Terriennes

Vendée Globe : 6 femmes dans le vent

La navigatrice Dee Caffari aux Sables d'Olonne en 2008. Première femme à réussir le tour du monde en solitaire à la voile dans les deux sens, elle termine sixième du Vendée Globe 2008-2009.
La navigatrice Dee Caffari aux Sables d'Olonne en 2008. Première femme à réussir le tour du monde en solitaire à la voile dans les deux sens, elle termine sixième du Vendée Globe 2008-2009.
©AP Photo/Jacques Brinon
La navigatrice Dee Caffari aux Sables d'Olonne en 2008. Première femme à réussir le tour du monde en solitaire à la voile dans les deux sens, elle termine sixième du Vendée Globe 2008-2009.
Les six participantes à l'édition 2020 du Vendee Globe.

Absentes de la dernière édition, les navigatrices font leur retour sur le Vendée Globe et elles n'ont jamais été aussi nombreuses à participer. Ce sont six femmes qui, ce 8 novembre, aux Sables d'Olonne, ont pris le départ de la seule course à la voile autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. 

Depuis la création du Vendée Globe, en 1989, sept femmes seulement ont pris le départ, dont six l'ont terminée. Sachant qu'il y a environ 50 % d’abandon dans la course autour du monde, statistiquement, les femmes, réussissent mieux à boucler le parcours que les hommes. Les six navigatrices qui s'engagent dans l'aventure ce dimanche aux Sables d'Olonne partent donc plutôt sous de bons augures. Pour cinq d'entre elles, cette 9e édition de la course autour du monde en solitaire est une première tentative.
Six femmes sur 33 participants. C'est à la fois peu et beaucoup si l'on considère qu'elles sont presque aussi nombreuses à prendre le départ en 2020 que de participantes à la course depuis qu'elle existe. Pour le skipper Paul Meilhat, vainqueur de la Route du Rhum 2018 et membre de la team de Samantha Davies pour ce Vendée Globe, il n'y a rien d'étonnant à voir des femmes dans la compétition : "Aujourd'hui, c'est normal de voir des femmes en course au large. Ce n'est pas extraordinaire de faire le Vendée Globe parce qu'on est une femme, c'est juste extraordinaire de faire le Vendée Globe. Il faut les regarder comme des marins et ne pas s'arrêter sur le fait que ce sont des femmes".
 


Alexia Barrier
1re participation - 40 ans

La Méditerranéenne Alexia Barrier a longtemps été professeure de voile et skipper sur des yachts de milliardaires. Après une 15e place sur la Route du Rhum 2018, elle se lance dans ce Vendée Globe en mettant en lumière l'association qu'elle a créée il y a dix ans pour la préservation des océans, et ce malgré les difficultés financières, puisque son budget n'est pas complètement bouclé. Elle navigue sur le plus vieux bateau de la flotte, mais qui a fait ses preuves, puisqu'il date de 1998. 

Clarisse Crémer
1re participation - 30 ans

Elle est la benjamine de la flotte féminine. Elle a découvert l'Imoca, son monocoque de 18 mètres dédié au Vendée Globe, après avoir été sollicitée par Banque Populaire pour participer à la course. Longtemps parisienne, elle a rejoint la Bretagne en 2013 pour se lancer dans un projet mini-transat sur un bateau de 6,50 m. Elle s'est aguerrie pour ce Vendée Globe sur un voilier datant de 2010 aux côtés d'Armel Le Cléac'h, dernier vainqueur de la course autour du monde.
Samantha Davies  

3e participation - 46 ans

La navigatrice anglaise est partie en 1998 pour son premier tour du monde. Depuis, elle a coché toutes les cases de la course au large et s'est offert une 4e place pour son premier Vendée Globe en 2008/2009. Elle n'aura navigué que cinq jours lors de l'édition suivante en raison d'un démâtage. Pour cette course 2020, la navigatrice, rescapée d’une collision avec un Ofni, a décidé de jeter l'éponge le 5 décembre. Au Cap, en Afrique du Sud, la skippeuse répare son imoca pour terminer son tour du monde. 

