Terriennes

Si on parlait de leadership féminin : rencontres aux MEDays 2018 à Tanger

Débat autour du leadership féminin sur la scène du forum des MEdays, à Tanger (Maroc), jeudi 8 novembre 2018.
Débat autour du leadership féminin sur la scène du forum des MEdays, à Tanger (Maroc), jeudi 8 novembre 2018.
©IM

"Le leadership n'a pas de sexe. Un leader est un leader", lance non sans ironie Sidonie Flore Ouwé, ex-procureure de la République du Gabon, depuis la scène des MEDays à Tanger. Malgré les difficultés sur le marché de l’emploi, les discriminations et les barrières financières, les femmes sont plus que jamais moteur de la transformation que connaît le continent africain et le monde arabe. Rencontres.

"Les femmes sont la plus grande ressource inexploitée du continent", déclarait la nigériane Hafsat Abiola, au moment de sa nomination à la tête de Women In Africa en juin 2018.

Elles sont partout. Femmes africaines ou du monde arabe, impossible de ne pas les voir car ce sont elles qui aujourd'hui font vivre des secteurs clés tels que la santé, l’agroalimentaire, l’éducation ou encore le numérique. Avec une plus-value évidente : leurs activités et leurs projets répondent à de nombreux besoins du quotidien. Néanmoins, en plus des difficultés sociales, juridiques, financières auxquelles elles se heurtent, victimes de sexisme et de discrimination, ces femmes doivent aussi faire face à des obstacles liés aux traditions culturelles.

Intéressant donc pour ces combattantes du quotidien d'échanger leurs expériences en termes de liberté et d’émancipation. C'est le but de cette table-ronde organisée dans le cadre du forum des MEDays, qui se déroulaient à Tanger au Maroc, du 7 au 10 novembre 2018 - (MEDAYS pour Méditerranée et Days - jours, Forum international annuel organisé par l'Institut Amadeus, un "think tank" marocain, sous le patronage du roi Mohammed VI). 
Que ce soit en Afrique et dans le monde arabe, de plus en plus d’initiatives sont développées pour soutenir l’entreprenariat féminin comme la création de réseaux de femmes-investisseures dispensant des séances de coaching et de réseautage. Cette émancipation féminine nécessite aussi le soutien d’institutions financières internationales ou des fonds de coopération. Exemple au Maroc, où la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) et l’Union Européenne ont lancé une nouvelle ligne de crédits spécialement dédiée aux femmes-entrepreneures.
 
©MEDays

Femmes leaders et engagées

Une idée reprise en Egypte, comme le raconte Hadia Mohammed, intervenante lors de cette table ronde. Cette cheffe d'entreprise éthiopienne dans le secteur des fleurs s'insurge "Pourquoi les femmes devraient-elles uniquement travailler pour leurs maris ?" Ainsi concrètement, elle-même a lancé des projets permettant aux femmes d'accéder à la propriété de terres. "On a commencé par une cinquantaine de femmes, j'ai acheté des semences, et ça a marché. On a aussi réussi à signer un accord avec des banques pour qu'elles leur accordent des crédits spéciaux, à taux d'intérêt réduits." 

Amany Omar Asfour, femme leader égyptienne préside la Fédération internationale des Femmes d'Affaires, cette organisation née en 1938 rassemble une centaine de pays. Elle nous dit qu'en Egypte aussi, certaines banques prévoient des produits spécifiques pour les femmes entrepreneures, en proposant des crédits sans demander des garanties.

En Egypte toujours, où Rawya Mansour a délaissé le design de luxe pour s'engager dans la protection de l'environnement et dans la lutte contre l'insécurité alimentaire, dont les femmes sont les premières touchées. "80% de la pauvreté se situent dans le monde rural. J'ai créé un centre de recherches de recyclage des déchets pour les transformer en fertilisants. Grâce à un nouveau système d'irrigation, on peut économiser 20 à 30% d'eau. J'ai accordé le même salaire aux femmes qu'aux hommes ainsi que la même couverture sociale. La clé pour lutter contre la pauvreté passe par le développement durable et par les femmes", explique-t-elle.  

