Fil d'Ariane
Dans une autre vie, Caterina Ciarcelluti était mannequin. A 44 ans, aujourd’hui, elle est l’égérie de la révolte qui gronde depuis des semaines au Venezuela, en proie à une grave crise politique, économique et sociale. Casque et masque à gaz sur la tête, Caterina Ciarcelluti se jette dans la mêlée et s’attaque aux forces de l’ordre à coup de pierres et de bombes lacrymogènes. Coach sportif de son état, entraînée comme une compétritrice de haut niveau, elle est, comme le souligne ce tweet avec ironie, en bien meilleur forme physique que les agents qu’elle affronte.
Ms Ciarcelluti, considerably better shape than most of the uniformed forces she faces. @thetimes #Caracas pic.twitter.com/5pov5NCM9r
— WomenBuzz (@WomenBuzz) May 7, 2017
Tandis qu’elle s’entraîne dans les hauteurs qui surplombent Caracas, en attendant le prochain affrontement avec la police, elle dit vouloir encourager les Venezuéliens à ne pas baisser les bras et à continuer la lutte : "Il faut continuer à motiver les adolescents, la nouvelle génération qui va bientôt déferler pour prendre le relais. Les gens sont de plus en plus nombreux à descendre dans la rue. Et cela, c’est bon pour nous. C’est ce que nous voulons." Et les jeunes la suivent si l'on en croit ses plus de 50 000 abonnés à son compte Instagram, où elle poste de nombreuses photos des manifestations.
Je veux montrer qu'on peut rayonner, ne pas baisser les bras
Caterina Ciarcelluti
Surnommée "Wonder woman", elle dit assumer son rôle de meneuse :
"Ce n’est qu'un surnom, mais il suggère un rôle de leader et révèle que les manifestants ont besoin d’une force motrice…. Une force qui ne renonce pas, qui continue à se battre, que l’on arrête pas. Je veux montrer qu'on peut rayonner, ne pas baisser les bras. "
Les manifestants demandent au président Nicolas Maduro de tenir des élections, de relâcher les prisonniers politiques et s’ouvrir un corridor humanitaire pour que l’aide internationale parvienne à la population qui lutte pour subvenir à ses besoins alimentaires et médicaux les plus élémentaires. Le président Maduro a sanctionné la plupart des leaders de l’opposition - Leopoldo Lopez est sous les barreaux, tandis que Henrique Capriles est interdit de vie politique pour quinze ans.
Au moins 39 personnes sont mortes dans les émeutes depuis début avril, dont des manifestants, des sympathisants du gouvernement et des forces de l’ordre. Des centaines de personnes ont été blessés et plus d’un millier ont été arrêtés.
Dans la crise les Venezueliennes jouent un rôle majeur depuis le samedi 6 mai 2017. Ce jour-là, qu'elles soient dans l'opposition au président ou qu'elles le soutiennent, les femmes montaient en première ligne. D'un côté, avec à leur tête des députées et d'autres responsables de l'opposition, des centaines de femmes vêtues de blanc ont défilaient jusqu'au siège du ministère de l'Intérieur et de la Justice, dans le centre de Caracas, afin de protester contre la mort de protestataires, abattus par les forces de l'ordre, et la dispersion violente à l'aide notamment de gaz lacrymogène de précédentes manifestations. En tenant tête à la police, même de très près.