Terriennes

Seiko Hashimoto : qui est la nouvelle présidente du comité d'organisation des JO de Tokyo ?

Tokyo, le 11 septembre 2019 : la ministre des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo et ministre en charge de l'émancipation des femmes, Seiko Hashimoto, s'apprête à prendre la parole lors d'une conférence de presse à la résidence officielle du Premier ministre, alors Shinzo Abe.
Tokyo, le 11 septembre 2019 : la ministre des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo et ministre en charge de l'émancipation des femmes, Seiko Hashimoto, s'apprête à prendre la parole lors d'une conférence de presse à la résidence officielle du Premier ministre, alors Shinzo Abe.
©AP Photo/Eugene Hoshiko

Ancienne médaillée olympique, Seiko Hashimoto est l'une des rares Japonaises à avoir occupé un poste au gouvernement. Si elle vient de quitter son ministère, c'est pour assumer la direction du comité d'organisation des Jeux olympiques de Tokyo, dont l'ancien président a dû démissionner pour ses propos sexistes. Portrait d'une fervente et inconventionnelle défenseuse des droits des femmes dans une société profondément patriarcale.

​Nommée à la tête de Tokyo-2020, le comité d'organisation des Jeux olympiques, Seiko Hashimoto, à l'âge de 56 ans, succède à Yoshiro Mori, contraint à la démission après avoir déclaré qu'il trouvait que les femmes parlent trop lors des réunions : "Si vous augmentez le nombre de membres exécutifs féminins, et que leur temps de parole n'est pas limité dans une certaine mesure, elles ont du mal à finir, ce qui est embêtant," disait-il lors d'une réunion du comité olympique japonais, début février 2021. Des propos sexistes qu'il n'atténuait guère en s'expliquant ainsi : "Les femmes ont l'esprit de compétition. Si l'une lève la main, les autres croient qu'elles doivent s'exprimer aussi. Et tout le monde finit par parler en même temps". Heureusement (!), Yoshiro Mori se félicitait aussi de la modestie des femmes membres du comité d'organisation de Tokyo-2020 : "Nous avons 7 femmes au sein du comité, mais elles savent rester à leur place".

Les paroles de cet ancien Premier ministre de 83 ans ont été accueillies par un tollé de réactions tous azimuts, au Japon, mais aussi dans le monde entier. L'opinion publique s'indignait, les volontaires des Jeux et coureurs du relais de la flamme olympique se désistaient, les sponsors des JO faisaient pression... 

Jugées peu convaincantes, les excuses que Yoshiro Mori a été contraint de faire quelques jours plus tard n'ont pas suffi. Dans l'impasse, il a présenté sa démission le 12 février.

Des propos contraires aux valeurs olympiques

Le Comité international olympique (CIO), qui a tout de même mis une semaine à réagir, a fini par juger les paroles de Yoshiro Mori contraires aux valeurs de l'olympisme sur l'égalité des sexes. La nouvelle directrice du comité d'organisation des JO de Tokyo, Seiko Hashimoto, ancienne ministre pour l'Egalité des genres et l'Emancipation des femmes et ministre des Jeux olympiques et paralympiques, rappelle, elle aussi, que le principe de l'égalité hommes-femmes est au cœur des Jeux. Elle souhaite même avoir une "franche discussion" avec Yoshiro Mori à ce sujet.

Seiko Hashimoto, alors ministre des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, s'entretient avec Yoshiro Mori, alors président du comité d'organisation des JO, le 24 septembre 2020. Reportés pour cause de pandémie, les Jeux sont prévus du 23 juillet au 8 août 2021. 
Seiko Hashimoto, alors ministre des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, s'entretient avec Yoshiro Mori, alors président du comité d'organisation des JO, le 24 septembre 2020. Reportés pour cause de pandémie, les Jeux sont prévus du 23 juillet au 8 août 2021. 
©Du Xiaoyi/Pool Photo via AP

Démission de Hiroshi Sasaki : le sexisme ne passe plus 

A peine quatre semaines après la démission de Yoshiro Mori, nouveau casse-tête pour les organisateurs à quasiment quatre mois de l'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo. Le 18 mars, c'est le directeur artistique des JO qui annonce sa démission après la publication de ses commentaires offensants sur le physique d'une célébrité japonaise : selon un tabloïd nippon, Hiroshi Sasaki avait suggéré à des collègues de faire apparaître Naomi Watanabe dans un costume rose et avec des oreilles de cochon lors de la cérémonie d'ouverture. Aussitôt rejetée, l'idée de Hiroshi Sasaki était de jouer sur les mots anglais "Olympics" et "Olympigs" (pig signifie porc).