Des témoignages qui permettent d'en savoir plus sur le leadership féminin. Mais le débat reste ouvert : comment différencier le leadership féminin du leadership masculin ? Quelles sont les contraintes propres aux femmes, qui constituent aujourd’hui un obstacle dans leur marche vers le leadership ? Qu’est-ce qui fait la force des femmes africaines et arabes et quel est leur potentiel ? Quelles activités doivent être davantage développées pour libérer le talent des femmes africaines ?

Autant de questions autour desquelles nous avons échangé avec quelques actrices de terrain rencontrées au cours des MEDays.

Sidonie Flore OUWÉ, main de fer dans un gant de velours

"Elle ne cherche guère à être aimée. Et sa main ne tremble pas lorsqu’il s’agit de convoquer un poids lourd de la politique, de recevoir le meneur d’une grève estudiantine qui tourne à l’émeute, d’ordonner une descente musclée dans les quartiers populaires de la capitale pour arrêter des sans-papiers ou rappeler quelques commerçants à l’ordre", ainsi décrivait il y a trois ans, un article de JeuneAfrique.com Sidonie Flore Ouwé, nommée procureure de la République de Libreville en 2011.

Cette magistrate née dans le sud du Gabon, effectue ses études secondaires à Libreville. Elle y obtient son diplôme d'Etudes judiciaires en 2004. Son envie de justice remonte à son enfance. Elle assiste, impuissante, à des violences conjugales, qu'elle évoque ouvertement avec nous, "Les maltraitances que subissait ma mère, ne venaient pas du fait d'un désamour de mon père à son endroit, mais de considérations traditionnelles, religieuses et culturelles. Ma mère, c'était la femme soumise qui acceptait tout, tout ce qu'elle devait faire, se devait d'être parfait. En retour, je n'ai jamais vu de reconnaissance de la part de mon père, au contraire, il lui arrivait de battre Maman, simplement parce qu'il voulait affirmer son autorité d'homme, j'ai compris que c'était des habitudes qui relevaient de nos traditions".

En 2002, elle crée avec sa soeur le Salon de la femme, une association qui au départ consistait à mettre des vivres dans un panier pour aider les femmes maltraitées et dans la pauvreté, mais qui ensuite est devenue une plateforme mettant à disposition des consultations juridiques gratuites.

Exprimer un leadership, ça suppose d'avoir un talent !
Sidonie Flore Ouwé, ex-procureure de la république au Gabon

"Exprimer un leadership, ça suppose d'avoir un talent!", lance-t-elle depuis la scène des MEdays, avant de se confier un peu plus tard à Terriennes.

Terriennes : Pourquoi parler de leadership féminin et non leadership tout court ?
Sidonie Flore Ouwé, ex-procureure de la république au Gabon : Moi, j'ai toujours été attirée par les métiers de commandement ! L'aspect féminin ajouté au leadership n'est qu'un appel au réveil du leadership par les femmes. Le leadership n'a pas de sexe. Un leader est un leader. Il s'agit ici de lancer un appel aux femmes pour leur dire, réveillez-vous, vous êtes capable de faire comme tout le monde comme nos frères, nos maris, nos fils. Lorsqu'un leadership est exprimé par une femme il y a toujours cette fibre féminine qui vient améliorer ce qui peut être fait.

Pour les femmes africaines, ça semble compliqué d'accéder aux échelons supérieurs de la société, vous êtes une exception, quel message leur adressez-vous ?
Sidonie Flore Ouwé, ex-procureure de la république au Gabon : Il n'y a pas de prérequis. Parfois les femmes s'autocensurent. Il nous faut le courage de se dire que rien n'est impossible. D'ailleurs, dans mon pays, il y a de nombreux exemples. Au Gabon, nous avons eu une Présidente de la République intérimaire, même si elle a été amenée à ce poste par le jeu institutionnel. Nous avons une femme Présidente de la Cour Constitutionnelle, et aussi une femme Présidente du Sénat, et encore également plusieurs secrétaires généraux dans les ministères qui sont des femmes. Ce qu'il manque au Gabon malgré ces quelques exemples, c'est la connaissance des lois par les femmes. Mon travail au Salon de la Femme, c'est justement de faire en sorte que les femmes puissent s'approprier les normes. Au Gabon, elles sont 52% de la population. Pourquoi sont-elles encore minoritaires dans les postes à responsabilité ?

