Terriennes

"Time's Up", les femmes de l'industrie cinématographique à Hollywood veulent en finir avec le harcèlement. Partout

L'actrice américaine multi-récompensée Meryl Streep est l'un des initiatrices de Time's Up, lancé d'abord sous le nom de "Commission sur le harcèlement sexuel et l'égalité professionnelle" en décembre 2017, et qui vise à englober toutes les femmes victimes, dans tous les secteurs professionnels... 
L'actrice américaine multi-récompensée Meryl Streep est l'un des initiatrices de Time's Up, lancé d'abord sous le nom de "Commission sur le harcèlement sexuel et l'égalité professionnelle" en décembre 2017, et qui vise à englober toutes les femmes victimes, dans tous les secteurs professionnels... 
(AP Photo/Steven Senne)

Plus de 300 actrices, femmes scénaristes, metteuses en scène et autres personnalités féminines du cinéma ont lancé le 1er janvier 2018 un projet destiné à permettre de lutter concrètement contre le harcèlement sexuel, aussi bien à Hollywood que dans d'autres métiers moins glamour. Il reprend une lettre ouverte signée de travailleuses de l'agriculture en octobre 2017. 

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Ne pas laisser retomber la pression avec le changement d'année. Côté Hollywood, et dans la foulée de #MeToo, 2018 sera "Time's Up" ("C'est fini"), après une année 2017 lancée par la Marche des femmes de Washington et de partout ailleurs, le 21 janvier, et marquée par une avalanche d'accusations d'agressions sexuelles dans le sillage de l'affaire Weinstein, qui ont provoqué la chute de personnages influents dans le monde du spectacle, des médias et de la politique et ont conduit entreprises et administrations à revoir leurs règlementations anti-harcèlement.

"Je suis aux côtés de TOUTES LES FEMMES de tous les secteurs d'activité pour dire #TIMESUP sur les abus, le harcèlement, la marginalisation et la sous-représentation",  a ainsi tweeté l'actrice et productrice américaine Reese Witherspoon, dès le coup d'envoi du mouvement. Parce que : 
"Le silence, c’est fini
L’attente, c’est fini
La tolérance, c’est fini
La discrimination, le harcèlement, les amis sexuels,
#CESTFINI​"

 
Dans une lettre ouverte publiée sur son site, Time's Up annonce la création d'un fonds destiné à financer un soutien légal pour les femmes et hommes victimes de harcèlement sexuel au travail. Et cela dans tous les secteurs. L'organisation a déjà recueilli plus de 13 des 15 millions de dollars qu'elle visait de recolter. 

Sororité, le maître mot de 2018 ?

"Souvent, le harcèlement persiste parce que les harceleurs ne payent jamais les conséquences de leurs actes", expliquent-t-elles. La lettre, qui commence par "Chères soeurs" et se termine par "solidairement", a également été publiée sur une pleine page dans le New York Times et dans le journal en langue espagnole La Opinion.

Elle fait écho à une autre lettre de solidarité sororale, rédigée en octobre 2017 par des agricultrices de la Californie, qui plus est d'origine latino-américaine (très nombreuses dans cet Etat), en soutien aux actrices qui prenaient alors la parole pour dénoncer les agressions sexuelles, pratiques considérées comme "normales", dans le secteur du divertissements et des médias.  Cette démarche des travailleuses du secteur agricole n'avaient malheureusement pas eu le retentissement de celle des stars hollywoodienne du jour de l'an 2018. Voici leur mots alors adressés aux actrices :

Nous ne travaillons pas sous des lumières de la scène ou sur grand écran. Nous travaillons dans l'ombre de la société, dans des champs isolés et des lieux invisibles pour la plupart des gens. Votre travail nourrit les âmes, remplit les cœurs et répand la joie. Notre travail nourrit le pays avec les fruits, les légumes et d'autres cultures que nous plantons, cueillons et emballons.
L'union nationale des travailleuses agricoles

