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Violences conjugales en France : la crainte d'un effet décompensation post-confinement

En Allemagne, un dispositif a été mis en place pendant le confinement, comme en France et en Espagne, aux caisses des supermarchés pour permettre aux femmes victimes de violences de se signaler et d'obtenir de l'aide.
En Allemagne, un dispositif a été mis en place pendant le confinement, comme en France et en Espagne, aux caisses des supermarchés pour permettre aux femmes victimes de violences de se signaler et d'obtenir de l'aide.
©AP Photo/Michael Sohn

En France, les violences conjugales ont augmenté d'au moins 36% pendant la période de confinement, selon un première estimation officielle. Pour Marlène Schiappa, les mesures mises en place dans les pharmacies et les supermarchés ont permis de porter secours à de nombreuses femmes. La secrétaire d'Etat tient à saluer la mise en place d'un numéro d'appel destiné aux hommes sur le point de passer à l'acte. Près de 200 auraient appelé ce numéro. 

"Plus de plaintes mais moins de féminicides", voilà le premier constat que dresse Marlène Schiappa de ces deux mois de confinement en France. Invitée de la matinale de France Inter, la secrétaire d'Etat à l'égalite femmes-hommes affirme qu'"Il y a eu 5 fois plus de signalements sur la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr, 36% de plaintes en plus."

Plusieurs enquêtes et des associations d'aide aux femmes victimes de violence ont ces dernières semaines jugé insuffisantes et inefficaces les mesures prises par le gouvernement pendant le confinement. Pour la secrétaire d'Etat, "Près de 500 personnes sont passées pour un signalement dans les supermarchés. On peut considérer que ce n’est pas beaucoup mais c’est ça de positif, et les signalements dans les pharmacies ont donné lieu à des gardes à vues, et à des protections de femmes."

Le confinement a permis, selon elle de mettre en place de nouveaux processus et de trouver plus rapidement des appartements pour reloger les hommes violents dès qu'une décision d'éviction était prononcée par un juge, ce qui prend habituellement 48H minimum. "On a voulu s’adresser au conjoint violent et le sortir de son domicile. En moyenne, il a fallu trois heures pour trouver un logement pour le conjoint violent ", explique la ministre.

Autre avancée soulignée par Marlène Schiappa, cette ligne de téléphone destinée aux hommes "qui se sentent avoir des accès de colère, de violence, et qui souhaitaient un  accompagnement psychologique." "À 200 reprises, un homme a téléphoné à cette ligne, en disant “le confinement est un problème pour moi et je ne veux pas passer à l’acte", et des psychologues ont procuré un accompagnement qui a évité le passage à l’acte. Bien sûr que tous les hommes ne vont pas appeler, mais certains veulent être pris en charge.", répond-elle face aux critiques que la création de ce centre d'appel a suscité chez certaines associations de défense des femmes victimes de violence. 
 

Et maintenant ? 

Les militantes féministes se mobilisent depuis le 11 mai, date du déconfinement, pour mettre les autorités en alerte face à un risque de recrudescence de violences domestiques et de harcèlement sexuel de rue, notamment dans les transports publics. Marlène Schiappa reconnait qu'il existe une "vraie crainte" de "décompensation".
Un nouveau plan de lutte contre le harcèlement de rue sera annoncé au début de la semaine prochaine, a-t-elle annoncé. 

Inspiré par les dispositifs déjà existant dans d'autres pays, la France va mettre en place un système d'alerte et de mise en sécurité connu sous le nom de code "Demandez Angela". Il s'agit d'instaurer des lieux sûrs où des femmes menacées dans la rue, suivies par un homme dangereux, pourront se signaler en disant cette formule à des personnes formées pour les accueillir et pouvoir les mettre à l'abri. 

Concernant les transports, Marlène Schiappa compte généraliser avec l'appui du ministre des transports, le principe des "arrêts de bus à la demande, soirée et la  nuit". La ministre souhaite aussi qu'un module de lutte contre les violences sexuelles et sexistes soit désormais inséré dans l'examen pour devenir chauffeur VTC.

Moins de féminicides, plus de violences

Moins de féminicides pendant le confinement, mais plus de violences ? "Je mets beaucoup de guillemets, avec pour l'instant en moyenne, 1 tous les 4,2 ou 4, 4 jours pendant le confinement, au lieu de 1 tous les 3 jours ou 2,5 jours. Toutes les portes ne se sont pas encore ouvertes et je suis prudente sur les situations dramatiques que l’on pourrait découvrir.", reconnait Marlène Schiappa sur France Inter. 

Ce mardi 19 mai, la police de Nantes a interpellé chez lui un homme de 49 ans, en état d'ébriété. Il a été mis en examen pour le meurtre de sa compagne. Le cadavre de la victime a été retrouvé enroulé dans une couverture, sous la table de la terrasse de son appartement. C'est un ami de la victime qui a donné l'alerte aux autorités, car il était sans nouvelles d'elle depuis quatre mois, malgré des dizaines d'appels. 

Si ce féminicide est avéré, il s'agirait du 34e féminicide en France depuis le début de l'année 2020, selon le décompte du collectif Féminicides par compagnons ou ex.