Terriennes

Stéphanie Frappart : première femme arbitre en Ligue 1

Stéphanie Frappart dans le feu de l'action lors du match Amiens-Strasbourg en Ligue 1 en avril dernier.
Stéphanie Frappart dans le feu de l'action lors du match Amiens-Strasbourg en Ligue 1 en avril dernier.
AP Photo

L'arbitre française a été choisie par l'UEFA pour arbitrer le match de la Super Coupe d'Europe entre Liverpool et Chelsea qui se jouera ce 14 août à Istanbul. Elle est la première femme au sifflet pour une rencontre au sommet de la Ligue des Champions.

Discrète, diplomate, animée d'une volonté de fer. Tels sont les mots utilisés pour désigner Stéphanie Frappart. Du haut de son mètre soixante-quatre, cette Française de 35 ans sera la première à arbitrer la Super Coupe de l'UEFA, qui se joue ce 14 août  entre Chelsea et Liverpool. Selon un communiqué, l'UEFA a "choisi d'innover" en la désignant comme arbitre : "Ce sera la première rencontre masculine majeure arbitrée par une femme". Le match aura lieu  au Besiktas Park d'Istanbul, en Turquie, un pays où l'ambiance footballistique s'échauffe facilement.

Mais Stéphanie Frappart n'est pas une novice dans le monde du football. Elle était la première à diriger des matches masculins en Ligue 2, avant de rejoindre l'élite en Ligue 1. En avril dernier, elle avait fait son entrée en L1, première femme à diriger une rencontre dans cette catégorie : un match nul entre Amiens et Strasbourg (0-0), puis Nice-Nantes (1-1) en mai.
 
Roberto Rosetti, responsable en chef de l'arbitrage de l'UEFA, explique : "Cela fait plusieurs années déjà que Stéphanie Frappart prouve qu'elle est l'une des meilleures femmes arbitres, non seulement sur la scène européenne, mais à l'échelle mondiale". La jeune femme avait notamment dirigé la finale de la Coupe du monde féminine entre les Etats-Unis et les Pays-Bas.

"Elle est capable de diriger des rencontres de très haut niveau [...]. J'espère que ce match à Istanbul lui apportera encore plus d'expérience, alors qu'elle est au sommet de sa carrière arbitrale", a-t-il ajouté. Stéphanie Frappart, elle, a conscience de la symbolique de sa nomination. "L'un de mes rôles, c'est aussi de susciter des vocations en donnant envie aux filles de commencer l'arbitrage. Je le prends à coeur parce que je me dis que j'ai entrouvert des portes", affirmait-elle l'hiver dernier.
 
A la suite de sa nomination comme première femme arbitre de la Super Coupe, elle avait ajouté : "Forcément, on est attendu, c'est à l'image de la société. La femme doit toujours prouver plus qu'un homme".    

Arbitre jusqu'à la moelle

Petite, elle jouait numéro 10 au Club sportif de Pierrelaye et s'est vite découvert une passion pour l'arbitrage. Selon le Parisien, elle a continué à jouer au football, tout en saisissant toutes les occasions d'arbitrer les jeunes du Val-d'Oise, dont elle est originaire. Elle n'a que 17 ans lorsqu'elle se fait remarquer par les pros de l'arbitrage.

L'un de ses formateurs, Patrick Lhermite, ne cache pas son enthousiasme pour les capacités de Stéphanie Frappart. "J'étais impressionné par son potentiel et sa soif d'apprendre, relate-t-il au Parisien. Même quand elle réussissait ses matchs, elle nous questionnait toujours pour savoir comment faire mieux. Sans surprise, elle a progressé très vite."

C'est sans doute cette fougue qui lui a permis d'évoluer dans le monde de l'arbitrage. Si elle a pu gravir les échelons, la carrière de la jeune femme n'a pas été un long fleuve tranquille. A 19 ans, étudiante en Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), elle est nommée arbitre en division d'honneur régional. "Il y avait eu des réticences de certains élus de la Ligue de Paris, qui ne comprenaient pas pourquoi une fille venait arbitrer des hommes adultes, déplorait Patrick Lhermite. Il a fallu se battre pour être acceptée."
 
