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Sama Abdulhadi, la DJ palestinienne libérée sous caution après une semaine de prison

Sama Abdulhadi, lors de son passage à Paris, à l'été 2017.<br />
 
Sama Abdulhadi, lors de son passage à Paris, à l'été 2017.
 
© Terriennes

Première femme DJ palestinienne, Sama Abdulhadi a été arrêtée après un concert à Nabi Moussa, lieu présumé de la tombe du prophète Moïse, près de Jéricho. Après huit jours de détention, la jeune star de la scène électro palestinienne été libérée sous caution, accusée d'avoir profané un site sacré. Elle risque d'être condamnée à une peine de prison.

"J'adore danser, c'est mon truc, et je veux le partager..." Sama Abdulhadi vit pour la musique et la danse. Dès 2006, elle bouscule le monde de la nuit à Ramallah, en mixant de la techno dans les bars. A l’époque, habitué à la darbouka et aux chansons arabes, le public ne s’y retrouve pas. Pourtant, son audace a fini par payer. En 2017, elle confiait à Terriennes, lors d'une rencontre à Paris : "Désormais à Ramallah, on peut entendre de la musique techno chaque week-end. Je suis contente du changement que j’ai pu apporter". Première personne à avoir importé la musique techno et électro à Ramallah, en Cisjordanie, elle est devenue une artiste emblématique de l'underground palestinien. 

Sama Abdulhadi se produit dans le monde entier. Le documentariste belge Jan Beddegenoodts l'a suivie :

Le 26 décembre 2020, des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montraient des hommes et des femmes faisant, ensemble, la fête à Nabi Moussa lors d'un concert. L'alcool, aussi, est de la fête. Ces images suscitent une vague d'indignation, certains internautes estimant qu'il s'agissait d'une profanation du lieu, un site archéologique et religieux en Cisjordanie occupée où se situe également une mosquée. Dès le lendemain, la musicienne est arrêtée par la police palestinienne. Motif : la techno ne fait pas partie de l'héritage palestinien.

Selon la famille de la musicienne, leur fille sert de bouc émissaires aux autorités qui, pourtant, avaient autorisé ce concert. Dans un communiqué, elle explique qu’un accord a été conclu avec le ministère du Tourisme avant le concert, qui s’inscrit dans le cadre d’un projet d'enregistrement de vidéos sur la musique électronique en Palestine dans des sites archéologiques. Elle ajoute que le concert se tenait dans un espace bien distinct de la mosquée.

"Malheureusement, l'arrestation de ma fille a été décidée pour plaire à la rue", regrette-t-il. Le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a réclamé la création d'une commission d'enquête "pour déterminer ce qu'il s'est passé à Nabi Moussa". Quant aux ministre des Affaires religieuses, Hussam Abu al-Rub, il a qualifié le concert d'"obscène". "Nous allons poursuivre tous ceux qui y ont participé", assure-t-il.

#FreeSama

L'arrestation de Sama Abdulhadi a suscité une vague de soutien sur les réseaux sociaux sous le mot dièse #FreeSama.

La pétition en ligne réclamant la libération de la DJ, dont la réputation s'étend bien au-delà du Moyen-Orient, a réuni plus de 100 000 signatures en une semaine. 
"Relayée par Adam Beyer, Charlotte de Witte mais aussi de nombreuses célébrités comme Roger Waters (Pink Floyd) ou encore Jack Lang, cette pétition a certainement beaucoup pesé dans la libération", rapporte un article de DJmag.fr. "Accusée d’avoir profané un site sacré et des symboles religieux, et d’avoir violé des mesures d’urgence liées au Covid-19", l'article précise qu'elle risque 2 ans de prison. 

"Je suis en sécurité et je vais bien, et je voudrais remercier tous ceux qui m’ont soutenue et ont demandé ma libération. Je suis très touchée par le soutien des musiciens, artistes, activistes et par l’ensemble de la communauté musicale. Je veux remercier tous ceux qui m’ont permis de me sentir soutenue. Maintenant, je veux juste passer du temps avec ma famille", a réagi Sama Abdulhadi, dans un communiqué en date du 3 janvier 2021.

Le soir du 3 janvier, Sama Abdulhabi a été libérée sous caution moyennant le paiement de 3500 dollars (environ 2840 euros), explique son père Saad Abdulhadi, précisant qu'elle devrait comparaitre lors d'une nouvelle audience dont la date n'a pas été déterminée. Elle a interdiction de voyager jusqu'à l'audience.