Votre place est partout, aux champs, dans l'administration, dans les ministères et pourquoi pas à la Présidence de la République !
Sidonie Flore Ouwé

Justement pourquoi ? Comment l'expliquez-vous ?
Sidonie Flore Ouwé, ex-procureure de la république au Gabon : Parfois les femmes pensent elles-mêmes qu'elles ne sont pas capables, mais il y a aussi l'aspect juridique, qu'elles ne connaissent pas suffisamment, il y a des décrets qui peuvent faire annuler une décision, une nomination ! Nous avons une loi au Gabon qui prévoit que dans toutes les décisions nominatives les femmes doivent être représentées à 30%. Une femme peut faire annuler une décision si ce chiffre n'est pas respecté. Le risque évidemment, c'est que ces nominations se fassent sur d'autres choses que des critères de compétence. Nous travaillons aussi sur cela, afin que le choix d'une femme se fasse sur la base qualitative pour qu'elle soit productive une fois nommée. Si j'avais un message à adresser à toutes les femmes, au Gabon comme dans le reste de l'Afrique, c'est votre place est partout, aux champs comme dans les administrations, dans les ministères et pourquoi pas à la Présidence de la République !

Basma Mrini, engagée et architecte de paix

Basma Mrini vit l'engagement comme une vocation. Cette brillante jeune femme de 24 ans a grandi entre Fès et Taza dans le nord-est marocain. Un père cultivé, une maman volontaire, tous deux l'encouragent à poursuivre ses études, de quoi expliquer sans doute l'ADN de la jeune femme, qui déclare éprouver une véritable passion pour la société civile, la défense de l'environnement et l'émancipation des femmes. Après de brillantes études d'architecte, elle est repérée, et se retrouve recrutée puis élue au Gouvernement Parallèle des Jeunes du Maro, comme jeune ministre de l'Habitat et de la politique de la Ville.

Basma Mrini est aussi artiste, blogueuse et militante engagée au sein de plusieurs associations de la société civile, elle fut également nommée ambassadrice de la paix en 2011 en Suède. Son thème de mémoire traite d'architecture pour la paix.

Le leadership féminin, ça vous inspire quoi ?
Basma Mrini, architecte : Vous mettez le doigt sur un sujet sensible et qui me tient à coeur. Etre femme au Maroc, ce n'est pas facile, je peux vous le confirmer. J'ai cette conviction que c'est mon combat à moi. Mais si on parle du leadership féminin au Maroc, par rapport au passé, on peut dire que peu à peu la femme réussit à s'imposer dans la société et dans son potentiel. On peut voir des femmes à des postes qu'on n'aurait jamais imaginés il y a 20 ans ! Cela nous donne du courage car on se dit pourquoi pas moi ! Je ne suis pas particulièrement féministe, mais je crois au pouvoir et à la force de la femme et je ne rate aucune occasion pour le dire, pour inciter les jeunes femmes que je croise tous les jours à y croire.

Quels sont les principaux obstacles pour les femmes au Maroc selon vous ?
Basma Mrini, architecte : Moi, j'ai la chance d'être le fruit d'une femme très forte, qui me donne sa force pour avancer mais aussi de mon père. Je suis la seule fille, et comme vous le savez la société marocaine n'est pas toujours facile pour les filles. Mais mon père au contraire m'a soutenue et poussé dans mes études. Et c'est ce qui manque au Maroc, il faut que les pères comme les mères encouragent leurs filles à s'émanciper. Nous sommes dans une société encore très masculine. Le plus grand obstacle, c'est le regard de l'homme. Peu importe à quel stade vous vous élevez au niveau du statut social, l'homme vous regardera toujours avec bassesse. Genre, je suis le plus fort etc... Sans évoquer le harcèlement, car ça aussi c'est un facteur actuel de bloquage.
Mais si je parle de mon expérience, je voudrais juste citer en exemple qu'à l'école des Hautes études d'architecture de Rabat, nous sommes 80% de filles, ça fait plaisir !

