Terriennes

L'ex-otage Sophie Pétronin, libérée après 4 ans de captivité, de retour au Mali

Le président français Emmanuel Macron avec Sophie Petronin à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay, près de Paris, le 9 octobre 2020. 
Le président français Emmanuel Macron avec Sophie Petronin à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay, près de Paris, le 9 octobre 2020. 
©Gonzalo Fuentes, Pool Photo via AP
Le président français Emmanuel Macron avec Sophie Petronin à son arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay, près de Paris, le 9 octobre 2020. 
Sophie Pétronin à Bamako, au Mali, le 8 octobre 2020, avec son fils Sébastien.
Sophie Pétronin, âgée aujourd'hui de 75 ans et enlevée le 24 décembre 2016 dans le nord du Mali, est libre. Ici, une photo publiée sur la page Facebook de son comité de soutien. 

Sophie Pétronin a été libérée le 8 octobre 2020 après près de quatre ans de captivité. Elle était installée depuis près de vingt ans au Mali où elle dirigeait une ONG venant en aide aux enfants souffrant de malnutrition. Un an plus tard, elle est de retour au Mali, de son plein gré. Retour sur sa libération et son engagement.

La nouvelle a été rendue publique par le gouvernement malien le 2 novembre 2021, en même temps qu'un avis de recherche la concernant : Sophie Pétronin est retournée "au Mali depuis un moment, selon ses propres mots. Je me porte bien. Et je suis heureuse d'être là où je suis. Je n'embête personne et personne ne m'embête," continue l'ex-otage, qui dit vouloir poursuivre un engagement de plus de vingt ans au Mali et retrouver sa fille adoptive qu’elle n’a pu voir pendant quatre ans.

Polémique

Réagissant à la nouvelle du retour de Sophie Pétronin au Mali, le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, pointe une "forme d'irresponsabilité" de la part de l'ex-otage vis-à-vis de "sa sécurité" mais aussi vis-à-vis "de la sécurité de nos militaires", susceptibles d'être appelés à intervenir pour libérer des otages. "Lorsque nous avons des ressortissantsen otage à l'étranger, ce sont nos militaires qui vont les secourir au péril de leur vie. Nous avons des soldats qui ont été tués dans le cadre d'opérations pour aller secourir des otages qui avaient été faits prisonniers dans des pays étrangers", a-t-il souligné en précisant que le Quai d’Orsay et le gouvernement suivaient cette situation de près.

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Libération

En octobre 2020, Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde est arrivée en France, accueillie par sa famille et Emmanuel Macron, épilogue de près de quatre années de détention aux mains de jihadistes présumés.

"Je vais très bien !" lançait Sophie Pétronin d'une voix énergique après sa libération le 8 octobre 2020, au Mali. Ses premiers mots ont été pour son fils, Sébastien, qui s'est battu pour la retrouver tout au long de sa détention, se rendant une trentaine de fois en Afrique pour tenter d'obtenir sa libération. Sophie Pétronin le disait alors : "Au fond de moi, j'ai toujours été persuadée que je ne mourrai pas en détention." Sur le tarmac de l'aéroport de Bamako, elle expliquait à la presse comment elle a fait pour tenir plusieurs années en détention  : "Si vous êtes dans l'acceptation de ce qui vous arrive, ça va pas trop mal se passer. Si vous résistez, vous vous cognez. Je n'ai pas résisté"

L'humanitaire franco-suisse a été libérée après près de quatre ans de captivité. L'homme politique malien, Soumaïla Cissé, ainsi que deux Italiens ont aussi retrouvé la liberté. Ces événements sont intervenus dans le cadre d'un échange avec plusieurs dizaines de djihadistes présumés libérés quelques jours plus tôt. Anthony Fouchard, journaliste à TV5MONDE, a enquêté pendant deux ans avec Sébastien Chadaud-Pétronin, le fils de Sophie Pétronin. "C'est beaucoup de soulagement de voir qu'enfin c'est résolu" confiait-il. Les deux otages italiens libérés en même temps étaient le père Pier Luigi Maccalli, qui travaillait pour la société des missions africaines, et Nicola Chiaccio, dont on a découvert l'identité grâce à une preuve de vie transmise en mars 2020

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Genèse d'un engagement

Née à Bordeaux le 7 juillet 1945, Sophie Pétronin avait eu "un déclic" en 1996 en se rendant avec une amie à Gao, à 1200 km au nord-est de la capitale malienne Bamako, racontait son fils Sébastien Chadaud-Pétronin dans un article publié sur le site de son comité de soutien.

Là, elle "constate à quel point le peuple du nord est démuni", même s'il est "accueillant, très hospitalier, plein de générosité, de respect et de tolérance", ajoutait le site internet de l'Association d'Aide à Gao (AAG) qu'elle avait fondée et dirigeait.

