Terriennes

Scandale sexuel à l'académie des Nobel : Jean-Claude Arnault condamné pour deux viols en appel

Le Français Jean-Claude Arnault, le mari d'une ancienne membre du jury des Nobel de littérature, a été reconnu coupable de deux viols, lors du jugement en appel prononcé le 3 décembre 2018 (ici lors de son arrivée au tribunal le 24 septembre à Stokholm, Suède)
Le Français Jean-Claude Arnault, le mari d'une ancienne membre du jury des Nobel de littérature, a été reconnu coupable de deux viols, lors du jugement en appel prononcé le 3 décembre 2018 (ici lors de son arrivée au tribunal le 24 septembre à Stokholm, Suède)
©Janerik Henriksson / TT via AP
Le Français Jean-Claude Arnault, le mari d'une ancienne membre du jury des Nobel de littérature, a été reconnu coupable de deux viols, lors du jugement en appel prononcé le 3 décembre 2018 (ici lors de son arrivée au tribunal le 24 septembre à Stokholm, Suède)
La médaille d'or du Prix Nobel de littérature, à l'effigie de l'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez.

Un an après, la tempête MeToo continue de faire des vagues. En Suède, c'est l'Académie des Nobel qui s'est retrouvée à son tour touchée. Au coeur du scandale, le mari de l'une des membres de l'illustre fondation, qui a depuis quitté son poste. Une première fois condamné il y a deux mois, le Français Jean-Claude Arnault, vient d'être condamné en appel non plus pour un mais pour deux viols.

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Contrairement à ce que certains semblaient penser en ce printemps 2018, la déferlante #MeToo apparue à l'aube de l'automne dernier, continue à faire des vagues, jusqu'aux plus prestigieuses sphères, qu'on pouvait croire jusqu'ici inattaquables. Après plusieurs mois de scandale, le couperêt est tombé ce vendredi 4 mai 2018. Cette année sera une année sans. Sans prix Nobel de littérature. 
 

Cette décision fait suite à la révélation d'accusations contre le mari de Katarina Forstenson, membre de l'académie de Suède, qui désigne chaque année le lauréat. Jean-Claude Arnault, photographe français et mari de la poétesse, est accusé de viols et d'agressions sexuelles par 18 femmes.
 

Jean-Claude Arnault, reconnu coupable de deux viols

Jean-Claude Arnault à son arrivée à la Cour d'appel de Stokholm(Suède), le 14 novembre 2018.
Jean-Claude Arnault à son arrivée à la Cour d'appel de Stokholm(Suède), le 14 novembre 2018.
©Jonas Ekstromer/TT News Agency via AP

La condamnation, en Suède, du Français Jean-Claude Arnault a été alourdie en appel, lundi 3 décembre – la cour l’ayant déclaré coupable de deux viols et non d’un seul.

En première instance, début octobre, il avait été condamné à deux ans de prison pour un seul viol et acquitté pour l’autre. La cour d’appel l’a finalement reconnu coupable du second viol et a alourdi sa peine de six mois de prison supplémentaires.

Jean-Claude Arnault, 72 ans, nie les deux viols. Ce photographe et directeur artistique de profession – inconnu en France mais célèbre en Suède, où il vit depuis une cinquantaine d’années – soutient que les relations sexuelles avec son accusatrice, à deux reprises en 2011, étaient consenties.

Une situation si compliquée que la décision sur le prix ne sera pas perçue comme crédible.
Fondation Nobel

"Le prix Nobel 2018 de littérature sera désigné et annoncé en même temps que le lauréat 2019", a précisé l'académie de Suède dans un communiqué. Les autres prix Nobel ne seront pas affectés. La fondation Nobel explique que la désignation d'un lauréat peut être reportée quand l'institution qui le choisit est dans une situation "si compliquée que la décision sur le prix ne sera pas perçue comme crédible".

"Les membres actifs de l'Académie suédoise sont pleinement conscients du fait que la crise de confiance actuelle les oblige à un travail de réforme long et énergique", a commenté Anders Olsson, le secrétaire perpétuel par intérim dans un communiqué, "Nous jugeons indispensable de nous donner du temps pour restaurer la confiance avant la désignation du prochain lauréat. Et ce par respect tant pour les lauréats passés que pour les lauréats à venir".

18 femmes accusent

Au cœur de l'affaire, le Français Jean-Claude Arnault. En novembre en plein mouvement #MeToo, 18 femmes l'accusent de violences sexuelles ou de harcèlement sexuel dans le quotidien suédois Dagens Nyheter.
 
 

L'Académie a depuis novembre rompu tout lien avec le mari de Katarina Frostenson, lequel nie tout comportement criminel. Elle a également coupé ses subventions au lieu d'exposition qu'il dirige à Stockholm, couru des élites culturelles. Une enquête interne a été ouverte. Depuis, sept des 18 académiciens, dont la secrétaire perpétuelle en exercice Sara Danius, ont égalament abandonné leur fauteuil. Celle-ci a bénéficié d'un soutien exceptionnel de l'opinion publique, suscitant un mouvement sur les réseaux sociaux avec le mot-clé #Knytblusförsara (chemisier à nœud lavallière pour Sara) et une manifestation à Stockholm. 

Une partie de l'enquête préliminaire ouverte contre lui pour d'autres viols et agressions sexuelles présumés commis entre 2013 et avril 2015 avait été classée sans suite, frappée par la prescription ou faute de preuves.

Je lui ai dit: ne me touche pas, et je l'ai giflé, avant de fuir. Il est venu vers moi et m'a dit que je ne trouverais plus de travail.
Elise Karlsson, écrivaine

L'écrivaine Elise Karlsson, l'une des femmes ayant témoigné dans DN, travaillait sous statut précaire en 2008, à l'époque des faits qu'elle reproche au Français. " Tout à coup, j'ai senti ses mains sur mes fesses. À aucun moment, je ne m'étais montrée intéressée. J'étais sous le choc", a-t-elle raconté l'an dernier à l'AFP. "Je lui ai dit: ne me touche pas, et je l'ai giflé, avant de fuir. Il est venu vers moi et m'a dit que je ne trouverais plus de travail".

Une institution en pleine tempête


Sur le papier, les académiciens suédois n'ont pas le droit de démissionner, mais ils peuvent figurer aux abonnés absents, et laisser leur siège vide, ce qui revient presque à la même chose. De fait, aujourd'hui, il ne reste plus que 11 membres actifs au sein de l'académie, alors qu'il en faudrait 12 pour désigner un lauréat.

Ce n'est pas la première fois que l'institution fait face à une vague de démissions. Trois académiciens avaient décidé en 1989 de ne plus occuper leur chaire face au refus de l'institution de condamner la fatwa frappant Salman Rushdie après la parution des "Versets sataniques". Elle avait fini par la dénoncer vingt-sept ans après.

Quant au prix Nobel de littérature, par sept fois depuis sa création en 1901, il n'a pas été décerné. En 1914, 1918, 1935 et 1940-43, à cause de la guerre, et, en 1935, parce qu'aucun écrivain n'avait été jugé digne de la récompense. La plus haute distinction littéraire au monde a aussi été reportée cinq fois. En 1949 - dernier report en date - l'Académie avait décidé de différer l'annonce du lauréat en expliquant, pour cette année-là, qu'"aucune des candidatures ne répondait aux critères énoncés dans le testament d'Alfred Nobel". Un an plus tard, l'écrivain américain William Faulkner avait reçu les honneurs pour l'année 1949.