Terriennes

Salomé Zourabichvili, première femme présidente de Géorgie

La "femme aux deux pays", la président géorgienne, Salome Zourabichvili lors de sa visite, à Vilnius, en Lituanie, le 7 mars 2019.
La "femme aux deux pays", la président géorgienne, Salome Zourabichvili lors de sa visite, à Vilnius, en Lituanie, le 7 mars 2019.
©AP Photo/Mindaugas Kulbis

Elle est la première femme à prendre les rênes de la Géorgie, elle est aussi la première présidente à afficher une double origine, géorgienne et... française. Salomé Zourabichvili, diplomate aguerrie, va devoir en tant que cheffe d'Etat relever de nombreux défis.

Une femme présidente... Qui aurait cru que la Géorgie, ancienne république soviétique, berceau de Joseph Staline, petit pays du Caucase de 3,7 millions d'habitants, deviendrait l'un des encore trop peu nombreux pays au monde à faire ce choix ?

Salomé Zourabichvili. C'est bien elle que les électeurs et électrices ont choisie à 59,52%. C'était le 28 novembre 2018.
 

Salomé Zourabichvili est née à Paris en 1952, de parents géorgiens ayant fui en 1921 le petit pays du Caucase qui est aussi celui de Staline, né Joseph Djougachvili en Géorgie. Son arrière-arrière-grand-père, Niko Nikoladze, était un célèbre écrivain libéral (1843-1928), membre d’un mouvement appelant à l’indépendance de la Géorgie par rapport à l’empire russe.
 

©siteinternetSciencesPo
C'est à tout juste 17 ans, le bac en poche, que la jeune fille franchit les portes de Sciences Po en septembre 1969. Sa mention Bien lui vaut le privilège d’une admission directe en année préparatoire. Une fois diplômée, la jeune femme poursuit ses études à l'université de Columbia aux Etats-Unis. Un cursus qu'elle abandonne en cours de route, appelée par les sirènes de la carrière de diplomate. Rome, New York, Washington, Vienne, NDjamenah, Bruxelles : ses responsabilités lui font faire le tour du monde pendant près de 30 ans... Salomé Zourabichvili jongle aisément avec plusieurs langues : français, anglais, allemand, italien, russe et géorgien.
 
Au 1er avril 2019, 26 pays ont ainsi une femme à leur tête (présidente ou chef de gouvernement avec des fonctions de dirigeante), soit 5 de plus qu'en 2018. On compte également 11 femmes vice-présidentes.

Sur ces 26 dirigeantes, 12 sont à la tête de pays européens : Allemagne, Royaume-Uni, Islande, Slovaquie, Norvège, Lituanie, Estonie, Croatie, Serbie, Roumanie, Malte, Géorgie.Dans le reste du monde, elles dirigent : les Bahamas, Barbade, Grenade, le Pérou, la Namibie, Taiwan, les Îles Marshall, le Bangladesh, le Népal, Singapour, Trinidad et Tobago et l'Éthiopie.

90% des chefs d'Etat ou de gouvernement sont des hommes, et 76% des parlementaires aussi, comme le rappelait en mars 2019, María Fernanda Espinosa Garcés, présidente de l'Assemblée générale des Nations unies.

La Géorgie au coeur

Octobre 2003 : le président français Jacques Chirac la nomme ambassadrice à Tbilissi. Elle prend son poste un mois avant la Révolution des Roses qui renverse le président Edouard Chevardnadze, figure de la diplomatie soviétique.

En janvier 2004, Mikhaïl Saakachvili la "vole" à la France pour lui confier le portefeuille du ministère des Affaires étrangères. Elle devient la première femme nommée à ce poste. Elle reçoit alors la nationalité géorgienne, le Parlement votant une loi ad hoc lui permettant de conserver sa nationalité française. C'est la première fois que la Géorgie accorde la double nationalité à un étranger. 