Rokiatou Hampaté Bâ ou l'héritage d'un père

"Il n’y a pas de problème de femme africaine. Il y a tout simplement un problème de femme. Et l’avenir de la femme africaine, c’est l’avenir de la femme du monde entier", déclarait Amadou Hampaté Bâ dans le livre-entretien « La femme dans la pensée d’Amadou Hampâté Bâ, le tradiféministe » de Lanfia Sinaba.
 

Amadou Hampâté Bâ est décédé à Abidjan il y a 27 ans. Ecrivain, ethnologue, philosophe et même premier ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire, Hampâté Bâ est une figure majeure de la culture africaine.

Sa plus jeune fille, Roukiatou Hampaté Bâ, est devenue la plus fervente ambassadrice de cette oeuvre majeure, en prenant la tête de la Fondation qui porte son nom. Et pourtant, comme elle le confie à de jeunes bénévoles marocaines dans les coulisses des MEdays 2018, cela n'a pas été si simple.

Pourrait-on dire que votre père était à sa façon, féministe ?
Rokiatou Hampâté B, écrivaine : Mon père était conscient que les femmes avait un rôle prépondérant à jouer dans la société contemporaine. Mon père a toujours voulu que nous ses enfants soyions éduqués, il aurait pu nous enfermer dans un carcan de traditions, il voulaitnous poursuivions nos études et que nous allions aussi loin que possible, on avait les mêmes droits que nos frères. Je l'ai même entendu dire plus d'une fois "J'ai des filles plus que des fils !".
Mes premières colas (demandes en mariage dans la tradition musulmanne ivoirienne, ndlr) sont arrivées alors que j'avais 14 ans, il s'y est opposé de manière diplomatique. Il répondait que je devais poursuivre mes études et que je déciderai moi-même de mon sort.
Par rapport aux mutilations, bien qu'il considère qu'il faut replacer ça dans un cadre, et essayer de voir pourquoi les gens le faisaient pour mieux les amener à changer ces pratiques, nous avons bénéficié mes soeurs et moi de tout cela et donc nous n'avons pas subi ces mutilations.

Voilà, elle, c'est la fille de mes vieux jours.
Amadou Hampaté Bâ, cité par sa fille Roukiatou

Si aujourd'hui je me retrouve directrice de la Fondation qui porte son nom, ce n'est pas dû au hasard, c'est parce que j'ai eu la chance d'avoir été encouragée d'aller à l'école, à nous prendre en main. Lors des conférences lorsque je l'accompagnait, il me présentait ainsi : "Voilà, elle c'est la fille de mes vieux jours".
 


Quelle place donnait-il aux femmes dans ses oeuvres ?
Rokiatou Hampâté B, écrivaine : La femme tenait une place à part entière dans les livres d'Hampaté Bâ. Il faut dire que lui-même était issu de l'Afrique traditionnelle, qu'il a connue avant l'avènement de facteurs extérieurs. Il a eu à prononcer différentes conférences, je pense en avoir recensé quatre ou cinq, dans lesquelles il nous évoque le rôle de la femme dans la société traditionnelle africaine. Il nous disait que cette place revêtait une dimension sacrée. On considérait que la femme pouvait être assimilée à une divinité, parce que l'homme pouvait être qualifié de "semeur distrait", et que c'était la femme qui concevait. Le corps de la femme était comme un "laboratoire divin dans lequel Dieu lui-même oeuvrait". Cette femme là avait onze forces, l'homme n'en avait que neuf. Il s'agissait des yeux, des deux orifices du nez, de la bouche, des deux conduits auditifs, des deux exutoires naturels, et en plus la femme mère avait deux ouvertures au niveau des seins. Dans la considération intrinsèque de la femme, il y avait déjà dans la tradition cette différence, selon lui.

Faisait-il  une différence entre femme de la tradition et femme moderne ?
Il y avait assez peu de différence entre sa vision traditionnelle de la femme et sa relation avec les femmes. Avec sa mère en premier, pour laquelle il vouait un respect considérable, d'ailleurs on retrouve dans L'enfant peul, les conseils qu'elle lui donnait à la fin. Il disait on ne désobéit pas à sa mère. D'ailleurs, c'est sa mère qui avait refusé qu'il passe le concours pour pouvoir faire ses études supérieures à l'école de Goré. Ce qui lui a valu d'être puni par l'administration coloniale, qui l'a par la suite envoyé très loin, au Burkina Faso, pour y occuper la place la plus basse de l'échelon. Il a été nommé "écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable"!

