Terriennes

Violences : "les femmes africaines protègent encore leurs maris"

Des femmes sud-africaines participent à une manifestation contre la violence sexiste à Pretoria, le vendredi 27 septembre 2019.
Des femmes sud-africaines participent à une manifestation contre la violence sexiste à Pretoria, le vendredi 27 septembre 2019.
AP Photo/Jerome Delay

Il y a quelques jours le hashtag #vraiefemmeafricaine est apparu sur les réseaux sociaux. Créé par la journaliste Bintou Mariam Traoré et largement utilisé par les internautes, il tourne en dérision certains comportements pour mieux mettre en lumière les violences faites aux femmes sur le continent africain. Ketella Soroko, étudiante et féministe ivoirienne travaille sur ces questions avec son association “Le réseau”. Entretien.

Ketella Soroko se définit comme féministe “au quotidien”. La jeune femme, étudiante en droit en France a fondé son association “Le réseau” en début d’année. Le groupe de bénévoles vient en aide aux victimes de violences conjugales. Pour l’association, le constat est alarmant : “la protection du conjoint est le dénominateur commun des victimes qui viennent à nous. Elles se soucient avant tout de la réputation de leurs familles. Alors pour faire face aux agressions au sein de leur foyer, nous les accompagnons dans leurs démarches” précise Ketella Soroko. La militante déplore le manque de relais pour mettre en place une protection, une aide juridique et un suivi pour des victimes.

Le silence

Les femmes africaines s’adressant à l’association se livrent aux bénévoles en toute confidentialité. Elles sont assistées dans leurs démarches juridiques et bénéficient d’un suivi médicale. “Les femmes nous parlent d’agressions sexuelles, de viols, de violences physiques. Elles s’ouvrent et cela constitue une première étape pour les sortir de cette situation. Le but de notre association est, dans un premier temps, de recueillir leur parole.” souligne Ketella Soroko.
 
En cas de violence, c’est toujours la femme qui a tord. Elle est pointée du doigt comme la responsable de son mal.
Ketella Soroko
Pour la jeune féministe ivoirienne, beaucoup reste à faire en matière d’égalité homme-femme. Selon elle, cette évolution des moeurs passe notamment par un changement des mentalités. “En cas de violence, c’est toujours la femme qui a tord. Elle est pointée du doigt comme la responsable de son mal. Les femmes protègent leurs maris. Beaucoup pensent qu’il faut se taire afin d’éviter les conflits ou que l’époux aille en prison, par exemple . A l'arrivée, les victimes ne songent pas un instant à aller devant la justice.” déplore Ketella Soroko.
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Ketella Soroko, féministe militante et fondatrice de l'association "Le réseau"

“Les jeunes dénoncent les inégalités”

La jeune étudiante en droit, assoiffée de justice sociale a emboîté le pas à #jesuisunevictime. Ce hashtag et sa résonance à travers les pays francophones a été un déclencheur pour Ketella Soroko. D’après elle, “casser” les clichés et les attentes de la société autour de la femme noire ne peut se faire sans une remise en question individuelle et collective. “Nous avons lancé le hashtag #rééduquonsnous, il s’adresse aux jeunes générations. Notre objectif est d’entamer une réflexion sur les mentalités africaines et ainsi de repartir sur de nouvelles bases où la femme et l’homme ont les mêmes droits. Se rééduquer débute par s’extraire de certaines traditions et s'accompagne également d'un processus de déconstruction.” affirme Ketella Soroko.

Il y a une libération de la parole chez la jeune femme africaine. En revanche, pour nos mères ce n’est pas le cas car elles restent encore attachées à des valeurs et des coutumes qui pourtant les desservent.
Ketella Soroko
L’activiste veut croire au changement. Dans son quotidien, elle note que certaines choses ont évolué. “Il y a une libération de la parole chez la jeune femme africaine. En revanche, pour nos mères ce n’est pas le cas car elles restent encore attachées à des valeurs et des coutumes qui pourtant les desservent. Néanmoins, je remarque que la jeunesse a décidé de se lever, notamment grâce aux réseaux sociaux. Les hashtags permettent de pointer du doigts des comportements et des attitudes inacceptables. Il s’agit d’un grand pas. Nous avions besoin de sentir que nous sommes écoutées. Nous avions aussi besoin de sentir qu’en tant que femmes nous avons de la valeur.” insiste Ketella Soroko.
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Ketella Soroko, féministe militante et fondatrice de l'association "Le réseau"