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"Upskirting": quand les hommes ne pourront plus regarder sous les jupes des femmes, à leur insu

Regarder sous les robes et jupes des femmes à leur insu, dans la rue, via un miroir, son téléphone ou une mini-caméra pourrait devenir un délit spécifique en France.
Regarder sous les robes et jupes des femmes à leur insu, dans la rue, via un miroir, son téléphone ou une mini-caméra pourrait devenir un délit spécifique en France.
©captureTwitter

Regarder, photographier ou filmer les sous-vêtements d'une femme sans qu'elle le sache porte désormais un nom : le "Upskirting". Traduisez : sous les jupes. Avec des téléphones portables tous munis de caméra, ce phénomène particulièrement répandu dans les transports en commun, a explosé. De nombreuses femmes le dénoncent via les réseaux sociaux. Un délit puni par la loi ou pas selon les pays.

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"J'aime regarder les filles marcher sur la plage", répète en boucle un certain Patrick Coutin dans ce tube des années 1980.

Ici, le problème, ce sont ces hommes qui regardent les filles, sous leurs jupes, sans leur demander la permission... dans la rue, le bus, le métro, ou depuis le bas des escalators. Cela porte désormais un nom : le "Upskirting". Un phénomène qui a pris de plus en plus d'ampleur au cours de ces dernières années, au gré des progrès technologiques et surtout grâce, ou plutôt à cause des caméras intégrées de plus en plus perfectionnées dans les téléphones mobiles.

Sur les réseaux sociaux, et Twitter en particulier, les femmes qui en ont fait les frais sont nombreuses à témoigner.

Un article du Parisien cite le cas de Marion, 29 ans. « J’étais dans le métro, sur une place assise dans le carré. Il était assis en face de moi et j’ai vu qu’il essayait de filmer sous ma jupe en avançant son téléphone portable. J’ai haussé la voix en lui disant d’arrêter. Ce qu’il a fait… en rouspétant et en restant tranquillement assis. »

Un nouveau délit, vraiment ?

En France, il semble y avoir un certaine faiblesse juridique pour punir cet acte. L'upskirting n'est pas considéré comme une agression sexuelle car il n'y a pas de contact, ni comme une atteinte à la vie privée, car cela a lieu dans des endroits publics. Néammoins, le fait d’utiliser son téléphone ou une perche à selfie pour photographier sous la jupe d’une femme peut représenter un délit puni par la loi. Selon le Code pénal, le fait d'enregistrer des paroles ou des images à l'insu d'une personne est passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, la peine va jusqu'à deux ans de prison et 60 000 euros d'amende si ces enregistrements sont à caractère sexuel.

Le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles porté par le secrétariat à l'égalité femme-homme veut faire de l'upskirting un délit spécifique grâce à modification du Code pénal.
L’un des apports de ce texte réside dans l’article 4 bis A, qui ajoute un nouvel article à la suite du 226-3 du Code pénal :

« Art. 226-3-1. – Le fait d’user de tout moyen afin d’apercevoir les parties intimes d’une personne que celle-ci, du fait de son habillement ou de sa présence dans un lieu clos, a caché à la vue des tiers, lorsqu’il est commis à l’insu ou sans le consentement de la personne est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. »

La nuance comme le précise le cabinet de la ministre, interrogé par le site Mademoizelle, consiste dans le fait que « ce nouveau délit peut s’appliquer à celui qui regarde sans enregistrer, par exemple en utilisant un miroir, ou en faisant un trou dans une cabine d’essayage. »

Sous les jupes dans le monde

En Belgique, cette pratique est aussi déjà punie par la loi. "Nous avons fait une enquête sur les cas de sexisme en rue. Elle a montré que le problème des photos prises sous les vêtements des femmes existait aussi en Belgique. Il y a deux situations dans lesquelles cela arrive. Dans les transports en commun, le tram, le bus ou le métro... les femmes sont souvent dans une position d’attente, debout, et c’est là que l’agression a lieu. L’autre situation dénoncée a lieu dans les salles de sport, lorsque la femme se dénude pour revêtir son vêtement de sport. C'est donc particulièrement violent et interpellant", explique Lætitia Genin, coordinatrice chez Vie féminine, sur le site de la RTBF.
 

La loi sur le sexisme dans l’espace public, votée en 2014, puni ce genre de comportements jusqu'à un an de prison. Depuis l’existence de cette loi, plusieurs plaintes ont déjà été enregistrées.