"Chères Soeurs,

Nous vous écrivons au nom des quelque 700 000 femmes qui travaillent dans les champs et les hangars d'emballage aux États-Unis. Au cours des dernières semaines, nous avons observé et écouté avec tristesse les actrices, les mannequins et autres personnes qui se sont manifestées pour dénoncer la violence sexiste dont elles ont été victimes de la part de patrons, de collègues et d'autres personnes influentes dans l'industrie du divertissement. Nous aimerions pouvoir dire que nous sommes choquées d'apprendre qu'il s'agit d'un problème si répandu dans votre industrie. Malheureusement, nous ne sommes pas surprises car c'est une réalité que nous connaissons trop bien. D'innombrables travailleuses agricoles dans tout le pays souffrent en silence de harcèlement et des agressions sexuelles qu'elles affrontent au travail.
Nous ne travaillons pas sous des lumières de la scène ou sur grand écran. Nous travaillons dans l'ombre de la société, dans des champs isolés et des lieux invisibles pour la plupart des gens. Votre travail nourrit les âmes, remplit les cœurs et répand la joie. Notre travail nourrit le pays avec les fruits, les légumes et d'autres cultures que nous plantons, cueillons et emballons.
Même si nous travaillons dans des environnements très différents, nous partageons une expérience commune, celle d'être la proie de personnes qui ont le pouvoir d'embaucher, de congédier, de mettre sur liste noire et de menacer autrement notre sécurité économique, physique et émotionnelle. Comme pour vous, le signalement d'un préjudice ou d'une injustice ne semble pas être une option viable. Se plaindre de quoi que ce soit - même du harcèlement sexuel - semble impensable parce qu'il y a trop de risques, y compris celle de ne plus avoir la capacité de nourrir nos familles et de préserver notre réputation.
Nous comprenons la douleur, la confusion, l'isolement et la trahison que vous pourriez ressentir. Nous portons aussi la honte et la peur issues de cette violence. Cela pèse sur nos épaules lourdement, de façon oppressante. Mais, au plus profond de nos cœurs, nous savons que ce n'est pas de notre faute. Les seules personnes responsables sont les individus qui choisissent d'abuser de leur pouvoir pour nous harceler, nous menacer et nous nuire, comme ils vous ont fait du mal.
Dans ces moments de désespoir, et alors que vous faites face à l'examen minutieux et aux critiques parce que vous avez courageusement choisi de dénoncer les actes douloureux qui ont été commis contre vous, sachez que vous n'êtes pas seul. Nous vous croyons et nous tenons debout à vos côtés.
En solidarité," 
L'Union nationale des travailleuses agricoles

Harcelées, agressées, humilées de tous les pays et de tous les secteurs, unissez vous !

Les signataires les plus prestigieuses de la lettre du 1er janvier 2018, telles les actrices Cate Blanchett, Ashley Judd, Natalie Portman et Meryl Streep, la présidente de Universal Pictures Donna Langley, mais aussi l'écrivaine féministe Gloria Steinem, l'avocate et ex-chef de cabinet de Michelle Obama Tina Tchen et la co-présidente de la Fondation Nike Maria Eitel, ouvrent donc leur lettre exactement comme celle des agricultrices et espèrent ainsi parler pour toutes celles, mal payées, qui ne peuvent de se défendre de peur de perdre leur emploi, domestiques, concierges, ouvrières et serveuses.

A l’un des moments les plus difficiles de ce dévoilement, alors que nous nous sentions particulièrement vulnérables, l’Union nationale des travailleuses agricoles nous a adressé un puissant et solidaire message et nous en sommes profondément reconnaissantes.
Time's Up

"Nous vous écrivons au nom de quelque 300 femmes qui travaillent dans des films, à la télévison ou au théâtre. Voilà un peu plus de deux mois, des courageuses pionnières ont révélé la face noire du harcèlement sexuel et autres abus des hommes de pouvoir dans l’industrie du divertissement. A l’un des moments les plus difficiles de ce dévoilement, alors que nous nous sentions particulièrement vulnérables, l’Union nationale des travailleuses agricoles nous a adressé un puissant et solidaire message, et nous en sommes profondément reconnaissantes. A vous, travailleuses agricoles de notre pays, nous voulons dire que nous vous voyons, nous vous remercions, et nous sommes conscientes de ce poids lourd de cette expérience commune, celle d’être des proies sexuelles et exploitées par les puissants qui abusent de leur pouvoir en nous menaçant physiquement et économiquement. (.../...)
Nous incitons vivement les médias qui couvrent les révélations de personnalités d'Hollywood à consacrer autant de temps à la myriade d'expériences vécues par des personnes employées dans des secteurs moins glamour et valorisés".

Les stars d'Hollywood affichent ainsi le but d'étendre leur action à tous les autres secteurs industriels, "à chaque femme employée dans le secteur de l'agriculture qui a dû repousser les avances de son patron, chaque domestique qui a tenté d'échapper à un invité agressif, chaque garde de nuit enfermée la nuit dans un immeuble avec un supérieur prédateur, chaque serveuse pelotée par un client et supposée prendre ça avec le sourire".

Ce mouvement a ainsi conduit en décembre, le PDG de Ford Jim Hackett à présenter ses excuses aux employés de deux usines de Chicago, promettant des changements après la publication d'un article du New York Times rapportant des faits de harcèlement sexuel et d'abus présumés dont des salariées du constructeur automobile auraient été victimes.

Vêtues de noir contre le sexisme et le racisme pour les Golden Globes 2017

Time's Up appelle également à ce qu'il y ait plus de femmes en position de pouvoir, ainsi qu'à l'égalité des salaires et des opportunités entre femmes et hommes dans le secteur du cinéma, et dans tous les autres. "Nous nous engageons également à continuer à pousser pour de réels changements dans notre propre domaine, afin de faire de l'industrie du show-business un endroit sûr et équitable pour tous".

L'organisation, qui s'était constituée à la mi-décembre en "Commission sur le harcèlement sexuel et l'égalité professionnelle" avant de changer de nom, appelle les femmes qui participeront à la soirée des Golden Globes dimanche 7 janvier 2018 à porter du noir, en signe de protestation contre les inégalités raciales et le sexisme.

Petit résumé en images, avec la RTS, du lancement de Time's Up, dernier avatar de la libération de la parole des femmes aux Etats-Unis, née avec #MeToo et l'affaire Weinstein
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Récit de la RTS - 1'19
Suivez Sylvie Braibant sur twitter @braibant1