Samantha Davies en 2012. 
Samantha Davies en 2012. 
©AP Photo/ Jacques Brinon

Maman d'un garçon de 9 ans, elle est en rivalité sur la 9e édition avec son compagnon Romain Attanasio et reste l'une des sérieuses prétendantes au podium. Elle navigue sur un bateau datant de 2010 et porte un projet avec Mécénat Chirurgie Cardiaque, qui permet à des enfants défavorisés de venir se faire opérer en France.  

Pip Hare
1re participation - 46 ans

Voilà 11 ans que la navigatrice anglaise prépare son projet Vendée Globe. Skipper professionnel, notamment sur des bateaux de croisière, elle a beaucoup navigué en mode course sur des petits monocoques de 12 mètres, les Class 40. Elle a décroché un sponsor-titre tardivement et se présente avec un tout petit budget. Elle a acquis un bateau né en 1999 pour réaliser son rêve et se projette déjà sur 2024.

Miranda Merron
1re participation - 51 ans

Miranda Merron en 2014 
Miranda Merron en 2014 
©Wikimedia Commons

Anglaise, Miranda Merron s'est installée de l'autre côté de la Manche il y a plus de 20 ans, en Normandie, où elle vit une partie de l'année avec son compagnon, le navigateur français Halvard Mabire, qui l'accompagne dans son projet Vendée Globe, avec un bateau de presque 15 ans d'âge.

Publicitaire, elle a choisi de revenir à la course au large. En 1998, elle était du premier équipage entièrement féminin parti en quête du trophée Jules Verne, sous la houlette de Tracy Edwards, avec notamment Samantha Davies. Sans doute la navigatrice qui compte le plus de milles en course au compteur, elle ne recense plus les courses océaniques auxquelles elle a participé.

Isabelle Joschke
1re participation - 43 ans

Française par sa mère et Allemande par son père, Isabelle Joschke a grandi à Munich, loin de la mer. Diplômée en lettres classiques, elle est aujourd'hui basée à Lorient. Depuis le milieu des années 2000, elle monte tous les échelons de la course au large, de l'optimist à l'imoca, en passant par la mini-transat et la Solitaire du Figaro. Très vite elle n'a plus qu'un objectif en tête : le tour du monde. Aux Sables ce dimanche, elle s'élance à bord d'un bateau de 2007, auquel ont été ajouté des foils pour aller plus vite. Elle est conseillée par Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe en 1992/1993. 

Isabelle Joschke le sait : elle est un petit gabarit. A bord, elle a tout prévu pour parer à l'épuisement de ses forces, dont un vélo couché pour hisser plus facilement les voiles, parce que "les jambes peuvent produire 30% d’énergie en plus par rapport aux bras", confie-t-elle à nos confrères de France Inter, et une nutrition soignée, avec des provisions suffisantes pour aussi se faire plaisir.

Après deux mois en mer, alors qu'elle se trouve 11ème au classement, la navigatrice déclare forfait à la suite de plusieurs avaries :

Engagée pour la mixité dans le sport, en particulier sur l'eau, Isabelle Joschke veut encourager les filles à se lancer dans cette aventure qui est "immense mais loin d’être inaccessible.... dans ce domaine, il y a encore un petit truc à faire bouger pour se dire que tout est vraiment possible dans la tête des hommes et des femmes," confie-t-elle au micro de France Inter. Isabelle Joschke veut éduquer les jeunes filles à se lancer dans la compétition et à oser entreprendre des métiers physiques et à risques. "Le physique, c'est une barrière mentale qu'on se met à nous-mêmes, disait-elle lors d'un entretien sur LCI. Il faut leur apprendre que les sports masculins uniquement n'existent pas. Le foot n'est pas un sport de mecs, la voile non plus."

Ce que peuvent les femmes

Dans un livre destiné à témoigner de ce que les femmes peuvent faire et faire naître des vocations, les six concurrentes du Vendée Globe 2020 racontent aux jeunes comment est née la leur :