Terriennes

Une grève de l'IVG ? Les gynécologues français dans la tourmente

Manifestation à Paris le 1er février 2014 pour défendre le droit à l'avortement.
Manifestation à Paris le 1er février 2014 pour défendre le droit à l'avortement.
©AP Photo/Michel Euler

Tout a commencé par un mail interne, devenu public, émanant du Syngof, le principal syndicat des gynécologues français. En une vingtaine de lignes, il appelait les praticiens à faire la grève de l'IVG. Une levée de bouclier massive saluait cette annonce et, trois semaines plus tard, le Conseil de l'ordre des médecins saisit sa juridiction interne contre les trois responsables du Syngof.

Le droit à l'avortement est-il menacé à son tour en France, comme il l'est de plus en plus en Europe et dans le monde ? Cette menace viendrait-elle de ceux-là mêmes qui sont au coeur du système médical pratiquant l'interruption de grossesse, les gynécologues...

On pouvait se poser la question à la lecture de cette note interne, qui n'aurait pas dû devenir publique, apparemment, mais qui, depuis qu'elle est connue de tou. te.s suscite colère et condamnation de la part de plusieurs ministres et collectifs de défense des droits des femmes.
 

"Dans la situation très dangereuse qui est la nôtre, nous devons faire scandale et être prêts à arrêter la pratique des IVG pour nous faire entendre", est-il écrit dans ce mail. Un courriel signé de Jean Marty, ancien président du Syngof. Sur le site de La Voix du Nord, on lit que le service communication du syndicat assure que ce texte "n’avait pas vocation à être diffusé".

Qui est le Syngof ?

Ce syndicat rassemble près de 1 600 adhérents. Et comme le souligne dans son tweet l'organisation Osez le féminisme, ce syndicat est désormais dirigé par le doctuerde Rochambeau, qui à plusieurs reprises s'est distingué dans les médias pour ses positions contre l'avortement, le qualifiant d’homicide à la télévision. Jean Marty, l'ex-président, défend publiquement le « point du mari ». Élisabeth Paganelli, secrétaire générale, déclare ne pas donner d’arrêt de travail à une femme qui vient d'avorter.

Que réclame ce syndicat ? Une augmentation du plafond du fonds de garantie des dommages consécutifs à des Actes de Prévention pour la période allant de 2002 à 2012. Ce fonds supplémentaire permettrait de compenser les pertes d'une quinzaine de gynécologues condamnés à de lourdes indemnisations pour faute professionnelle. 

Selon nos consoeurs du magazine Causette, à qui une lectrice a transféré le mail, l'ancien président de ce syndicat, Jean Marty, estime que cette mesure permettrait de protéger ces praticiens "dont les familles risquent d’être ruinées parce qu’ils doivent des sommes de plusieurs millions d’euros aux victimes". A la question : allez-vous mettre vos menaces à exécution ? Le principal intéressé répond : "Nous espérons que la ministre va nous recevoir et qu’aucune femme n’aura à subir les conséquences de cette décision". Le 13 mars, l'Ordre des Médecins publiait ce communiqué, très clair,  qualifiant de non déontologique l'appel à ne pas pratiquer d'IVG.

 

Le 18 marsplusieurs féministes  envahissaient les locaux du Conseil national de l’ordre des médecins pour que soient sanctionné.es les responsables du Syngof. Début avril, les militantes affichaient sur ses murs des portraits de Simone Veil, exigeant au moins une interdiction temporaire d’exercer pour les responsables du Syngof. Après avoir feint de ne pas être habilité à s'auto-saisir du cas du Syngof, mensonge démenti par l’article R4126-1 du Code de la santé publique, le Conseil National de l’Ordre des Médecins a décidé de statuer sur des sanctions à prendre contre trois pontes du Syngof.

Condamnation des ministres

Sachant que l'article du Code de la Santé publique permet aussi à la ministre de la Santé d'engager une action disciplinaire contre des médecins, une lettre ouverte collective est adressé dans Libération à Agnès Buzyn afin qu'elle saisisse la chambre disciplinaire de première instance de l’ordre des médecins, qu'elle supprime la clause de conscience relative à l'avortement et qu'elle autorise les sages-femmes à pratiquer l’avortement instrumental comme le préconise l’Organisation mondiale de la santé.

La ministre avait déjà commenté ces menaces qui vont à  "l'encontre du respect inconditionnel du droit à l'IVG garanti dans notre pays" ; elle regrettait alors "l'image faussée" des gynécologues qui pourrait en découler. 
 

Quant à la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, qui, justement, s'exprimait ce 13 mars devant les Nations unies sur l'IVG et les droits sexuels et reproductifs à l'occasion de l’événement #SheDecides,  elle entamait son allocution en évoquant cette menace du Syngof. 
 
 

Pour rappel, dans un article du Monde, Jean Marty, lorsqu’il était encore président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens, avait scandalisé des militantes des droits des femmes en tentant de relativiser la pratique dite du "point du mari", un acte consistant, lors de l’accouchement, à recoudre le périnée d’un point de suture supplémentaire.
 

"Nous ne sommes pas là pour retirer des vies", avait déclaré pour sa part l'actuel président du Syngof, le Dr de Rochambeau dans l'émission Quotidien, sur TF1 en septembre 2018, suscitant un vif tollé dans le milieu médical ainsi qu'auprès des organisations féministes.

Le dimanche 20 janvier 2019, plusieurs milliers de manifestant.e.s anti-avortement ont défilé dans Paris, dans le contexte des gilets jaunes, une partie d'entre-eux avaient revêtu pour l'occasion des blousons ou cirés jaunes.