Terriennes

Sport féminin : médias et internautes appelés à se mobiliser

De gauche à droite : l'Anglaise Lucy Bronze, qui a remporté le titre des FIFA Awards, la Danoise Pernille Harder et la Française Wendie Renard, lors de l'annonce de la meilleure joueuse du monde de l'année à Zurich, en Suisse, le 17 décembre 2020.
De gauche à droite : l'Anglaise Lucy Bronze, qui a remporté le titre des FIFA Awards, la Danoise Pernille Harder et la Française Wendie Renard, lors de l'annonce de la meilleure joueuse du monde de l'année à Zurich, en Suisse, le 17 décembre 2020.
©Valeriano Di Domenico/Pool via AP

Où en est le sport féminin dans les médias ? En progression, lente mais certaine, au fil des succès des "filles", notamment dans des sports aussi populaires que le football, il reste néammoins à la traîne et directement impacté par la crise sanitaire et des stades privés de public... Sur les réseaux sociaux, l'opération #Sportfeminintoujours invite les internautes à soutenir leurs sportives préférées. 

"On avance, mais on a encore une belle marge de progression!", lance Nodjialem Myaro, présidente de la Ligue féminine de handball et championne du monde 2003, si enthousiaste au terme du parcours de ses "Bleues", sacrées vice-championnes d'Europe en décembre 2020.

Davantage diffusé qu'avant, le sport féminin ne perce que timidement sur les écrans de télévision, mais ses promoteurs pensent qu'ils peuvent mettre en place "un cercle vertueux" : encourager la pratique, "casser les préjugés" et en faire aussi un spectacle qui se vend.

Cette semaine, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) poursuit l'opération "Sport féminin toujours", initiée en 2014 et destinée à accroître la visibilité des sportives dans les médias. En quelques années, les retransmissions de sport féminin ont passé la barre des 10% (entre 14% et 18% en 2016). Mais l'objectif de 20% affiché en 2020 est tombé à l'eau à cause du Covid.

"C'est la théorie des petits pas, il y a une meilleure prise en compte des diffuseurs sur ce sujet", explique Carole Gomez, chercheuse en géopolitique du sport à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). "Les fédérations internationales et nationales se rendent compte que c'est un nouveau produit et ont une vraie approche marketing en se disant que le réservoir de consommateurs pour le sport masculin a peut-être atteint son plafond, décrypte-t-elle, avec des médias et des sponsors qui cherchent à développer des marchés".

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Le pari du foot et du rugby féminin

Thierry Cheleman, actuel directeur des Sports de Canal+, avait fait le pari du foot féminin en 2009 sur D8, rappelle-t-il. Canal+ a acheté en 2018 les droits de la division 1 féminine pour cinq ans. "Notre objectif est d'en faire un grand championnat, explique-t-il à l'AFP, mettant en valeur l'accélération du jeu qui en fait un beau spectacle". Même s'il ne cache pas qu'il y a encore "beaucoup de travail à faire" en matière de sport féminin.

L'équipe de France féminine, devant son public, affronte les Américaines lors des quarts de finale de la Coupe du monde 2019 en France.
L'équipe de France féminine, devant son public, affronte les Américaines lors des quarts de finale de la Coupe du monde 2019 en France.
©AP Photo/Alessandra Tarantino

Le succès de la Coupe du monde 2019 de foot féminin en France a encouragé les inscriptions sous la bénédiction de la Fédération française de football (FFF) qui mène une politique volontariste.

Quelques années avant, le rugby féminin avait aussi engrangé de nouvelles recrues après la diffusion de la Coupe du monde, fait observer Carole Gomez. "Il faut arriver à déclencher ce cercle vertueux, explique-t-elle. Le fait de voir du foot et du rugby féminin est assez récent, relève-t-elle, et permet de casser un certain nombre de préjugés".

