Terriennes

A Toronto, Alek Minassian, auteur d'une nouvelle tuerie masculiniste ?

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© TV5MONDE / Loup Bureau

Alek Minassian, auteur présumé de l’attaque meurtrière à la voiture-bélier ce 23 avril à Toronto, a-t-il tué par haine des femmes ? Dans ses derniers messages sur son compte Facebook, fermé depuis, il se revendique des Incels ou "célibataires involontaires", variante du masculinisme, mouvement de défense de la suprématie des hommes sur le genre humain. Ce ne serait pas une première au Canada. Eclairage de Patric Jean, réalisateur de    "La domination masculine".

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« La rébellion des Incels a déjà commencé. On va renverser tous les “Chads” et “Stacys”. » (voir encadré) a posté sur son compte Facebook Alek Minassian, avant de foncer sur des piétons et surtout sur des piétonnes dans les rues de Toronto, tuant 10 personnes, dont une majorité de femmes. Si Graham Gibson, chargé de l’enquête, qualifie le message « d’énigmatique », mettant en garde sur les motivations réelles d’Alek Minassian, les propos de l’auteur supposé de l’attaque réveillent cependant le terrible souvenir de précédentes tueries masculinistes au Canada et dans le monde. 
Un mouvement planétaire de domination masculine, de revanche des "mâles blancs en colère" ceux-là mêmes qui ont porté à la Maison Blanche le plus machiste et misogyne des présidents américains. 

Une avalanche de questions en suspens

Les enquêteurs restent cependant très prudents face aux questions que les journalistes se posent et que La Presse recense ainsi : Était-il obsédé par Elliot Rodger, auteur d’une tuerie motivée par sa haine des femmes ? « Ce sont des avenues que nous devrons explorer » ; Fait-il partie d’un groupe organisé ? « Nous ne sommes en communication avec aucun groupe » ; Était-il frustré par son rapport aux femmes ?
« Pas de commentaires » ; A-t-il foncé de manière délibérée sur des femmes et évité des hommes ? « À ce moment-ci, nous n’avons pas de preuve en ce sens », répondent en choeur les policiers en charge de l'affaire. 

Qui sont donc ces Incels dont se réclame Alek Minassian ?

Contraction d'« involuntary celibate », « célibataire involontaire » en français. Selon un article publié en novembre dans le quotidien britannique The Guardian, 40 000 personnes feraient partie de cette « communauté » née sur Internet. Ce sont en très grande majorité des hommes, âgés de 18 à 35 ans, hétérosexuels. Ce qui les rassemble : leur mépris des femmes.

Le Monde, journal français, nous apprend que leur objectif est de « tenir les femmes pour uniques responsables de leur célibat durable. Particulièrement actifs en ligne, ils se retrouvent principalement sur le site Incels.me, interdit aux femmes et qui compte plus de cinq mille membres, mais aussi sur des groupes de la messagerie Discord et sur le forum 4chan – notamment sur l’espace de discussion /r9k/, où des milliers de conversations sont ouvertes chaque jour.

Si les femmes ne s’engagent pas dans une relation avec eux, c’est uniquement, argumentent les Incels, parce qu’elles sont « diaboliques ». Les posts trouvés sur Internet les qualifient volontiers de « menteuses pathologiques », de « salopes (…) incapables d’aimer ». « [Elles] prennent plaisir à malmener, à moquer ou à humilier des hommes dès qu’elles le peuvent », résume un internaute.

Celles qui sont la plupart du temps désignées par l’expression « femoid » (contraction de « femmes » et « humanoïdes », visant à les déshumaniser) n’accepteraient d’avoir des relations qu’avec un seul type d’hommes : les « Chads ». Il s’agit de jeunes hommes populaires, charmants, à l’aise avec les femmes, et surtout, ayant une vie sexuelle ou amoureuse bien remplie. Les Incels les méprisent presque tout autant qu’ils les envient. Les femmes en couple sont, quant à elles, surnommées des « Stacys
».

Le quotidien affirme enfin que l’on trouve sur leur forum des glorifications du viol, des incitations au harcèlement et des conseils pour bien violer les femmes.

Les masculinistes, une histoire déjà longue de meurtres à travers le monde

Pour le Canada, c'est à Montréal que tous pensent d'abord, où la tuerie de l’Ecole Polytechnique, ainsi qu'elle est désormais désignée, est encore dans tous les esprits, presque 30 ans après. Le 6 novembre 1989, Marc Gharbi dit Lépine, étudiant en informatique, abat 14 femmes et en blesse grièvement 10 autres, avant de se suicider. Dans sa lettre « testamentaire », le tueur évoque une haine de ces «féministes qui lui ont toujours gâché la vie ». C'est le premier attentat masculiniste  revendiqué.

En 2013, Terriennes revient sur la polémique autour du documentaire « The Red pill». La jeune réalisatrice américaine Cassie Jaye avait créé la controverse en prenant la défense des droits et des voix des hommes qui traînent la réputation d’être misogynes aux Etats-Unis. Cassie Jaye ira jusqu’à déclarer : « Je ne peux plus être féministe ».
  Un an plus tard, en mai 2014, l’Américain Elliot Rodger, 22 ans, tue de sang-froid six personnes et en blesse grièvement plus de dix autres, à Isla-Vista en Californie. Ses motivations ? Se venger des femmes qui l'auraient toujours ignoré. Le tueur misogyne devient alors l’icône de la communauté Incel… dont se serait inspiré Alek Minassian à Toronto.
 
 
A retrouver sur ce sujet dans Terriennes : > Quand la misogynie tue, on invoque la maladie mentale

Ailleurs dans le monde

Si le mouvement est particulièrement puissant en Amérique du Nord, il existe aussi en Europe. En France, des pères célibataires, occupent pendant quatre jours et trois nuits en février 2013, une grue nantaise déclarant vouloir défendre « la cause des papas ». Mais une fois redescendus, le doute s’installe : sont-ils des pères éplorés, ou des figures de proue anti-féministe ? En cause : les propos qu’ils tiennent à l’encontre de Christiane Taubira, alors ministre de la Justice, et Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille, après une réunion avec les associations de défense des droits de pères : « Je me casse, j'ai autre chose à faire, on se fait encore balader par des femmes ministres qui n'en n'ont rien à foutre des pères » ; « Les femmes qui nous gouvernent se foutent toujours de la gueule des papas. »
 
A retrouver sur ce sujet dans Terriennes : > Les associations de pères sont elles masculinistes ou paritaires ?
Sans oublier (comment pourrait-on ?) Anders Behring Breivik, l’auteur du massacre d'Utoeya en Norvège, en 2011. 77 personnes ont été assassinées par haine contre l'islam ou le multiculturalisme, mais aussi celle du féminisme et plus généralement des femmes. Dans les 1 500 pages de son manifeste intitulé « 2083, une déclaration d'indépendance européenne », le meurtrier reproche notamment à l'Europe de s'être laissée « féminiser ».