Terriennes

Une femme au Louvre: Laurence des Cars à la tête du plus grand musée du monde

Laurence des Cars prendra la tête du Musée du Louvre en septembre 2021. Elle devient la première femme à diriger le musée le plus grand et le plus visité du monde depuis sa création en 1793.
Laurence des Cars prendra la tête du Musée du Louvre en septembre 2021. Elle devient la première femme à diriger le musée le plus grand et le plus visité du monde depuis sa création en 1793.
©FranckFerville / ministere de la Culture

Le plus grand musée de la planète passe entre les mains d'une femme, pour la première fois en 228 ans d'existence. Laurence des Cars a été nommée à la tête du Louvre. Cette historienne de l'art, spécialiste du XIXème et du début du XXème siècle était déjà la première femme à diriger le Musée d'Orsay. De plus en plus de femmes sont à la tête de prestigieuses institutions culturelles en France. De quoi alimenter l'espoir peut-être d'y voir aussi plus de femmes artistes. 

Laurence des Cars, 54 ans, sera la première femme à accéder à la tête du Musée du Louvre à Paris, depuis sa création en 1793, le plus grand musée du monde par sa taille et par le nombre de ses visiteurs, 9,6 millions  en 2019 (10,2 millions en 2018, et 2,7 millions seulement en 2020, pour cause de Covid). Elle succèdera à Jean-Luc Martinez à partir du 1er septembre, a indiqué l'Elysée, confirmant une information de France Inter.

"C'est un coup de fil de la ministre Roselyne Bachelot qui me l'a appris. Mon coeur a battu très fort. Et j'ai pu partager cette joie avec mes proches. (...) Je remercie la ministre de la Culture et le président de la République de l'honneur qu'ils me font, de la confiance qu'ils m'accordent", a déclaré Laurence des Cars sur France Inter

Cette historienne de l'art du XIXe siècle et du début du XXe siècle dirige depuis 2017 le Musée d'Orsay, et le Musée de l'Orangerie depuis 2014. Elle s'est fait connaitre notamment à travers le chantier "Orsay Grand ouvert" visant à agrandir la programmation et les espaces. Elle a mis l'accent sur la diversité, les questions de société, l'importance d'attirer les nouvelles générations. En 2019, l'exposition "le modèle noir" avait été particulièrement remarquée.

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De "L'origine du monde" à "La Joconde"

Fille du journaliste et écrivain Jean des Cars, petite-fille du romancier Guy des Cars, Laurence des Cars a suivi des études d’histoire de l’art à l’université Paris IV-Sorbonne et à l’Ecole du Louvre. Elle intègre l’Ecole nationale du patrimoine et prend son premier poste de conservatrice au Musée d’Orsay en 1994. Elle deviendra aussi commissaire de plusieurs expositions en collaboration avec des musées internationaux, comme le Metropolitan Museum of Art, la Royal Academy of Art de Londres ou le Musée Thyssen à Madrid. En juillet 2007, l'historienne est nommée directrice scientifique de l’agence France-Muséums, opérateur français chargé du développement du Louvre Abou Dhabi, puis promue dans le corps des conservateurs généraux du patrimoine en 2011.

"Dans un monde qui peut chahuter, rejeter le musée (...) Je veux m'adresser aux visiteurs de tous les âges et de toutes les origines socioculturelles ", déclarait-elle lors d'un entretien à l'AFP début avril. Elle y évoquait déjà sa vision d’un musée dont la programmation serait ancrée "au sein des grands enjeux de société, en attirant ainsi les nouvelles générations".

Un projet qu'elle pourra mettre en oeuvre à la tête du Louvre comme elle l'a confirmé à l'annonce de sa nomination :"Le Louvre a beaucoup de choses à dire à la jeunesse, elle sera au cœur de mes préoccupations en temps que présidente". A cet effet, elle n'écarte pas l'idée d'aménager les horaires d'ouverture du musée qui pourrait "être ouvert un peu plus tard dans la journée, si vous voulez que les jeunes actifs viennent".

Oeuvre emblématique s'il en est du musée du Louvre, pas question pour autant de faire voyager La Joconde, comme certain.e.s l'avaient proposé par le passé: "Non, c'est une œuvre très fragile", répond Laurence des Cars. "C'est un des bonheurs aussi des grands musées du monde que d'aller voir certaines œuvres dont on sait qu'elles ne bougeront pas".