Sans médiatisation, pas de modèles. Pas de possibilité de "rêver de faire pareil" pour les jeunes filles devant le but, le panier ou sur les tapis, comme l'explique la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

Stephanie Frappart, une arbitre femme au milieu ... d'hommes, ici lors du match entre la Juventus et le Dinamo de Kiev lors de la Champions league, le 2 décembre 2020 à Turin en Italie.  
Stephanie Frappart, une arbitre femme au milieu ... d'hommes, ici lors du match entre la Juventus et le Dinamo de Kiev lors de la Champions league, le 2 décembre 2020 à Turin en Italie.  
©Marco Alpozzi/LaPresse via AP
Carton vert à Stéphanie Frappart, arbitre femme chez les hommes.

Stéphanie Frappart, 37 ans, est la première Française à avoir arbitré un match professionnel masculin, en Ligue 2, puis la première à avoir arbitré un match en Ligue 1 masculine. 

Le journal L'Equipe salue "le parcours de la dame en noir", qui pourrait encore franchir une étape en dirigeant une rencontre de l'Euro l'été prochain ou de Coupe du monde dans moins de deux ans.

En plus de son contrat d’arbitre professionnelle, elle est à mi-temps coordinatrice des activités à la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) et préside le développement de l’arbitrage féminin au sein de la FFF.

Des modèles pour les filles ?

Malgré ses résultats, le hand féminin a connu des déboires en 2019 avec le retrait de la chaîne BeIN, puis l'Etat est venu au secours du championnat, diffusé sur Sport en France, chaîne du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). "Moi, mes modèles, c'était Stéphane Stoecklin et Frédéric Volle !", handballeurs de l'équipe des Barjots, champions du monde en 1995, dont elle avait les posters, raconte Nodjialem Myaro. "Il faut sortir du cercle vicieux : il n'y a pas de public, donc c'est pas regardé, donc c'est pas diffusé, donc il y aura moins de public...", plaide-t-elle.

J'ai aussi eu des problématiques de femme, je travaille aussi pour avoir une vie hors du judo, je veux aussi être maman, on a d'autres activités en dehors du sport, c'est bien d'en parler.
Clarisse Agbegnenou
Clarisse Agbegnenou lors de sa victoire contre la Russe Marta Labazina lors des championnats d'Europe à Budapest, Hongrie, le 26 avril 2013.
Clarisse Agbegnenou lors de sa victoire contre la Russe Marta Labazina lors des championnats d'Europe à Budapest, Hongrie, le 26 avril 2013.
©AP Photo/MTI, Tamas Kovacs

La judoka Clarisse Agbegnenou juge aussi important d'exister, y compris "hors du judo". De quoi nourrir des reportages et des documentaires.

"J'ai aussi eu des problématiques de femme, je travaille aussi pour avoir une vie hors du judo, je veux aussi être maman ; on a d'autres activités en dehors du sport, c'est bien d'en parler. Et on a une histoire. La vie des sportives en tant que telle est intéressante", explique-t-elle.

Actuel président de la Fédération française de basket (FFB), Jean-Pierre Siutat se remémore la notoriété soudaine des basketteuses françaises après leur médaille d'argent aux JO de Londres en 2012. "Elles étaient reconnues quand elles s'arrêtaient dans les stations-service !" Toutefois, si c'est "en train d'évoluer dans la mentalité des partenaires, c'est encore très timide", ajoute-t-il, se faisant fort avec d'autres personnalités du monde du sport de travailler à "un standard pour un sport professionnel féminin à la française" avec, en toile de fond, la question du statut et de la rémunération des joueuses.

Fort heureusement, des initiatives de passionnées comme celle de cette journaliste sportive togolaise Edwige Apedo démontrent que lorsqu'il y a l'envie, le public, mixte ou non, est au rendez-vous. De quoi nous inciter à en faire plus pour promouvoir le sport féminin sur nos ondes et nos écrans. A TV5monde, notre footballeuse et experte maison, Lise-Laure Etia invite, médias et organisateurs de championnats, à combattre les préjugés en Europe comme sur le continent africain.
Alors oui, #PlusdeSportFeminin !