Il faut être passionnée. Au bas niveau, on peut se faire insulter tous les week-ends. Stéphanie Frappart
Se battre, aussi, contre les remarques sexistes qu'elle a subies, bien qu'elle assure aujourd'hui ne plus y être confrontée. Comme en octobre 2015 quand l'ancien entraîneur de Valenciennes, David Le Frapper, n'avait pas pesé ses mots. C'était après la défaite de son équipe contre Laval. Le penalty non sifflé "était bien là, mais l'arbitre ne l'a pas vu, elle faisait du patinage peut-être", fustigeait-il. En ajoutant que "quand on est une femme et qu'on arbitre un sport d'hommes, c'est compliqué". S'ensuivit la colère du syndicat des arbitres professionnels (SAFE), et les excuses de David Le Frapper.

Reste que les remarques désobligeantes, surtout aux échelons inférieurs, sont fréquentes. Stéphanie Frappart se confiait sur la question au Figaro sport : "Il faut être passionnée pour exercer cette activité. Au bas niveau, on peut se faire insulter tous les week-ends avant de rentrer chez soi. J'ai des collègues pour qui c'est plus dur". Chez les professionnels néanmoins, l'accueil a toujours été bon, "à part deux ou trois situations difficiles" à l'image du courroux de l'entraîneur de Valenciennes.   

Puissante sur le terrain

Sur le terrain, il y a une certaine ambivalence à son encontre. D'un côté, l'arbitre s'attend à être mise à l'épreuve par ses joueurs : "Ils vont tester mes compétences, et il y aura aussi de la contestation". De l'autre,  elle assure qu'il y a "une différence" dans la manière dont les joueurs s'adressent à elle : "dans les mots, les gestes, la virulence. On ne s'adresse pas de la même manière à un homme ou à une femme". Un avantage ?
 
Le plus dur commence, je sais que je suis attendue. Je vais devoir faire ma place comme en Ligue 2, comme tout arbitre.Stéphanie Frappart
Pour Didier Quillot, directeur général de la Ligue (LFP), la réponse est affirmative. "(Lors d'Amiens-Strasbourg) J'ai trouvé que, dans le comportement des joueurs vis-à-vis de Stéphanie Frappart, il y avait énormément de respect, de courtoisie. Un arbitre féminin, peut-être, va rendre les garçons plus courtois, plus respectueux des lois du jeu", pense-t-il.
 
Stephanie Frappart juste avant le coup d'envoi du match L1 entre Amiens et Strasbourg.
Stephanie Frappart juste avant le coup d'envoi du match L1 entre Amiens et Strasbourg.

Pour se faire une place, Stéphanie Frappart a beaucoup travaillé ses qualités physiques et sa puissance athlétique. Lors du stage de reprise, en juillet, à Clairefontaine, la FFF n'avait pas adapté ses contrôles de rentrée aux femmes et la jeune femme a passé "les mêmes tests physiques que les garçons". Aucune surprise pour elle, qui justifiait : "les joueurs ne vont pas moins vite quand j'arbitre, donc les exigences ne doivent pas être moindres".

Une constante nécessité de faire ses preuves, mais l'arbitre ne se laisse pas abattre, au contraire. "Le plus dur commence, je sais que je suis attendue. Je vais devoir faire ma place comme en Ligue 2, comme tout arbitre", sait-elle. Car Stéphanie Frappart est profondément convaincue qu'il n'y "a pas de différence entre un homme et une femme".

Pour cette rencontre de Super Coupe d'Europe, l'arbitre sera à la tête d'une équipe arbitrale en majorité féminine, entourée de sa compatriote Manuela Nicolosi et de l'Irlandaise Michelle O'Neill. Aujourd'hui, Stéphanie Frappart marche sans doute dans les pas de la Suissesse Nicole Petignant qui avait ouvert la voie, en arbitrant trois matchs de qualification pour la Coupe UEFA entre 2004 et 2009.