Terriennes

Scandale sexuel à l'académie des Nobel : pas de prix de littérature 2018

La médaille d'or du Prix Nobel de littérature, à l'effigie de l'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez.
La médaille d'or du Prix Nobel de littérature, à l'effigie de l'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez.
©AP Photo/Fernando Vergara

Emportée à son tour par le tsunami #MeToo, l'illustre fondation suédoise ne décernera pas de prix Nobel de littérature cette année, en raison du scandale qui frappe le mari de l'une de ses membres. Cette décision est une première depuis près de soixante-dix ans. Les autres prix seront décernés.

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Contrairement à ce que certains semblaient penser en ce printemps 2018, la déferlante #MeToo apparue à l'aube de l'automne dernier, continue à faire des vagues, jusqu'aux plus prestigieuses sphères, qu'on pouvait croire jusqu'ici inattaquables. Après plusieurs mois de scandale, le couperêt est tombé ce vendredi 4 mai 2018. Cette année sera une année sans. Sans prix Nobel de littérature. 
 

Cette décision fait suite à la révélation d'accusations contre le mari de Katarina Forstenson, membre de l'académie de Suède, qui désigne chaque année le lauréat. Jean-Claude Arnault, photographe français et mari de la poétesse, est accusé de viols et d'agressions sexuelles par 18 femmes.
 

Une situation si compliquée que la décision sur le prix ne sera pas perçue comme crédible.
Fondation Nobel

"Le prix Nobel 2018 de littérature sera désigné et annoncé en même temps que le lauréat 2019", a précisé l'académie de Suède dans un communiqué. Les autres prix Nobel ne seront pas affectés. La fondation Nobel explique que la désignation d'un lauréat peut être reportée quand l'institution qui le choisit est dans une situation "si compliquée que la décision sur le prix ne sera pas perçue comme crédible".

"Les membres actifs de l'Académie suédoise sont pleinement conscients du fait que la crise de confiance actuelle les oblige à un travail de réforme long et énergique", a commenté Anders Olsson, le secrétaire perpétuel par intérim dans un communiqué, "Nous jugeons indispensable de nous donner du temps pour restaurer la confiance avant la désignation du prochain lauréat. Et ce par respect tant pour les lauréats passés que pour les lauréats à venir".

18 femmes accusent

Au cœur de l'affaire, le Français Jean-Claude Arnault. En novembre en plein mouvement #MeToo, 18 femmes l'accusent de violences sexuelles ou de harcèlement sexuel dans le quotidien suédois Dagens Nyheter.
 
 

L'Académie a depuis novembre rompu tout lien avec le mari de Katarina Frostenson, lequel nie tout comportement criminel. Elle a également coupé ses subventions au lieu d'exposition qu'il dirige à Stockholm, couru des élites culturelles. Une enquête interne a été ouverte. Depuis, sept des 18 académiciens, dont la secrétaire perpétuelle en exercice Sara Danius, ont égalament abandonné leur fauteuil. Celle-ci a bénéficié d'un soutien exceptionnel de l'opinion publique, suscitant un mouvement sur les réseaux sociaux avec le mot-clé #Knytblusförsara (chemisier à nœud lavallière pour Sara) et une manifestation à Stockholm. 

Sur le plan judiciaire, le parquet de Stockholm a annoncé mi-mars qu'une partie de l'enquête ouverte contre l'homme au cœur du scandale avait été classée sans suite pour cause de prescription ou faute de preuves. Il s'agit de viols et d'agressions présumés commis en 2013 et 2015. Les faits non encore classés n'ont pas été divulgués.

Une institution en pleine tempête


Sur le papier, les académiciens suédois n'ont pas le droit de démissionner, mais ils peuvent figurer aux abonnés absents, et laisser leur siège vide, ce qui revient presque à la même chose. De fait, aujourd'hui, il ne reste plus que 11 membres actifs au sein de l'académie, alors qu'il en faudrait 12 pour désigner un lauréat.

Ce n'est pas la première fois que l'institution fait face à une vague de démissions. Trois académiciens avaient décidé en 1989 de ne plus occuper leur chaire face au refus de l'institution de condamner la fatwa frappant Salman Rushdie après la parution des "Versets sataniques". Elle avait fini par la dénoncer vingt-sept ans après.

Quant au prix Nobel de littérature, par sept fois depuis sa création en 1901, il n'a pas été décerné. En 1914, 1918, 1935 et 1940-43, à cause de la guerre, et, en 1935, parce qu'aucun écrivain n'avait été jugé digne de la récompense. La plus haute distinction littéraire au monde a aussi été reportée cinq fois. En 1949 - dernier report en date - l'Académie avait décidé de différer l'annonce du lauréat en expliquant, pour cette année-là, qu'"aucune des candidatures ne répondait aux critères énoncés dans le testament d'Alfred Nobel". Un an plus tard, l'écrivain américain William Faulkner avait reçu les honneurs pour l'année 1949.