Des oeuvres et des femmes

Parmi ses oeuvres préférées, "L'Origine du monde" de Gustave Courbet, un incontournable du Musée d'Orsay ... "C'est un souvenir que j'ai gardé lorsque j'étais toute jeune conservatrice il y a fort longtemps, j'avais eu à suivre la dation qui avait fait rentrer 'L'Origine du monde' dans les collections nationales, et c'était un dossier fabuleux à suivre. C'est un tableau icônique bien-sûr du Musée d'Orsay (...) et qui peut être présenté sans aucune forme de censure", se souvient Laurence des Cars dans une interview sur France Inter en juin 2020.

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En 2019, le New York Times publiait un article intitulé "Faut-il encore exposer Gauguin ?" à l'occasion de l'exposition Gauguin à la National Gallery à Londres. Interrogée sur cette polémique, "un artiste qu'on regarde différemment aujourd'hui parce qu'il a eu des relations sexuelles avec de très jeunes filles et même des petites filles à Tahiti, et qui reste l'un des plus grands artistes français", comme le précise le journaliste, Laurence des Cars répondait: "Evidemment le comportement de Gauguin est à bien des égards totalement condamnable. Il serait d'ailleurs condamné dans un monde normal et moderne, il n'y a aucune ambiguité là-dessus. Mais il y a son oeuvre, et c'est toujours le débat entre l'oeuvre et l'artiste. Son oeuvre est profonde et d'une grande modernité. (...) Notre mission est d'accompagner l'oeuvre de Gauguin, il n'est pas question de le censurer mais de bien l'expliquer, et d'expliquer le contexte".  

De plus en plus de femmes, et du côté des artistes ?

La France compte de plus en plus de femmes à la tête de ses institutions culturelles. Laurence des Cars rejoint Catherine Chevillot qui a été reconduite en 2018 à la tête du Musée Rodin, Anne-Solène Rolland à la tête du service des Musées de France, Alice Gandin qui dirige depuis août les quatre musées du Mans, ou encore Chiara Parisi à la tête du Centre Pompidou-Metz, Emma Lavigne au Palais de Tokyo, et Camille Morineau à la Monnaie de Paris. Une évolution dont se réjouit cette dernière. "Un mouvement s’opère clairement avec ces nominations à des postes clés d'établissement public", déclarait sur Challenge.fr, Camille Morineau, fondatrice et présidente de l'association Aware - Archives of Women Artists Research & Exhibitions - qui oeuvre à replacer les artistes femmes du XXe siècle dans l'histoire de l'art. 

"Fort heureusement, les choses bougent, et nous assistons à une féminisation croissante des postes de direction des musées, ce qui n’est que justice au regard du nombre de femmes engagées dans les métiers de la conservation. La tendance est aujourd’hui largement internationale, et quelques femmes dirigent aujourd’hui la Tate, à Londres la National Gallery de Washington ou les musées du Vatican, à Rome, mais nous ne sommes pas si nombreuses, et il faut encore et toujours encourager toutes celles qui hésitent à franchir le pas d’une candidature à un poste de responsabilité", estime Laurence des Cars, sur le site du ministère de la Culture, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars.

Et les artistes femmes dans tout ça ? "En 2018, l'exposition Berthe Morisot mettait en avant cette grande peintre mais aussi les collectionneuses, mécènes, les femmes critiques d'art. C'est une question essentielle. -déclarait Laurence des Cars en juin 2020 - Mais les collections du Musée d'Orsay reflètent aussi une réalité. C'est qu'il y avait peu de femmes artistes au XIXème siècle, ou en tout cas reconnues par le système officiel. L'accès aux Beaux-arts par exemple a été extrêmement tardif pour les femmes. C'est donc une question qui me tient évidemment à coeur". 
 

Alors à la question faut-il des femmes pour mettre en lumière les artistes femmes ? La réponse est oui car beaucoup reste à faire. Selon le classement Artindex de 2020, à peine plus d'une vingtaine de femmes comptaient parmi les cent artistes les plus visibles dans le monde, contre 19 en 2018. A ce rythme là ...