députée européenne de l'aile conservatrice, sera sans doute la nouvelle présidente du Parlement européen. 

Elue dès le premier tour avec 458 voix, Roberta Metsola est la nouvelle présidente du Parlement européen. A 43 ans, la figure de proue du parti conservateur européen affiche des positions contrastées. Issue du parti nationaliste maltais, engagée pour les droits des communautés LGBTQI+ et contre la corruption, elle n'a jamais caché son opposition à l'avortement. 

À la voir préparer un plat de pâtes bolognaises pour ses cinq "hommes"- ses quatre fils et son mari - dans cette vidéo publiée sur son site officiel, la Maltaise Roberta Metsola, 43 ans, ressemble à une maman comme les autres. A ceci près qu'elle vient de consacrer ses dix dernières années à tracer son sillage au sein de l'illustre institution qu'est le parlement européen. Une carrière qu'elle mène de front avec sa vie de famille admettant qu'elle n'y serait pas parvenue sans l'aide de son mari d'origine finlandaise, Ukko, lui-même également engagé en politique. Ce dernier a d'ailleurs préféré mettre la sienne, de carrière, entre parenthèses pour permettre à son épouse de mener à bien et au plus haut ses ambitions parlementaires. 

Je suis déterminée à faire ce que je peux dans le temps que j'ai en politique pour faciliter la vie des autres parents.
Roberta Metsola, présidente par intérim Parlement européen

"Je suis mère de quatre garçons - l'aîné est maintenant un adolescent, le plus jeune a quatre ans. Malgré toutes les avancées en matière de garde d'enfants et de travail flexible, la vérité est que mon mari et moi ne serions pas en mesure d'élever une famille et d'avoir une carrière sans l'aide que nous avons - et je suis déterminée à faire ce que je peux dans le temps que j'ai en politique pour faciliter la vie des autres parents", écrit-elle sur son site internet. Dans la vidéo, on voit la députée discuter au téléphone avec l'un de ses fils, lui demandant d'arrêter ses parties de Fortnite (jeu vidéo qui rend accros des millions d'adolescents à travers le monde, ndlr), "Je serai à Malte demain soir, et je veux que tu arrêtes ça, ok ?". Aux jeux en ligne, Roberta Metsola semble préférer le maniement des réseaux sociaux, alimentant régulièrement ses comptes Twitter, Instagram et Facebook. 

Roberta Metsola en pause cupcakes avec ses prôches, son mari Ukko et leurs quatre fils.
Roberta Metsola en pause cupcakes avec ses prôches, son mari Ukko et leurs quatre fils.
©robertametsola.eu

Malte : petits pays, grandes idées

Née le 18 janvier 1979, elle est la fille de "Rita et Geoffrey" comme elle le précise elle-même dans sa bio. Aînée de trois enfants, elle a grandi dans la ville balnéaire de Gżira à Malte.

Roberta Metsola, diplômée en droit au Collège d’Europe, à Bruges (Belgique), "l'ENA" européen. 
Roberta Metsola, diplômée en droit au Collège d’Europe, à Bruges (Belgique), "l'ENA" européen. 
©robertametsola.eu

Âgée de 25 ans, elle brigue pour la première fois un mandat d'eurodéputée, elle est alors encore étudiante en droit au Collège d’Europe, à Bruges (Belgique). Il lui faudra attendre neuf ans avant de décrocher ce siège tant convoité, le temps de faire son apprentissage dans les couloirs de l'institution et d'en découvrir les multiples rouages. 

Militante du Parti nationaliste maltais (droite), elle décroche son fauteuil de députée au sein du Parti populaire européen (PPE) en 2013, un groupe parlementaire dont elle deviendra la numéro 2 en 2020. De 2012 à 2013, elle sera chargée de la justice et des affaires intérieures au sein de la représentation permanente de Malte auprès de l'Union européenne, puis conseillère juridique au Service européen d'action extérieure. Le 12 novembre 2020, elle devient la première vice-présidente du Parlement européen. 

Depuis le début de son mandat, la députée se bat pour élever Malte, pays de 525 000 habitants situé à la périphérie méridonial de l'Union Européenne, au-delà de son statut de petit pays.

"La taille d'un pays ne doit jamais faire obstacle à vos rêves, n'abandonnez jamais ! (...) Il y a quelque chose qui ne reviendra jamais en arrière, les femmes qui nous ont précédées ont ouvert un chemin plus facile et plus doux pour moi et d'autres femmes.", écrit-elle dans une lettre adressée à des étudiants au lendemain de son élection à la vice-présidence. 

"Nous sommes un petit pays, mais nous avons de grandes idées", a-t-elle pour habitude de dire dans les médias ou à la tribune. 

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Une anti-IVG proclamée

De "grandes idées"... Pas certain que la formule convienne en matière de droit à l'avortement. Malte est le dernier pays de l'UE à interdire l'IVG même en cas de viol, d'inceste, de maladie du fœtus ou de danger pour la mère.

Roberta Metsola s'est toujours ouvertement prononcée contre le droit à l'avortement en votant systématiquement contre toutes les résolutions défendant l'accès à l'IVG. Elle a néammoins garanti aux eurodéputés qu'elle représenterait fidèlement, sur ce point, la majorité de l'Assemblée. Sur le terrain des droits des femmes, un autre point noir s'est ajouté à son palmarès en septembre dernier. A l'occasion du vote d’une résolution demandant à la Commission de criminaliser les violences envers les femmes, la vice-présidente avait choqué voire sidéré grand nombre de parlementaires en choisissant de s'abstenir.

