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Salvador : libération de Cindy Erazo après 5 ans de détention pour une fausse couche

<p>Manifestantes réclamant la libération des femmes condamnées à 30 ans de prison pour une interruption de grossesse (San Salvador, El Salvador, décembre 2017). </p>

Manifestantes réclamant la libération des femmes condamnées à 30 ans de prison pour une interruption de grossesse (San Salvador, El Salvador, décembre 2017). 

©AP Photo/Salvador Melendez

La justice salvadorienne a libéré Cindy Erazo, condamnée en 2015 à trente ans de prison après avoir été jugée coupable de la mort de son enfant. Le Salvador applique une législation très dure sur l'avortement, l'une des plus sévères d'Amérique du Sud. Un avortement peut être puni de plusieurs dizaines d'années de prison, quelles qu'en soient les circonstances.

"Cindy a retrouvé la liberté, après avoir subi un procès injuste et passé plusieurs années de sa vie en prison pour quelque chose qu'elle n'avait pas commis", a déclaré Morena Herrera, coordinatrice d'une organisation qui lutte pour la dépénalisation de l'avortement au Salvador, l'Agrupacion Ciudadana por la Despenalizacion del Aborto, au lendemain de la libération de Cindy Erazo, ce 22 septembre.

L'affaire remonte à août 2014. La jeune femme, alors âgée de 23 ans, ressent une forte douleur abdominale et s'enferme dans les toilettes d'un centre commercial de la périphérie est de San Salvador. Au bout d'une demi-heure, le personnel d'entretien du centre commercial commence à s'inquiéter. Interrogée pour savoir pourquoi elle ne sortait pas des toilettes, la jeune femme répond qu'"elle a mal au ventre et souffre d'une hémorragie". En réalité, elle subissait un accouchement prématuré.

Le personnel de sécurité, appelé, constate qu'elle a placé le foetus dans un sac et appelle la police. Transportée dans un hôpital, la jeune femme est soignée pour son hémorragie, et les médecins, en examinant le foetus, concluent qu'elle a avorté.

Trente ans de prison

Depuis les années 1990, le Salvador applique une législation draconienne qui interdit l'interruption de grossesse en toutes circonstances, même en cas de risque pour la vie de la femme. En avril 2015, Cindy Erazo a donc été condamnée à 30 ans de prison pour homicide aggravé. Après un recours de sa défense devant la Cour suprême de justice du Salvador, la peine a été réduite à 10 ans en 2016.

Elle a bénéficié pour bonne conduite de la possibilité prévue par la loi de sortir de prison après avoir purgé la moitié de sa peine. "Nous sommes heureuses de la libération de Cindy, qui est une victoire de plus pour les femmes qui sont en prison et sont accusées injustement après avoir subi des urgences obstétrique", a déclaré Morena Herrera.

Homicide aggravé

L'arsenal législatif et judiciaire qui réprime sévèrement l'avortement reste intact au Salvador. Le code pénal salvadorien prévoit toujours une peine de deux à huit ans de prison pour les cas d'avortement. Dans les faits, les juges considèrent toute perte du bébé comme un "homicide aggravé", puni de 30 à 50 ans de réclusion.

 

<p>Salvadoran Teodora Vasquez, déclarée coupable d'avortement après une fausse couche. En décembre 2017, elle fait appel de son jugement au tribunal de San Salvador. <a href="https://information.tv5monde.com/terriennes/salvador-une-femme-liberee-apres-11-ans-de-prison-pour-une-fausse-couche-220916">Elle sera libérée un an plus tard</a>, après avoir passé plus de dix ans en prison.</p>

Salvadoran Teodora Vasquez, déclarée coupable d'avortement après une fausse couche. En décembre 2017, elle fait appel de son jugement au tribunal de San Salvador. Elle sera libérée un an plus tard, après avoir passé plus de dix ans en prison.

©AP Photo/Salvador Melendez

Selon des organisations de défense des droits des femmes, 18 femmes sont actuellement détenues au Salvador en raison de cette loi particulièrement répressive après avoir été condamnées pour interruption de grossesse. Au cours de l'année 2019, cinq femmes condamnées pour des cas similaires ont été remises en liberté.