Naomi Watanabe.<br />
©Wikimedia Commons
Naomi Watanabe.
©Wikimedia Commons

La principale intéressée, elle, se dit "sincèrement surprise... Je suis heureuse avec la forme de mon corps", réagit Naomi Watanabe. Elle espère qu'un jour "chacun.e pourra respecter et accepter les pensées et caractéristiques des autres". Comédienne, mannequin et influenceuse dans la mode et les cosmétiques, Naomi Watanabe a sa propre marque de vêtements, Punyus. Cette femme de 33 ans, aux origines taïwanaises, est une personnalité médiatique ultra-connue au Japon et très influente sur les réseaux sociaux : son compte Instagram est suivi par 9,3 millions de personnes. Ses rondeurs totalement assumées contrastent avec les canons de beauté féminins au Japon, et elle a déjà été victime d'insultes sur son apparence par le passé. 

Choquée par la suggestion de Hiroshi Sasaki, Seiko Hashimoto annonce vouloir rapidement remplacer le directeur artistique : "Plaisanter sur le physique est très inapproprié". Un tel problème "n'aurait jamais dû arriver", regrette-t-elle, confiant que le Comité international olympique (CIO), avec lequel elle a abordé l'affaire Sasaki, était "assez préoccupé". Naoki Okada, porte-parole adjoint du gouvernement nippon, juge aussi la suggestion de Hiroshi Sasaki "totalement déplacée". 

Des JO pour faire avancer l'égalité des sexes

Une fois résolu à la démission, Yoshiro Mori aurait voulu que lui succède Saburo Kawabuchi, patriarche du football professionnel nippon, âgé de 84 ans. Le comité Tokyo-2020 a réagi en constituant un conseil paritaire qui a établi cinq critères pour choisir le nouveau président. Parmi ceux-ci : la compréhension de l'égalité des sexes et des droits humains. Dans un Japon très mal classé en matière d'égalité des sexes, "cela représente un vrai progrès", souligne Kazuko Fukuda, une militante des droits des femmes au Japon. C'est elle qui, après le scandale Mori, a co-organisé une pétition en ligne qui a rassemblé plus de 157 000 signatures. "Maintenant il faut s'assurer que les politiques d'égalité hommes-femmes dans le pays ne reculent pas," ajoute-t-elle.

Nommée le 18 février 2021, à cinq mois de l'ouverture prévue de l'événement, reporté à cause de la pandémie de Covid-19, Seiko Hashimoto promet de regagner la confiance du public après cet embarrassant scandale sexiste : "Je ne vais m'épargner aucun effort pour que les Jeux de Tokyo soient un succès, déclare -t-elle... Je suis persuadée que les Jeux vont attirer plus l'attention sur l'égalité des sexes et, sur ce plan, je suis déterminée à restaurer la confiance".

Le président du Comité international olympique, Thomas Bach, a lui aussi adressé ses "plus sincères félicitations" à Seiko Hashimoto, qui représente à son sens "le choix idéal... et un message extrêmement fort quant à l'égalité des sexes".

"Des barrières tombent"

Depuis l'Open d'Australie de Melbourne, qu'elle vient de remporter pour la deuxième fois, la championne de tennis japonaise Naomi Osaka se félicite de la nomination de Seiko Hashimoto : "Des barrières sont en train de tomber, surtout pour les femmes" souligne la jeune joueuse de 23 ans, qui avait traité Yoshiro Mori d'"ignorant" après ses propos sexistes.

Seiko Hashimoto fut ministre des JO, mais aussi ministre pour l'Egalité des genres et l'Emancipation des femmes. A son nouveau poste, elle promet de porter le taux de femmes au sein du conseil exécutif de Tokyo-2020 à 40%, alors qu'il est actuellement de 20%. Soucieuse de rallier à son engagement féministe, elle appelle aussi les volontaires des Jeux et les coureurs du relais de la flamme olympique qui avaient jeté l'éponge après l'affaire Mori à revenir sur leur décision.

