Terriennes

Roland Garros, Us Open, Alizé Cornet, Serena Williams, les championnes de tennis se rebiffent

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Quelques secondes qui changent la face du tennis féminin ? Récit TV5MONDE Pascale Achard. Durée -1'13"

Parce qu'elle s'était présentée en combinaison noire moulante, façon guerrière, en mai 2018 à Roland Garros pour la première, parce qu'elle a osé remettre à l'endroit son maillot en plein match de l'US Open, pour la seconde, l'américaine Serena Williams et la française Alizé Cornet, se sont attirées les foudres des censeurs du tennis mondial. Des incidents balayés d'un revers et en osmose par les deux championnes. 

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Le 29 mai 2018, en apparaissant pour la première fois, depuis son accouchement sept mois plus tôt, sur la terre battue des courts de Roland-Garros aux portes de Paris, Serena Williams ne s'attend sans doute pas à ce que l'on commente plus sa tenue que son jeu. Les embolies à répétition qui la frappent lui imposent une combinaison conçue pour améliorer sa circulation sanguine, dont le noir brillant et la ligne épurée rappellent les héroïnes du film de Marvel "Black Panther".

Décence, indécence, telle est la (bête) question

Une apparition qui n'est pas du goût de son adversaire, défaite au terme de la rencontre, la tchèque Kristyna Pliskova. Elle porte plainte, après le match, auprès des autorités du tennis pour non respect du code vestimentaire.  "Je me demandais si c'était dans les règles. Je ne sais même pas quelle matière c'est. On dirait du Néoprène. Elle est supposée suivre les règles. Sinon, on la fait jouer nue." (A noter que le néoprène, un latex tiré du caoutchouc, fut aussi utilisé dans la haute couture, ainsi par Christian Dior.)

La championne multi-titrée réplique aussitôt à ses détracteurs : "Quelqu'un va intenter un procès ? Pour toutes les mamans qui ont eu difficile retour de couches après une grossesse - allez y. Si je peux le faire, vous aussi. Je vous aime toutes !!!​"
Cela n'empêche pas les dirigeants du tennis français de décréter qu'un code vestimentaire sera édicté pour le tournoi 2019 : « Je crois qu’on est parfois allé trop loin. La combinaison de Serena cette année, par exemple, ça ne sera plus accepté. Il faut respecter le jeu et l’endroit. » proclame d'abord le président de la Fédération française de tennis (FFT), Bernard Giudicelli. Suivi quelques semaines plus tard par Guy Forget, directeur de Roland-Garros qui annonce l'instauration prochaine d'un « code vestimentaire ». Avec le renfort plutôt inattendu du numéro 1 mondial, Rafael Nadal qui "pense que chaque tournoi a le droit de faire ce qu'il considère le mieux".  

Le 28 août 2018, Serena Williams prend cette injonction au mot à Flushing Meadows où elle réapparaît, magistrale, tout en noir ou en violet parme, dans un justaucorps asymétrique et un tutu de gaze autour de ses fameux collants de contention brillants. 

Cachez cette brassière que nous ne saurions voir...

Le même jour, la planète tennis s'enflamme à nouveau. La Française Alizé Cornet écope d'un avertissement ("comportement anti-sportif", sic) pour avoir remis son maillot à l'endroit, qu'elle avait enfilé à l’envers après une pause accordée par l’arbitre pour permettre aux joueuses de se rafraîchir - en cette fin d'été, il règne à New York une chaleur étouffante en raison du taux d'humidité très élevé. Alizé Cornet affrontait alors la Suédoise Larsson. Et c'est de dos, discrètement et au fond du court, qu'elle fait ce geste, pour ne pas retarder la reprise, laissant apparaître une brassière. Revoyons encore une fois la scène... 

Mais les hommes peuvent changer de chemise, comme ils veulent, sur le court
Judy Murray, mère de Andy

Enlever son maillot, le remettre, le jeter en l'air, pratiques pourtant très répandues chez les messieurs... Ce que ne manquent pas de souligner les supportrices ou supporters. Et même Judy Murray, la propre mère d'un autre numéro 1 mondial, s'énerve : "Alizé Cornet est revenue sur le court après une pause de 10 minutes. Elle avait mis sa nouvelle chemise à l'envers. Elle se change à l'arrière de la cour. Et pour cela écope d'une violation du code, pour conduite antisportive... Mais les hommes peuvent changer de chemise, comme ils veulent, sur le court."

On va laisser l’excentricité aux hommes, alors que chez les femmes cette excentricité peut s’arrêter à un certain point.
Sandrine Jamain-Samson, historienne

Après cet incident, Alizé Cornet, qui venait de perdre, a également commenté les mésaventures de sa consoeur américaine en jugeant "d'un autre temps" la volonté du président de la Fédération française de tennis Bernard Giudicelli d'interdire à Roland-Garros la combinaison portée cette année par Serena Williams : "Il y a encore des gens comme le président de ma Fédération qui vivent dans un autre temps et se permettent de faire ce genre de commentaires. Je trouve cela extrêmement choquant".

Ce que confirme à Libération Sandrine Jamain-Samson, enseignante à l'université de Savoie-Mont-Blanc et auteure d'une thèse de doctorat intitulée « Sport, genre et vêtement sportif : une histoire culturelle du paraître vestimentaire (fin XIXe siècle–début des années 70) » :  « Jusqu’à présent, le regard porté par la société sur le corps des hommes et sur le corps des femmes n’est pas le même. Les choses changent, mais encore aujourd’hui, les médias et la publicité différencient les corps des hommes et des femmes. Ce qui n’est pas un mal en soi, mais la pression n’est pas la même. On va laisser l’excentricité aux hommes, alors que chez les femmes cette excentricité peut s’arrêter à un certain point. »

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter > @braibant1