Terriennes

Violences faites aux femmes handicapées : un angle mort du combat féministe

Table ronde au sénat sur les violences faites aux femmes handicapées
Table ronde au sénat sur les violences faites aux femmes handicapées
(c) Senat-video

La parole des femmes victimes de violences se libère. Qu'en est-il pour celles en situation de handicap ? Des femmes particulièrement exposées et d'autant plus vulnérables en raison souvent de leur dépendance vis à vis d'adultes de leur entourage ou d'institutions spécialisées. Pour tenter de sensibiliser autour de ce sujet encore tabou, une table ronde était organisée début décembre 2018 au Sénat français.

Peut-on considérer le handicap comme un puissant levier de transformation des organismes dans la société? C’est en tout cas l’objectif qui a été fixé jeudi 6 décembre  lors du dernier plan interministériel comprenant un axe dédié au repérage et à la prise en charge des femmes handicapées victimes de violences. Pour Ernestine Ronai, co-présidente de la commission “violence de genre“  du Conseil à l’égalité femme-homme en France, l’utilisation des bons mots a toute son importance. Selon elle, il y a une tolérance vis-à-vis de la maltraitance des femmes handicapées.

Pour les femmes victimes de violences, on dit femmes victimes de violences, pour les femmes handicapées on a le mot maltraitance !
Ernestine Ronai du Conseil à l’égalité femme-homme

"Le 3977 parle de maltraitance et pas de violences. Je trouve important que le vocabulaire dit les choses clairement. On peut aussi parler de maltraitance et violences", affirme la co présidente.
(c) Senat-video

Un déficit de statistiques genrées

Trouver des statistiques précises faites par des centres de recherches sur les violences envers les femmes handicapées est la principale difficulté que rencontre la société civile francaise. "Les statistiques que nous avons, sont internationales, on n’a pas de statistiques françaises.” ajoute Ernestine Ronai .

Cependant il est possible de trouver certains chiffres auprès de certains organismes. Par exemple le 114 (numéro d’urgence pour les  femmes sourdes et malentendantes) on enregistre sur 4166 appels, 1658 appels sur situations d’urgences et 179 appels pour des situations de violences. Dans la moitié des cas, l’appel est en lien avec les violences conjugales. Dans 14 % des cas il s’agit de l’ex conjoint,  18 % par des inconnus, 14 %  par  des enfants et 9 % des  parents. Dans 49 % des cas c'était pour coups et blessures. Autre centre d’appel, le 3919 (violence conjugales infos) a reçu 18.613 appels. Sur 115 femmes qui ont appelé, plus d’un tiers avait entre 40 et 49 ans et 57 femmes déclarent que le handicap était une cause des violences conjugales qu'elles subissaient .

 

Retrouvez aussi notre reportage Terriennes :
>Femmes handicapées : solitude, humiliations... et raz-le-bol

Un besoin de formation

Comment sont accueillies et traitées les plaintes de femmes handicapées victimes de violences par les policiers ? Pour un défenseur des droits comme Jacques Toubon, participant à cette table-ronde, les forces de l'ordre sont les premièrs contacts des  femmes victimes handicapées : " Il faut absolument former les gendarmes et  policiers car, ce sont eux les 1ers contacts. Quand il y a des chiffres il n’y a  pas de mise en action dans les commissariats ce qui peut ralentir les recherches".
 

Les personnes handicapées doivent ne pas être seulement concernées que lorsqu'on parle de handicap.
Pascale Ribes vice-pdte de l’association des paralysés de France
"Nous voulons donner un avis sur toutes les lois et textes, sur les problèmes de droit à la santé, l'accompagnement à la maternité, agir et redonner à ces femmes le pouvoir d’agir. La double discrimination (être femme et handicapée) n’est pas assez prise en compte dans les associations de prise en charge de femmes handicapées", poursuit Pascale Ribes.
 
Brigitte Bricout, présidente "Femmes pour le dire, Femmes pour agir"
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(c)BintouTraore/TV5monde/Terriennes

Brigitte Bricout, présidente de l’association "Femmes pour le dire, femmes pour agir" à elle, été rattrapée par les séquelles d’une poliomyélite pendant l’enfance et a vu ses activités professionnelles se ralentir: “Cette journée était importante. Les violences qui reviennent le plus sont  les violences sexuelles, sexistes et médicamenteuses c’est à dire l’accompagnant ou personnel soignant donne des doses plus importantes ou moins importantes qu’il ne faudrait. Il y a les violences familiales, dites psychologiques qui sont les plus nombreuses avant les violences physiques sauf que les victimes ne disent plus qu’elles sont violentées et mettent un certain temps pour le comprendre.  Elles ne doivent plus être dans l’ombre ”.

Des outils pour le dire

Roland Courteau, sénateur de l'Aude (PS), Chantal Deseyne, sénatrice d'Eure-et-Loir (LR), Françoise Laborde, Haute-Garonne (RDSE) et Dominique Vérien, Yonne (UC) sont tenus de rédiger le rapport qui devrait être publié à la fin du premier semestre 2019. Parmi les solutions proposées, il y a  la sensibilisation des médias, l'élaboration de  kits de formation, élaborés par la MIPROF (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences) composés d'un court-métrage, un livret d'accompagnement et de fiches spécifiques à certaines professions. Sans oublier de renforcer la coordination entre l'Etat et les associations, favoriser l'éducation sexuelle et affective dans les établissements médico-sociaux, signer une convention entre les deux numéros d'écoute 3919 (violence femmes info) et 3977 (contre la maltraitance des personnes âgées et handicapées).

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(c)BintouTraore/Terriennes/TV5monde

Au sortir de la table ronde Pascale Laborde Sénatrice Haute-Garonne nous confie : “C’est important d’avoir des colloques qui ouvrent l’éventail et permettent de voir l’étendue du problème.Nous votons les lois et essayons le plus possible d’amender et diminuer la discrimination pour améliorer la vie des femmes handicapées”  

Dans le monde, 35 % des femmes et des filles sont exposées à des violences physiques, émotionnelles ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou d’une autre personne. Ces violences constituent une violation majeure de leurs droits. Les femmes et les filles handicapées sont près de dix fois plus exposées aux violences sexuelles.