Médaillée olympique

Seiko Hashimoto est originaire d'Hokkaido, une île du nord de l'archipel nippon. Née cinq jours avant l'ouverture des JO de Tokyo de 1964, elle ne savait pas encore ce qu'étaient les JO quand son père, déjà, lui disait et lui répétait : "Tu es née pour aller aux Jeux olympiques". Dans les années 1980-1990, la jeune sportive participe à trois JO d’été en tant que cycliste sur piste et à quatre JO d'hiver en patinage de vitesse. En 1992, elle décroche la médaille de bronze aux Jeux d'Albertville dans cette discipline. Elle détient encore le plus grand nombre de participation à des Jeux olympiques pour une Japonaise.

Seiko Hashimoto a toujours tenu bon face à la pression, mais elle admet aujourd'hui que les incessantes remarques dénigrantes et sexistes auxquelles elle a été en butte pendant sa carrière sportive ont nui à son mental. Comme, par exemple, entendre insinuer que la compétition cycliste au Japon ne devait pas être d'un niveau extraordinaire si elle pouvait gagner une place olympique sans s’entraîner à fond.

Harcèlement ?

En 2014, Seiko Hashimoto s'est trouvée elle-même au coeur d'une polémique de harcèlement... à l'encontre d'un homme. Ce sont des photos la montrant en train d'embrasser un patineur japonais de 20 ans son cadet lors d'une fête après les JO d'hiver de Sotchi, où elle dirigeait la délégation japonaise, qui ont choqué. Seiko Hashimoto s'est alors excusée pour tout "malentendu", tandis que le patineur, Daisuke Takahashi, lui, déclarait qu'il regrettait cet épisode, mais qu'il ne s'était pas estimé "harcelé".

Elue, jeune maman et pionnière

Dans l’arène politique aussi, Seiko Hashimoto est connue pour ne pas hésiter à défier les normes. En 1998, elle fait parler d'elle en épousant un garde de la Diète ayant déjà trois enfants nés d'un premier mariage. En 2000, à 36 ans, elle choque à nouveau l'opinion publique et les milieux politiques en donnant naissance à son premier enfant pendant la session parlementaire, ce qui lui vaut même des appels à démission. "Pour un membre de la Diète en exercice, il n'était déjà pas conventionnel, à l'époque, d'épouser quelqu'un, mais le fait que j'aie eu ensuite un bébé était complètement inimaginable", se souvient-elle dans un entretien accordé au site Nippon.com. Jusque-là, l’accouchement n’était même pas une raison officiellement reconnue pour manquer une séance à la Diète."

En 2017 une élue municipale avait provoqué une polémique: faute d’accès aux modes de garde, Yuka Ogata s’était présentée avec son bébé à l’assemblée pour attirer l'attention sur la situation désespérée à laquelle beaucoup de mères qui travaillent sont aujourd’hui confrontées au Japon.

"Maintenant que de plus en plus de représentantes ont des enfants, l’atmosphère a changé et les collègues masculins sont moins susceptibles de réagir négativement à leurs absences" constate aujourd'hui Seiko Hashimoto. Jusqu'à la venue au monde de sa fille, la seule autre naissance dans l’arène politique avait été celle de l’enfant de Sonoda Tenkôkô, membre de la Chambre basse, en 1949, un demi-siècle plus tôt. 

Une crèche pour les enfants de parlementaires

En menant de front sa vie de famille et son mandat parlementaire, Seiko Hashimoto continue à troubler le monde patriarcal de la politique japonaise, reflet d'une société où la place de l'homme est au travail et celle de la femme à la maison. Désormais jeune maman, elle souhaite, comme les autres mères salariées, disposer d’une garderie près de son lieu de travail. Avec Seiko Noda, une femme, et Hiroshi Hase, un homme, tous deux de jeunes législateurs du Parti libéral-démocrate, la formation conservatrice au pouvoir au Japon, elle cofonde un groupe militant pour la création d'une crèche pour les élu.es, le personnel et les visiteurs. "Si j’avais été seule initiatrice, j’aurais été accusée d'être mue par des raisons égoïstes, alors Seiko Noda est venue défendre la cause avec moi. Hase Hiroshi, quant à lui, dirigeait le groupe afin de faire valoir que la garderie n’est pas seulement une question de femmes", confie-t-elle au site Nippon.com.

