Terriennes

Sur les réseaux sociaux, la réponse en couleur des Afghanes face aux talibans

Bahar Jalali, universitaire née en Afghanistan vivant aux Etats-Unis, est à l'origine de la campagne #DoNotTouchMyClothes.
Bahar Jalali, universitaire née en Afghanistan vivant aux Etats-Unis, est à l'origine de la campagne #DoNotTouchMyClothes.
©twitter/Bahar Jalali
Bahar Jalali, universitaire née en Afghanistan vivant aux Etats-Unis, est à l'origine de la campagne #DoNotTouchMyClothes.

#DoNotTouchMyClothes, traduisez "Ne touchez pas à mes vêtements". Derrière ce slogan, Bahar Jalali. Universitaire afghane installée aux Etats-Unis, elle est l'une des initiatrices d'une campagne de protestation, sur les réseaux sociaux,  contre le voile intégral noir imposé par les talibans aux étudiantes afghanes.

Répondre au noir par la couleur : c'est lorsqu'elle a vu les images de femmes portant le niqab lors d'une manifestation de soutien aux talibans à Kaboul que Bahar Jalali a décidé de lancer la campagne #DoNotTouchMyClothes, pour faire connaître les robes traditionnelles afghanes, chatoyantes et pleines de vie.

Les femmes afghanes ne s'habillent pas comme ça. Les femmes afghanes portent des robes colorées que nous avons montrées au monde.
Bahar Jalali
©capture d'écran

"J'étais très préoccupée à l'idée que le monde puisse penser que le vêtement porté par ces femmes à Kaboul est l'habit traditionnel afghan", explique cette universitaire depuis sa maison de Glenwood, dans le Maryland, en allusion à la manifestation qui s'est tenue courant septembre. 

"Les femmes afghanes ne s'habillent pas comme ça. Les femmes afghanes portent des robes colorées que nous avons montrées au monde", ajoute-t-elle.

 

La société afghane a changé, pas les talibans

Bahar Jalali, 46 ans, a émigré enfant aux Etats-Unis. Elle est retournée en Afghanistan en 2009 pour enseigner l'histoire et les gender studies (les "études de genre", qui décortiquent les rapports sociaux entre les sexes) à l'Université américaine de Kaboul - le premier cursus de ce type en Afghanistan. Elle est aujourd'hui enseignante à l'université Loyola, dans le Maryland, aux Etats-Unis.

"Je veux que ces robes colorées éclipsent" le noir du niqab, "je veux que les gens s'en souviennent comme (...) le visage de la culture afghane", insiste-t-elle. Bahar Jalali se dit aujourd'hui inquiète pour ses anciennes étudiantes "coincées en Afghanistan", dont "beaucoup ont peur pour leur vie". "Mes étudiants sont passionnés par l'égalité entre les sexes, qu'ils soient hommes ou femmes. Alors je ne sais vraiment pas comment cette nouvelle génération, qui n'a jamais vécu sous la férule des talibans, qui a grandi dans une société ouverte et libre, va pouvoir s'adapter à cette période sombre", dit-elle.

Mais c'est aussi parce que ces jeunes ont goûté à la liberté qu'elle pense que les nouveaux maîtres de l'Afghanistan trouveront des obstacles sur leur chemin. La société afghane est "différente de ce qu'elle était la dernière fois que les talibans ont gouverné le pays. Beaucoup de femmes gagnent leur vie, sont cheffes de famille", lance-t-elle."Ce sera extrêmement difficile pour les talibans d'imposer cette main de fer sur la population afghane, comme ils l'avaient fait avant", veut-elle croire.

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Des petites filles et leurs professeures manifestent pour réclamer l'égalité du droit à l'éducation, ici dans une école privée de Kaboul, le 5 octobre 2021. 
Des petites filles et leurs professeures manifestent pour réclamer l'égalité du droit à l'éducation, ici dans une école privée de Kaboul, le 5 octobre 2021. 
©AP Photo/Ahmad Halabisaz
Pas d'école pour les filles ? 

Le cri du coeur d'une adolescente qui défie les talibans a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. On y voit une jeune Afghane crier son désespoir de ne pas pouvoir aller à l'école et interpeller avec véhémence le régime. Le compte twitter qui a publié cette vidéo a depuis été supprimé...
 

Sauf exception dans quelques écolees privées, seuls les collégiens et lycéens afghans ont été autorisés à reprendre le chemin de l'école à la rentrée, une mesure déplorée par l'Unicef qui a exhorté le nouveau régime taliban à ne pas "laisser les filles de côté" et par l'Unesco qui met en garde contre des "conséquences irréversibles".

Les femmes conservent le droit d'étudier à l'université, mais elles devront pour cela porter une abaya ainsi qu'un hijab, et les cours se feront en non-mixité. La communauté internationale redoute de voir se reproduire le même scénario que lors du premier passage au pouvoir des fondamentalistes, entre 1996 et 2001. Le mouvement islamiste avait mené une politique particulièrement brutale à l'égard des femmes, qui n'étaient pas autorisées à travailler, étudier, faire du sport ou encore sortir seules dans la rue.

Robes traditionnelles du monde entier

Dans le sillage de Bahar Jalali, de nombreuses Afghanes ont publié des photos d'elles portant des robes éclatantes et multicolores, vertes, jaunes, orange ou rouges, inondant les réseaux sociaux des célèbres broderies de leur pays.

Mais le mouvement ne s'arrête pas aux seules robes afghanes, il essaime partout à travers la planète, des internautes appellant les femmes à poster des photos de tenues traditionnelles pour soutenir leurs soeurs afghanes, contraintes à porter la burqa des talibans.