Mais cela ne se passera pas aussi bien qu'attendu. Contestée par ses pairs, qui la jugent hautaine et impulsive, elle est limogée un an plus tard. Elle reste soutenue par une partie des Géorgien.ne.s, qui par milliers, manifestent dans la rue. Elle qualifiera elle-même sa démission forcée de "victoire d'un système néocommuniste" et de "dernier bastion néobolchéfique". On l'a compris, Salomé Zourabichvili bascule alors dans le camp de l'opposition.

Elle fonde en août 2006 le parti politique la Voie de la Géorgie, qui intègrera par la suite la coalition de l'opposition. 

En 2010, décue parce qu'empêchée de se présenter aux législatives (la loi impose une résidence de plus 10 ans pour toute candidature), l'opposante quitte la scène politique géorgienne pour la tribune du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Mais la Géorgie la rappelle à elle au moment de la chute du président Saakachvili. Et les succès s'enchaînent. Soutenue par le Rêve géorgien, le parti au pouvoir, elle est élue députée lors des élections législatives de 2016. Pour pouvoir briguer le poste suprême, elle n'hésitera pas en 2018 à renoncer à sa nationalité française. Ce qui lui ouvre les portes du scrutin et de la présidence.

De la diplomatie au pragmatisme d'Etat

"Il y a plusieurs décennies, jeune diplomate française, je n’aurais pas pu imaginer que je serais candidate à la présidence dans le pays de mes ancêtres, qui se trouvait alors dans les griffes de l’Empire soviétique ", a-t-elle déclaré dans une interview à l’AFP en octobre 2018, ajoutant "J’ai toujours pensé que j’aiderais un jour, à un certain niveau, ce pays à avancer vers la démocratie". Le quotidien Libération la présente comme "une présidente pragmatique et européenne pour la Géorgie", précisant que "sa position ambivalente lui vaut d'être qualifiée de prorusse par les Européens et de pro-européenne par les partisans d'un rapprochement avec la Russie"

"Son élection à la tête de l’Etat sonne comme une revanche, mais reste entachée de zones d’ombre", lit-on également dans les colonnes du quotidien français, faisant référence à un scrutin présidentiel contesté par son adversaire recalé Grigol Vachadze, et au soutien "sulfureux" de l’oligarque Bidzina Ivanichvili.

Française, toujours...

Sans grande surprise, c'est en France qu'elle avait choisi de se rendre pour sa première visite bilatérale, en février 2019. "Je suis une femme de deux pays", rappelait-elle dans les médias lors de ce séjour, à l'instar du titre de son livre paru en 2006 chez Grasset Une femme pour deux pays.
La président géorgienne Salomé Zourabichvili a choisi la France, son pays natal, pour effectuer la première visite bi-latérale de son mandat, ici sur le perron de l'Elysée aux côtés d'Emmanuel Macron, le 19 février 2019.
La président géorgienne Salomé Zourabichvili a choisi la France, son pays natal, pour effectuer la première visite bi-latérale de son mandat, ici sur le perron de l'Elysée aux côtés d'Emmanuel Macron, le 19 février 2019.
©AP Photo/Michel Euler

Reçue par le président de la République Emmanuel Macron, auquel elle avait donné publiquement son soutien durant la campagne, elle avait aussi rencontré la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay. C'est donc la deuxième fois cette année, qu'elle vient à Paris, sa ville natale, en cette fin du mois d'août.

D'un premier mariage, elle a eu deux enfants, Kethevane, journaliste franco-américaine, et Teymouraz, diplomate. Après son divorce, elle  épouse Janri Kashia, écrivain et journaliste vedette géorgien, dissident durent la période soviétique et décédé en 2012.

Dès sa prise de fonction, Mme la Présidente veut imprimer sa marque. Elle renonce à occuper le luxueux palais présidentiel construit par Mikheïl Saakachvili sur les hauteurs de Tbilissi en faveur d’un palais du centre historique. Elle annonce qu'elle se rendra au travail à pied.
 

Sur son compte twitter, la présidente n'hésitait pas cet été à se mettre en scène, pour faire la promotion de son pays et inviter les touristes à venir admirer les oiseaux de proie du Parc National Vashlovani. Un rôle peu habituel pour un.e chef.fe d'Etat.