Après une jeunesse dans le sud-ouest de la France, cette laborantine de profession était partie dans les années 1970 travailler à Annemasse (sud-est de la France), puis en Suisse. En 2000, elle suit une formation médicale, tout spécialement en médecine tropicale, avant de s'installer définitivement l'année suivante à Gao où elle dirige un centre d'accueil pour orphelins.

Sophie Pétronin, âgée aujourd'hui de 75 ans et enlevée le 24 décembre 2016 dans le nord du Mali, est libre. Ici, une photo publiée sur la page Facebook de son comité de soutien. 
Sophie Pétronin, âgée aujourd'hui de 75 ans et enlevée le 24 décembre 2016 dans le nord du Mali, est libre. Ici, une photo publiée sur la page Facebook de son comité de soutien. 
©capture ecran/facebook

"C'était une femme très intégrée dans la population dont elle parle le dialecte, disait son neveu Lionel Granouillac. Elle se sentait en sécurité, elle avait foi en ce qu'elle faisait, ajoutait celui qui était devenu trésorier du comité de soutien près de Bordeaux. Facilement repérée dans sa petite voiture rouge, "on l'appelait 'maman Sophie'. Elle distribuait des denrées alimentaires. Les parents venaient la consulter. Elle a sauvé des centaines d'enfants", disait-il.

Dans un livre publié en 2013, Le fil de lumière, Sophie Pétronin écrivait : "Ce que je vais faire dans votre océan de misères n’est pas grand-chose, mais une vie sauvée est une vie qui vit. Les enfants sont innocents, ils ont le droit de grandir".

Retourner à Gao

Sophie Pétronin avait d'ores et déjà fait part de son intention de retourner à Gao pour s'assurer que l'organisation d'aide aux enfants qu'elle dirigeait continue à fonctionner convenablement : "Je vais aller en France, en Suisse et après je vais revenir voir un peu ce qui se passe ici", disait-elle lors d'une rencontre avec des journalistes à l'ambassade de France à Bamako fin 2020. "J'ai pris l'engagement pour les enfants, ça fait presque quatre ans que je n'ai pas vu comment se déroulent les programmes", disait-elle dit en invoquant les actions de son organisation contre la malnutrition et en faveur des enfants orphelins.

Elle se disait heureuse de savoir que son assistant ait pu prendre la relève en son absence. "Il faut quand même que j'aille jeter un oeil et les saluer parce que j'ai pris cet engagement. Si vous prenez un engagement, allez au bout de votre engagement, sinon vous aurez perdu votre raison d'être sur cette terre", disait-elle.

Enlevée la veille de Noël

Sophie Pétronin était néanmoins consciente du danger : "Le risque d'attentat et d'enlèvement visant les occidentaux est toujours très élevé dans tout le Mali. Nous devons redoubler de prudence", écrit-elle dans le rapport 2016 de son association.

Alors que le nord du Mali tombe au printemps 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, l'humanitaire échappe de justesse en avril à des islamistes armés qui avaient pris pendant plusieurs mois le contrôle de Gao.

Elle est exfiltrée vers l'Algérie grâce à l'aide de rebelles touaregs, rentre quelques semaines en France dans une maison de famille du sud de la France, puis repart au Mali.

"Elle disait que ce n'était pas simple sur place mais que ça allait", affirmait son époux Jean-Pierre Pétronin au lendemain de l'enlèvement de la septuagénaire par des hommes armés, le 24 décembre 2016. "C'est quand même dingue d'en arriver là, après tout ce qu'elle a fait ces dernières années à Gao pour les enfants de moins de 4 ans. Mais les terroristes, eux, s'en moquent", ajoutait-il alors.

Sophie Pétronin, dans une vidéo mi-juin 2018.
Sophie Pétronin, dans une vidéo mi-juin 2018.
©capture d ecran

Aucun groupe n'avait revendiqué le rapt jusqu'à ce que la principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, diffuse en juillet 2017 une vidéo montrant six étrangers enlevés au Mali et au Burkina Faso entre 2011 et 2017, dont Sophie Pétronin. Début mars 2018, ce "Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans" (GSIM) avait diffusé une vidéo dans laquelle la Française ne s'exprimait pas. La dernière vidéo où apparaissait Sophie Pétronin avait été reçue mi-juin 2018. Elle y semblait très fatiguée, le visage émacié, et en appelait au président français Emmanuel Macron.

Caroline Roussy, responsable Afrique à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et docteure en histoire, restait réservée sur l'identité des ravisseurs. Cette libération était un coup d'éclat pour la junte militaire qui "réussit là où la France et le gouvernement d'Ibrahim Boubacar KeÏta ont été tenus en échec pendant des mois, voire des années." Mais on ne sait pas combien de djihadistes ont été arrêtés ni qui ils sont, soulignait-elle. "La situation reste complexe car on ne connaÎt pas leur itinéraire".

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