De quoi ternir le blason de celle qui se présente comme une conservatrice progressiste, parallèlement très engagée pour la défense des droits LGBTQI+, tout en multipliant sur twitter les vidéos promouvant l'empouvoirement des femmes. 

Les femmes m'inspirent. Les femmes qui se lèvent, qui parlent, qui se battent. Les femmes qui font du business, qui fondent un foyer, qui poursuivent leurs études.
Roberta Metsola, sur Twitter

"Les femmes m'inspirent. Les femmes qui se lèvent, qui parlent, qui se battent. Les femmes qui font du business, qui fondent un foyer, qui poursuivent leurs études. (...) Les femmes en politique, les femmes dans les sciences, dans le sport, dans le journalisme, dans les arts, la culture et dans tellement d'autres secteurs où elles doivent prouver chaque jour qu'elles sont capables..." lance-t-elle dans une vidéo sous forme de véritable ode aux femmes, publiée début décembre sur son fil twitter, vue par plusieurs milliers d'internautes. 

Contre la corruption et pour les droits LGBTQI+
Engagée contre la corruption qui gangrène son pays, elle avait appelé en décembre 2019 à la démission du premier ministre maltais, Joseph Muscat, soupçonné d'ingérence dans l'enquête sur l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia (tuée dans l'explosion de sa voiture en octobre 2017, ndlr) .
 
J'ai toujours défendu la politique de modération contre l'extrémisme, une politique basée sur la vérité, la justice et l'exactitude, une politique basée sur les faits et non sur l'identité.
Roberta Metsola, sur son site internet

"J'ai toujours défendu la politique de modération contre l'extrémisme, une politique basée sur la vérité, la justice et l'exactitude, une politique basée sur les faits et non sur l'identité", écrit celle qui défend les couleurs du parti national malte sur son site internet.

Plus récemment, elle a fait part de sa tristesse au lendemain du viol et de l'assassinat d'une jeune femme, retrouvée morte début janvier dans une rue maltaise. "Paulina Dembska avait 29 ans. C'était une femme. Elle n'est jamais rentrée chez elle. Nous devons nous attaquer aux causes de la misogynie, des agressions trop souvent ignorées et affronter l'inconfortable vérité d'un meurtre. Les femmes doivent être en sécurité. Paulina méritait d'être en sécurité. Nous lui devions cela. Nous l'avons laissée tombée", a-t-elle posté sur les réseaux sociaux. 

Une bonne réputation d'Européenne ?

"C’est une excellente candidate. Une femme, jeune, qui vient d’un petit pays. C’est très symbolique", explique Manfred Weber, président du groupe PPE dans le quotidien Le Monde.  "Même si elle vient d’un petit pays membre, elle connait tous les détails de la politique européenne et des politiques nationales des 27 États", ajoute de son côté Andreas Schwab, eurodéputé du PPE sur RFI, "C’est une femme, une mère de famille, qui a démontré à tous les collègues au PPE et même au-delà, qu’elle sera capable d’être la présidente de tous les collègues du Parlement européen". 

Un soutien que ne partage pas l’eurodéputé Renew Bernard Guetta, car il s'agirait selon lui d'"un très mauvais signe pour le droit des femmes et l’image du Parlement européen", rapporte Le Monde. Ni par Aurore Lalucq, eurodéputée du groupe des Socialistes et démocrates. "Le message envoyé n’est pas bon. Dans mes tripes, je ne peux pas mettre un bulletin pour quelqu’un qui peut voter, par exemple, contre une résolution pour défendre les femmes en Pologne suite à la quasi-interdiction du droit d’avortement là-bas", s'insurge-t-elle sur RFI. 

Si Roberta Metsola a gagné en visibilité et en popularité au cours de ces derniers mois, se retrouvant en pleine lumière, contrainte d'assurer l'intérim de David Sassoli, pendant le séjour à l'hôpital puis suite au décès de l'ancien président du Parlement, elle ne fait pas l'unanimité.

Malin Björl, eurodéputée du bloc de gauche, invitée du journal de TV5monde, dit regretter ce choix. "Les droits des femmes sont des droits humains, le droit de disposer de nos corps, de décider librement de notre sexualité, c'est fondamental !". "Mais nous avons discuté ensemble, et elle nous a promis de suivre les décisions du Parlement sur ces questions-là et nous allons travailler ensemble et nous veillerons à ce qu'elle tienne cette promesse", ajoute-t-elle. 

Une troisième femme présidente du Parlement

Roberta Metsola a été élue à la tête de l’institution dès le premier tour avec 458 voix. Les deux autres prétendantes – la Suédoise Alice Bah Kuhnke pour les Verts et l’Espagnole Sira Rego pour la gauche radicale – avaient peu de chance de l’emporter. Et le retrait de dernière minute du candidat polonais conservateur Kosma Zlotowski (ECR), une heure avant le scrutin, a joué en faveur de la Maltaise.

"Il est temps que le Parlement européen soit dirigé par une femme", a-t-elle déclaré sur Twitter. Son élection porte à trois le nombre de femmes à la tête des grandes institutions de l'UE, aux côtés de Christine Lagarde et Ursula von der Leyen. Elle devient la troisième femme à présider l’hémicycle européen, après Simone Veil et Nicole Fontaine. Née un 18 janvier, la nouvelle présidente ne pouvait sans doute rêver mieux qu'une telle victoire comme cadeau d'anniversaire.