"Depuis 2016, nous enregistrons une vingtaine de plaintes chaque année pour ces faits de voyeurisme qui entre dans le cadre de la loi, déclare Olivier Slosse, porte-parole de la zone de police Bruxelles-Ixelles. C’est important que les victimes portent plainte. Pour elle, cela objective le fait qu’elles sont bien victimes d’un acte illégal et c’est aussi important pour nous, parce qu’il y a sous enregistrement de ces faits ; et cela permet aussi d’attirer notre attention sur cela, sur le terrain."

Pour Lætitia Genin de Vie féminine, si la loi est positive, il n’est pas si facile de dénoncer ces cas d’agression : "Le problème majeur, ce sont les conditions pour déposer plainte. Et notamment le fait qu’il faut une preuve de l’agression, ce qui n’est pas toujours simple. Mais ce n’est pas impossible, un témoin des faits constitue déjà une preuve. C’est donc essentiel que les femmes portent plainte car c’est bien une agression sexuelle."

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©RTBF

En Angleterre, un projet de loi prévoit de punir de deux ans de prison une personne qui prend une photo sous la jupe d’une femme sans son consentement. Levée de boucliers chez certains députés conservateurs. L'un d'eux s’est opposé à la proposition de loi reportant ainsi son vote.

A l'origine du débat, une jeune fille, Gina Martin. Elle a raconté son expérience dans les médias. Photographiée à son insu, lors d’un festival, elle a voulu déposer plainte, mais elle s’est rendu compte que cette agression n’entrait dans aucun cadre juridique.

En 2017, une affaire similaire avait lancé le débat au Grand-Duché de Luxembourg, où un homme sévissait depuis plusieurs années dans les transports en commun. L’affaire a été classée sans suite, la justice luxembourgeoise estimant que cela ne relève pas "de l’attentat à la pudeur, de l’outrage au bonne mœurs ou d’atteintes a la vie privée." La loi sur la vie privée condamne une personne qui en observe une autre se trouvant dans un lieu non accessible au public… donc pas les transports en commun, comme c’était le cas ici. Certain.e.s s'étaient alors élevés contre cette interprétation stricte de la loi .

En Russie, en octobre 2017, une jeune femme avait posté cette vidéo sur les réseaux sociaux, pour dénoncer ces agressions, en soulevant symboliquement sa jupe.

Sur RTL.fr, on apprend que fin juin 2018, un habitant du Wisconsin (États-Unis), âgé de 32 ans s'est rendu à la police. Il avait mis en place un système pour filmer sous les jupes des femmes, en accrochant une caméra à sa chaussure. Seulement voilà, alors qu'il la testait chez lui, la batterie de l'appareil a explosé, lui brûlant le pied. Se confiant à son pasteur, c'est ce dernier qui lui aurait conseillé d'aller se dénoncer. Il a finalement été relâché puisqu'il n'avait pas encore pu commettre ses méfaits. Ailleurs dans le pays, comme on le voit plus haut à Boston, des individus sont régulièrement interpellés pour ce délit.

(Un homme accusé de upskirting arrêté à Boston)

En Corée du sud, une manifestation a rassemblé 22 000 personnes en juin 2018, dénonçant la vente de "molka", caméra d'espionnage utilisée pour filmer les femmes à leur insu. Une pétition a recueilli plus de 200 000 signatures pour demander une application plus stricte de la loi.

Photo prise en Corée du sud.
Photo prise en Corée du sud.
©C.HICK/RTBF

Entre érotisme et pornographie

Le « upskirting » trouve son origine dans une forme d’érotisme, voire de pornographie baptisée le « upskirt » (« sous la jupe », en argot anglais) qui existe depuis qu'est apparue la minijupe.

Un "angle" de représentation de la femme, voire de la très jeune fille, très commun dans la littérature manga. Dans ces bande-dessinées asiatiques, il est assez courant d'y retrouver des écolières très courtement vêtues, et laissant apercevoir leur culotte. Comme le relève, avec regret, Mymy du site Madmoizelle.com.

Planche extraite d'une bd manga <em>GTO</em>.
Planche extraite d'une bd manga GTO.
©captureecran/Madmoizelle

"J’étais FAN de ce mec. Pourtant, le tome 1 commence… comme ça. (...) Oui, c’est bien notre héros posé au pied d’un escalator, occupé à mater les culottes de lycéennes sous leurs jupes GÊNANT EN 2018", dit-elle en citant son héros préféré, Onizuka, un prof aux allures de voyou...
Qu'on l'appelle "Upskirter", ou voyeur, il reste un agresseur ...