Christelle Pandanzila, celle qui ouvre le chemin

Pour se présenter, Christelle Pandanzila aime donner la signification de son nom de famille : en Kikongo, l'une des quatre langues officielles de la RDC, "pandanzila" veut dire "celui qui ouvre le chemin" et cela lui va plutôt bien, car cette journaliste et blogueuse se définit à la fois comme Africaine, Congolaise, Belge, entrepreneure et femme de médias, "ce qui me plait, c'est l'ouverture sur le monde".

Multitâche, elle oeuvre aussi bien chez VoxAfrica, média panafricain basé à Bruxelles, que pour l'organisation d'évènements comme Rootsevents, ou encore le marché africain de Bruxelles.

D'où vient votre engagement ?
Christelle Pandanzila, journaliste : Un formidable exemple, celui de ma maman qui depuis des années fait partie de nombreuses associations qui aident les femmes à se lancer sur le continent à travers des coopératives. Je ne pouvais pas ne pas me consacrer à la condition de mes soeurs, pour les aider à avoir une autonomie financière et sociale. Dès le départ, j'ai eu envie de me pencher sur les femmes entrepreneures.

Concrètement ça se traduit comment ?
Christelle Pandanzila, journaliste : Il y a deux ans, j'ai cofondé Empower Network, un réseau professionnel pour les femmes noires qui est basé à Bruxelles. En me rendant dans différents forums à travers le monde, mon associée et moi-même, on s'est rendues compte que les femmes noires présentes dans la diaspora européenne, du continent sud-américain et nord-américain, avaient les mêmes objectifs et aussi les mêmes obstacles, peut-être à des degrés différents, mais il semblait important de pouvoir se réunir pour échanger les bonnes pratiques mais également les politiques mises en place pour tenter d'avancer dans la bonne direction. Ce forum d'échange organise des réunions et se fait aussi en ligne.

Votre cheval de bataille, c'est la présence des femmes expertes, notamment noires...
Christelle Pandanzila, journaliste : Concernant la présence féminine dans ces grands rassemblements internationaux et autres conférences, j'ai constaté qu'il y avait finalement très peu de femmes, et que lorsqu'elles étaient invitées à prendre la parole, on les mettait dans des panels très clichés, du style "femme et développement", "femme et famille", mais jamais sur des questions comme le transport, les finances, le numérique, alors que la question féminine devrait être transversale. Comment pouvons-nous prendre des décisions sans tenir compte de l'expérience de la moitié de l'humanité ? J'ai eu alors l'occasion d'interpeller directement certains organisateurs sur le sujet, qui parfois, hypocritement il faut le dire (rires), me répondaient qu'ils n'avaient pas trouvé d'experte dans leur domaine. Je leur disais mais non, c'est impossible !
C'est pourquoi j'ai décidé de lancer dans le premier trimestre 2019 une plateforme qui fera le répertoire de ces expertes féminines, soit de la société civile soit politique. Il est nécessaire de montrer qu'elles sont présentes sur scène et dans les coulisses, car cela nous impactera toutes et tous. Cela doit se faire aussi dans les rédactions, dans les gouvernements, car si la parité n'y est pas, elle ne pourra pas l'être non plus dans ces forums. 

Il y a une différence dans le leadership féminin car il porte sur les questions qui vont impacter les générations à suivre. On est dans une vision à long terme, une vision inclusive, car on ne veut pas laisser une partie de la population sur le bord de la route.
Christelle Pandanzila, journaliste

Si je vous dis leadership féminin ?
Christelle Pandanzila, journaliste : Souvent, on me dit, mais non le leadership est asexué, est agenré, mais il y a une différence dans le leadership féminin car il porte sur les questions qui vont impacter les générations à suivre. On est dans une vision à long terme, une vision inclusive, car on ne veut pas laisser une partie de la population sur le bord de la route, le leadership féminin doit être de plus en plus intégré dans tous les domaines d'organisation, et il faut enseigner cela assez tôt aux jeunes filles et montrer aussi aux garçons qu'il est possible de gouverner et de travailler ensemble sur un même pied d'égalité !