Terriennes

Simone Veil au Panthéon : reportage photo d'une journée historique

(Frantz Vaillant)

Simone Veil et son mari Antoine reposent désormais au Panthéon. Récit en images, depuis la foule, de cette matinée historique du 1er juillet 2018.

dans
8H30.

Les techniciens s'affairent pour achever les ultimes préparatifs. Un long tapis bleu de moquette, d’une largeur de 4 mètres, est installé depuis la place Edmond Rostand, au
bas de la rue Soufflot jusqu’à l’intérieur du Panthéon. Le bleu est censé symboliser l’Europe et l’entente entre les peuples.
 
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La remontée des cercueils est ponctuée de 21 panneaux, installés en quinconce du tapis. Ils évoquent chronologiquement la vie de Simone Veil.
 
Sur le toit du Panthéon, image inhabituelle, quelques tireurs d'élite.
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L'entrée au Panthéon de Simone Veil a été la décision de "tous les Français", qui le souhaitaient tous "intensément, tacitement" déclarera plus tard le chef de l'Etat, dans son discours.
 
Les images sur grands écrans montrent l'arrivée des deux cercueils, place Edmond Rostand, en contrebas.
 
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9H15

Les premiers arrivés sont priés de quitter le lieu pour laisser la place à des enfants. La foule délogée s'exécute en maugréant. Nombre de personnes ont le sentiment qu'on leur a "volé" leur place et le font savoir.
 
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9H45

Mécontement identique parmi les journalistes relégués sur une estrade qui n'offre ni vision ni perspective interressante. Ce même emplacement rehaussé de quelques mètres aurait satisfait tout le monde. Soupir d'un journaliste : "Tant qu'on persistera à se taire, les choses continueront ainsi". De fait, de nombreux confrères choisissent de quitter l'emplacement assigné pour aller se fondre dans la foule.
La rue Soufflot, qui mène au Panthéon est désormais noire de monde.
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11H

Puis, sous les applaudissements, les cercueils portés par des gardes républicains commencent leurs ascension.
Les cercueils vont marquer trois arrêts le long du trajet qui seront
l’occasion de trois gestes symboliques.
 
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Retentit soudain la voix de Simone Veil, un extrait issu du documentaire «Une femme française » (de David Teboul). Elle évoque ses parents et leur rapport à la religion juive.
 
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Applaudissements.

Les choristes de la Maîtrise de l'Opéra Comique chantent a capella "Nuit et brouillard", la chanson de Jean Ferrat consacrée aux victimes des camps de concentration.

"Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent..
"
 
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Intense émotion parmi la foule. Une femme agent de police qui se tenait à proximité du tapis bleu tombe évanouie, victime de la chaleur. Il fait près de 30° à l'ombre.  D'autres personnes tombent inanimées. Les secours font le nécessaire.
 
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Passage devant le panneau 21, Simone et Antoine Veil.
 
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11H40

Emmanuel Macron commence son discours.
En voici un large extrait :

"Avec Simone Veil entrent ici ces générations de femmes qui ont fait la France sans que la nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur étaient dues".
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"Simone Veil savait cependant que dans ce noble combat des droits humains, la moitié de l’humanité continuait obstinément d’être oubliée : les femmes. Elle avait vu leur soumission et leurs humiliations, elle-même avait affronté des inégalités qu’elle jugeait absurdes, dépassées. Alors elle se bâtit pour que justice soit faite aux femmes, à toutes les femmes. "
 
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"Justice pour les femmes détenues dans des conditions indignes, qu’elle s’efforça quand elle était magistrate d’améliorer, justice pour les femmes, leur indépendance financière, leur autonomie conjugale, leur égalité dans l’autorité parentale. Justice pour que leurs qualités et talents soient reconnus et utilisés dans tous les domaines..."
 
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"Pour les femmes meurtries dans leur chair, dans leur âme, par les faiseuses d’anges, pour les femmes qui devaient cacher leur

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détresse ou la honte, et qu’elle arracha à leur souffrance en portant avec une force admirable le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, à la demande du président Valéry Giscard d'Estaing et avec le soutien du Premier ministre Jacques Chirac. Justice pour les femmes incertaines de leurs droits et de leur place dans la société, pour les femmes reléguées par les lois, les clichés, les conventions. Justice pour toutes ces femmes qui, partout dans le monde, sont martyrisées, violentées, vendues, mutilées. Qu’aujourd’hui par elle, justice leur soit à toutes rendue. (...) Jamais Simone VEIL n’accepta qu’on la décore pour avoir été déportée, et pas davantage elle n’accepta qu’émerge une rivalité des mémoires. La réalité des chambres à gaz et des fours crématoires des camps d’extermination, instruments du crime contre l’humanité, n’atténue en rien l’héroïsme des résistants torturés, fusillés, déportés."
 

(FV)


Applaudissements nourris.
Sous un soleil de plomb, nombre de personnes ont les yeux humides comme au moment de la minute de silence, "habitée" par la diffusion du "bruit du silence du camp" de concentration de Birkenau-Auschwitz où fut internée Simone Veil. Un silence marqué par les bruits de la nature et le chant des oiseaux, seuls habitants des lieux.

12H20

Solo de violoncelle de la suite numéro 5 de Jean Sébastien Bach. La garde Républicaine porte les cercueils qui sont déposés au centre de la nef du Panthéon.

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Simone Veil est la cinquième femme  à reposer dans ce temple où trône sur le fronton la célèvre devise : "Aux grands hommes la patrie reconnaissante ".

12h40

La cérémonie s'achève. Le public pourra pénétrer dans la nef de 16 heures à 22 heures.  Le soleil est à son plus haut. Tout le monde ne pense qu'à aller rafraîchir.
Quelqu'un dans la foule dit : "Elle va être bien, là-dedans, notre Simone !".

©IM