Terriennes

Sur fond d'affaire George Floyd : une candidate afro-américaine future vice-présidente des Etats-Unis ?

En haut, la grande favorite des pronostics, la sénatrice Kamala Harris, pourtant ex-rivale de Joe Biden dans la course à l'investiture ; en bas à gauche, l'élue de la Chambre des représentants Val Demings ; en bas à droite, la très populaire maire d'Atlanta Keisha Lance Bottoms.
En haut, la grande favorite des pronostics, la sénatrice Kamala Harris, pourtant ex-rivale de Joe Biden dans la course à l'investiture ; en bas à gauche, l'élue de la Chambre des représentants Val Demings ; en bas à droite, la très populaire maire d'Atlanta Keisha Lance Bottoms.
©APphoto

La mort de George Floyd et la vague de colère qu'elle suscite placent la question du racisme et des violences policières au coeur de la campagne électorale américaine. Si Joe Biden, l'adversaire démocrate de Donald Trump, s'est d'ores et déjà engagé à choisir une femme pour postuler à la vice-présidence des Etats-Unis, il semble très vraisemblable, désormais, qu'il s'agira d'une candidate afro-américaine. Son choix sera connu début août.

Trois noms se détachent. Kamala Harris, sénatrice, Val Demings, élue de la Chambre des représentants, et Keisha Lance Bottoms, maire d'Atlanta. Toutes ont parlé avec vigueur et passion de l'émoi qui a saisi le pays en voyant Georges Floyd mourir, mais aussi de leur propre expérience de femmes noires aux Etats-Unis.

Sur les sites de paris en ligne misant sur la prochaine colistière du candidat démocrate à la Maison-Blanche, leur cote a grimpé. En même temps, celles qui étaient en tête des pronostics il y a encore trois semaines ont vu leur cote s'effondrer : les sénatrices et ex-candidates à la Maison-Blanche Elizabeth Warren et Amy Klobuchar, ou encore la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer.Toutes sont des candidates blanches.

Avec la soif de justice, de changement, des manifestants qui se mobilisent depuis la mort de Georges Floyd, le 25 mai, les électeurs afro-américains "exigent une vice-présidente noire", estime Daniel Gillion, professeur de sciences politiques à l'université de Pennsylvanie.

Trois nouvelles favorites en tête des pronostics

Dès le mois de mars, l'ancien vice-président de Barack Obama avait promis qu'il choisirait une femme pour affronter avec lui le républicain Donald Trump le 3 novembre. Joe Biden avait plusieurs fois souligné qu'il envisageait des candidates afro-américaines. Populaire chez les électeur.trice.s noir.e.s, à qui il doit en bonne partie sa victoire dans la primaire démocrate, ce vétéran de la politique sait que leur mobilisation est clé pour tout démocrate rêvant de décrocher la Maison-Blanche.

Sur CBS, il a confié que les deux dernières semaines avaient "accru le besoin et l'urgence" de choisir quelqu'un qui est "totalement en phase" avec lui. "Je veux quelqu'un de solide et quelqu'un qui puisse assumer la présidence, qui sera prêt à dès le premier jour", a ajouté celui qui, à 77 ans, sera le plus vieux dirigeant dans l'histoire des Etats-Unis s'il remporte l'élection.

Dans cette campagne présidentielle extraordinaire, déjà bouleversée par la pandémie de coronavirus, puis la mort de George Floyd, il n'est pas exclu qu'un autre événement inattendu vienne influencer son choix, qu'il compte révéler autour du 1er août. Mais à ce stade, "Joe Biden a de nombreuses raisons de choisir l'une des candidates noires", reconnaît Kyle Kondik, politologue à l'université de Virginie.

Kamala Harris, l'ex-rivale

Ex-rivale de Joe Biden lors de la primaire démocrate, Kamala Harris, 55 ans, figurait dès le départ dans le peloton de tête des possibles colistières, grâce notamment à sa solide expérience.

Kamala Harris, membre du Parti démocrate, sénatrice de Californie au Congrès des États-Unis depuis 2017.
Kamala Harris, membre du Parti démocrate, sénatrice de Californie au Congrès des États-Unis depuis 2017.
©Gabriella Demczuk /The New York Times via AP
 Filles d'immigrés jamaïcain et indien, elle fut la première femme et la première personne noire à être élue procureure de la Californie puis, en 2017, première femme originaire d'Asie du Sud et seconde élue noire à siéger au Sénat. Elle avait toutefois taclé sans ménagement Joe Biden lors d'un débat démocrate, justement sur la question ultra-sensible de ses positions passées sur la ségrégation raciale.

(traduction : La Loi sur la justice dans les services de police est la première étape pour que ceux qui portent un badge et une arme à feu fassent l'objet de poursuites en cas de faute et en assument les conséquences.)

Les deux démocrates, qui se connaissent de longue date, se sont depuis publiquement réconciliés. Mais à l'heure d'une profonde remise en cause du fonctionnement du système judiciaire et pénal envers les minorités, le passé de procureure de Kamala Harris pourrait lui nuire.

