Terriennes

Samia Suluhu Hassan devient la première présidente de la Tanzanie

La nouvelle présidente de Tanzanie, première femme à ce poste, Samia Suluhu Hassan, ici lors d'un meeting dans la région de Tanga, le 16 mars 2021. 
La nouvelle présidente de Tanzanie, première femme à ce poste, Samia Suluhu Hassan, ici lors d'un meeting dans la région de Tanga, le 16 mars 2021. 
©AP Photo

Déjà première femme vice-présidente de la Tanzanie, la voici désormais première présidente de l'histoire de ce pays d'Afrique de l'Est. Samia Suluhu Hassan succède à John Magufuli, dont elle a annoncé le décès. Cette musulmane âgée de 61 ans et mère de quatre enfants devient ainsi l'une des rares femmes au pouvoir sur le continent.

C'est d'une voix lente et mesurée que Samia Suluhu Hassan, le visage voilé de noir, a mis fin à trois semaines d'absence inexpliquée et à de multiples rumeurs : le président Magufuli, réélu pour un deuxième mandat en octobre dernier, est décédé.

Originaire de l'archipel semi-autonome de Zanzibar, dont les relations avec la Tanzanie continentale sont historiquement houleuses, Samia Suluhu Hassan occupera la présidence "pour la période restant du mandat de cinq ans", soit jusqu'en 2025, selon la Constitution tanzanienne.

J'ai peut-être l'air polie et je ne crie pas quand je parle, mais le plus important, c'est que tout le monde comprenne ce que je dis et que les choses soient faites comme je le dis.
Samia Suluhu Hassan

Connue pour encourager les femmes à poursuivre leurs rêves, cette mère de quatre enfants était déjà la première vice-présidente de l'histoire de son pays depuis l'arrivée au pouvoir en 2015 de John Magufuli, dont elle était la colistière.

"J'ai peut-être l'air polie et je ne crie pas quand je parle, mais lle plus important, c'est que tout le monde comprenne ce que je dis et que les choses soient faites comme je le dis", avait-elle déclaré l'année dernière.

Un visage féminin pour la Tanzanie

Née le 27 janvier 1960 à Zanzibar, au sein d'une famille modeste - père instituteur et mère au foyer -, Samia Suluhu Hassan est titulaire d'un master en "développement économique communautaire" de l'université libre de Tanzanie, à Dar es Salaam, et de l'université du Sud du New Hampshire, aux Etats-Unis. Elle débute sa carrière au sein du gouvernement de Zanzibar, où elle travaille entre 1977 et 1987, occupant dans un premier temps des fonctions administratives puis un poste de responsable du développement.

Toujours à Zanzibar, elle rejoint de 1988 à 1997 le Programme alimentaire mondial en tant que cheffe de projet, puis dirige pendant deux ans l'association des ONG de l'archipel, Angoza.

Sa carrière politique démarre en 2000, lorsqu'elle est nommée membre du Parlement de Zanzibar par le parti présidentiel tanzanien Chama Cha Mapinduzi (CCM), toujours au pouvoir aujourd'hui. Elle sera plus tard élue à l'Assemblée nationale tanzanienne.

Samia Suluhu Hassan a été plusieurs fois ministre : à Zanzibar (Femmes et Jeunesse, puis Tourisme et Commerce) entre 2000 et 2010, et au niveau national à partir de 2014, comme ministre des Affaires de l'Union, auprès de l'ancien président Jakaya Kikwete.

En tant que vice-présidente, un rôle de l'ombre, elle devient pourtant le visage de la Tanzanie à l'étranger, où elle représente régulièrement le président Magufuli. En 2019, c'est sous sa tutelle que le ministère de l'Environnement interdit l'usage des sacs plastiques.

En 2016, des rumeurs veulent qu'elle ait démissionné en raison de divergences avec le chef de l'Etat. L'information est démentie par un communiqué officiel. Mais l'année dernière, dans un discours tenu en présence du président, elle évoque une certaine incompréhension de son action à l'époque.

"Lorsque vous avez commencé à oeuvrer en tant que président, beaucoup d'entre nous ne comprenaient pas ce que vous vouliez réellement. Nous ne savions pas où vous vouliez aller. Mais aujourd'hui, nous connaissons tous vos ambitions pour le développement de la Tanzanie", déclarait-elle.

Vers une politique de rupture ?

Samia Suluhu Hassan va diriger un pays marqué par un virage autoritaire depuis l'arrivée de John Magufuli au pouvoir. Attaché à combattre la corruption, celui qu'on surnomme le "bulldozer" a lancé de grands projets d'infrastructures, mais il a aussi muselé l'opposition et mené une répression contre les défenseurs des droits et les médias. En octobre, sa réélection avait été rejetée par l'opposition, qui criait à la fraude.

"A ceux qui s'attendent à une rupture avec le style Magufuli, je dirais : retenez votre souffle pour le moment", estime l'analyste tanzanien Thabit Jacob, chercheur à l'université de Roskilde, au Danemark. Pour lui, la première femme présidente de la Tanzanie gouvernera "avec une base beaucoup plus faible, qui sera contrôlée par le clan Magufuli et les renseignements... Elle aura du mal à construire sa propre base et des rivalités entre factions vont émerger", prédit-il.

Samia Suluhu Hassan figurera parmi les rares femmes actuellement au pouvoir en Afrique aux côté de l'Ethiopienne Sahle-Work Zewde, dont les fonctions sont honorifiques, et Joyce Banda au Malawi. La pionnière fut Helen Johnson Sirleaf au Liberia, en poste jusqu'en 2018.