Les efforts ont payé : en 2010, le gouvernement crée une garderie en face du bâtiment de la Diète. Pour la première fois, visiteur.trices, politicien.nes et personnel avaient accès à la garderie. Si l’installation est arrivée trop tard pour que Seiko Hashimoto et ceux qui la soutenaient en profitent, ils l’ont célébrée comme une victoire pour tous les parents travaillant au coeur du pouvoir politique du pays.

Pour la représentation des femmes en politique

Jonglant un temps entre sport et politique, ce qui lui a valu des critiques après sa sélection pour les JO d'Atlanta, en 1996, Seiko Hashimoto a gravi les échelons du Parti libéral-démocrate quasiment sans interruption. Elle s'est imposée comme une pionnière de la participation des femmes dans la société japonaise, très conservatrice et en retard en ce qui concerne la promotion des femmes en politique. 

Sur les 20 membre du cabinet du Premier ministre Yoshihide Suga, au pouvoir depuis septembre 2020, deux femmes ministres seulement : la ministre de la Justice Yoko Kamikawa et la ministre olympique Seiko Hashimoto.

16 septembre 2020 : le nouveau Premier ministre japonais Yoshihide Suga, au centre, et ses ministres posent pour une séance photo à Tokyo. Dans son gouvernement, deux femmes : la ministre olympique Seiko Hashimoto, en bas à droite, et la ministre de la justice Yoko Kamikawa, au centre.
16 septembre 2020 : le nouveau Premier ministre japonais Yoshihide Suga, au centre, et ses ministres posent pour une séance photo à Tokyo. Dans son gouvernement, deux femmes : la ministre olympique Seiko Hashimoto, en bas à droite, et la ministre de la justice Yoko Kamikawa, au centre.
©Issei Kato/Pool Photo via AP

Nommée cheffe du bureau du Cabinet chargé de l’égalité des sexes en septembre 2019, Seiko Hashimoto a porté un projet visant à porter à 35 %, d’ici 2025, le taux de femmes candidates dans les élections à la Chambre des représentants et à la Chambre des conseillers - il était de 17,8 % lors des dernières élections à la Chambre des représentants, en 2017, et de 28,1 % lors des dernières élections à la Chambre des conseillers, en 2019. 

L’augmentation de la représentation féminine au sein du gouvernement est cruciale pour améliorer la condition des femmes au Japon, devenue encore plus précaire pendant la pandémie, puisque les femmes ont été davantage affectées par la perte d’emplois due à la crise sanitaire, estime Seiko Hashimoto, qui appelle à une véritable prise de conscience du système politique, en particulier au niveau régional - environ 40 % des assemblées locales ne comptent aucune femme ou n'en comptent qu'une seule. 

Il faut réfléchir aux moyens pour les candidates de transmettre des messages sur leurs idées politiques directement au public.
​Seiko Hashimoto

Seiko Hashimoto en est convaincue, la seule façon pour le Japon de répondre aux besoins de cette moitié négligée de l’électorat national est d’augmenter le nombre de voix féminines au gouvernement : "Nous devons nous libérer des idées préconçues... en réfléchissant aux moyens pour les candidates de transmettre des messages sur leurs idées politiques directement au public. Avec la levée de l’interdiction des campagnes électorales sur Internet, il sera important de proposer de nouvelles approches de communication efficaces."

Les JO, quoi qu'il arrive

A seulement cinq mois des Jeux de Tokyo-2020, reportés l'an dernier à cause du coronavirus, la tâche qui attend Seiko Hashimoto est considérable, d'autant que l'opinion publique japonaise se dit majoritairement opposée à la tenue de l'évènement en raison de la crise sanitaire. Malgré de nombreuses incertitudes, la nouvelle responsable de l'organisation des JO juge "inconcevable" qu'ils puissent être annulés, ou encore reportés : "Nous devons organiser (les JO, ndlr) quoi qu'il arrive", déclarait-elle en septembre dernier. Juste après sa nomination, elle réitère sa résolution : "Je ne vais m'épargner aucun effort pour le succès des Jeux de Tokyo".