Val Demings, l'anti-Trump

Si Joe Biden "me demande, je dirais oui", a-t-elle déclaré sans ambages au site d'information Axios.

Val Demings, à la tribune du Sénat, lors du débat sur la procédure d'<em>empeachment</em> contre le président Donald Trump, le 3 février 2020.
Val Demings, à la tribune du Sénat, lors du débat sur la procédure d'empeachment contre le président Donald Trump, le 3 février 2020.
©Senate Television via AP

Diplômée de criminologie de l'université d'Etat de Floride en 1979, elle a fait carrière dans la police où elle a exercé vingt-quatre ans, jusqu'à prendre la tête de la police d'Orlando de 2007 jusqu'à 2011. Elle est la première femme à occuper ce poste. Elue de la Chambre depuis 2017, Val Demings, 63 ans, s'était déjà fait remarquer lors du procès en destitution de Donald Trump.

Depuis la mort de George Floyd, les déclarations contre le "racisme institutionnel", alliées au parcours de cette ancienne policière puis cheffe de la police d'Orlando, en Floride, l'ont faite grimper dans les pronostics. "Son passé dans la police lui permet, de façon idéale, de soutenir à la fois les forces de l'ordre et d'évoquer très ouvertement les griefs des manifestants", souligne Kyle Kondik.

"Femmes noires du millénaire, vous avez du pouvoir ! Ignorez le self-talk. 'Je ne suis pas assez brillante.' 'Je ne connais pas les bonnes personnes.' 'Je dois attendre mon tour.' Prenez les devants, car lorsque nous examinons l'état de notre pays en ce moment, nous voyons bien que nous avons besoin de femmes noires jeunes, vives, intelligentes et sans peur", écrit-elle sur son compte twitter.

Keisha Lance Bottoms, mère et maire

"Si le vice-président pensait que je pourrais l'aider à gagner en novembre, et que j'étais la mieux placée, j'y songerais sérieusement", a confié Keisha Lance Bottoms à Axios. Agée de 50 ans, mère de quatre enfants, elle fut l'une des premières maires d'une grande ville à soutenir Joe Biden dans la primaire. 

Keisha Lance Bottoms, maire d'Atlanta depuis le 2 janvier 2018.
Keisha Lance Bottoms, maire d'Atlanta depuis le 2 janvier 2018.
©AP Photo/Andrea Smith
 Mais c'est avec un discours improvisé saisissant, appelant les émeutiers à rentrer chez eux le 29 mai, que la maire d'Atlanta a soudainement bondi dans le peloton de tête malgré son manque d'expérience nationale. De nombreux médias croient en ses chances d'être choisie pour accompagner Joe Biden dans sa course à la Maison-Blanche. Depuis la mort de Georges Floyd, elle est intervenue plusieurs fois pour appeler au calme et à la retenue, n’hésitant pas à mettre en avant sa propre expérience de femme noire aux États-Unis. 


C'est ce qu'elle a fait notamment en faisant référence à Martin Luther King : "Une manifestation a un but. Lorsque le Dr King a été assassiné, nous n'avons pas détruit notre ville. Donc si vous aimez cette ville, qui a un héritage de maires noirs, de chefs de police noirs et de gens qui tiennent à elle, où plus de 50% des chefs d'entreprises d'Atlanta et de sa périphérie sont issus de minorités, si vous tenez à cette ville, rentrez chez vous. "

Lors d'une interview pour Axios devenue virale sur les réseaux sociaux, elle ne cache pas son émotion en évoquant son fils de 12 ans jouant avec une arme factice :


Elle évoque aussi son inquiétude de mère pour un autre de ses fils, jeune adulte : "Je suis la mère de quatre enfants noirs aux Etats-Unis. L'un d'eux a 18 ans. Quand j'ai vu le meurtre de Georges Floyd, j'ai été blessée comme une mère peut l'être. Quand j'ai entendu que des violences éclataient dans les manifestations, j'ai fait ce que toute mère fait, j'ai appelé mon fils pour lui demander 'Où es-tu ?'".

Ce 13 juin, après qu'un policier a mortellement blessé un suspect lors d'une tentative d'arrestation, et que des manifestations ont éclaté pour protester contre ce nouveau décès d'un Afro-Américain victime de la police, Keisha Lance Bottoms a annoncé la démission d'Erika Shields, qui dirigeait la police de la ville depuis plus de vingt ans. "En raison de son désir qu'Atlanta soit un modèle de ce qu'une réforme significative devrait être dans tout le pays, Erika Shields a présenté sa démission immédiate de cheffe de la police", explique la mairesse d'Atlanta.

D'autres candidates sont en lice. Stacey Abrams, 46 ans, candidate malheureuse au poste de gouverneure de Géorgie, a vu sa cote baisser ces derniers jours sur le site spécialisé PredictIt, pour arriver au niveau d'une autre candidate pressentie : l'ancienne conseillère à la sécurité nationale du président Barack Obama, Susan Rice, 55 ans.