Terriennes

Violences sexistes et sexuelles en politique : "Pas une de plus !"

"Les agresseurs et auteurs de violences ne peuvent représenter nos combats politiques et nous refusons catégoriquement de militer avec des hommes auteurs de violences, ou leurs ami·e·s complices", lancent les 500 signataires de cette tribune de #RelèveFéministe dans <em>Libération. </em>(Ici, photo de la manifestation de novembre 2021 à Paris)
"Les agresseurs et auteurs de violences ne peuvent représenter nos combats politiques et nous refusons catégoriquement de militer avec des hommes auteurs de violences, ou leurs ami·e·s complices", lancent les 500 signataires de cette tribune de #RelèveFéministe dans Libération. (Ici, photo de la manifestation de novembre 2021 à Paris)
©IM/Terriennes
"Les agresseurs et auteurs de violences ne peuvent représenter nos combats politiques et nous refusons catégoriquement de militer avec des hommes auteurs de violences, ou leurs ami·e·s complices", lancent les 500 signataires de cette tribune de #RelèveFéministe dans <em>Libération. </em>(Ici, photo de la manifestation de novembre 2021 à Paris)
"Lorsqu’un groupe politique porte un programme féministe, on est en droit d’attendre qu’il cesse de protéger les agresseurs. Surtout quand on sait qu’en France, au moins 213 000 femmes sont victimes de violences conjugales par an", écrivent 500 militantes féministes dans une tribune publiée dans Libération. (Ici, manifestation contre les violences faites aux femmes, novembre 2021, Paris)

Face aux récentes affaires de violences sexistes et sexuelles qui secouent le monde politique français, 500 militantes féministes signent une tribune dans le quotidien Libération. Élues, écrivaines, chercheuses, citoyennes engagées, toutes dénoncent "une solidarité masculine qui protège les agresseurs". Une situation qui "n'est plus tenable", estime l'historienne Mathilde Larrere, l'une des signataires du texte. 

C'est un véritable cri de ralliement, un appel à une "relève féministe". Elles sont plus de 500 militantes féministes à prendre la parole sous forme d'une tribune publiée dans le quotidien Libération. Certaines sont issues de partis politiques, les autres sont écrivaines, chercheuses, historiennes, journalistes, "féministes lambda" ou tout simplement citoyennes engagées... Toutes sont militantes, et elles ont décidé d'en finir avec "un système de protection des agresseurs en politique".

Que les choses soient claires : les agresseurs et auteurs de violences ne peuvent pas représenter nos combats politiques.
Tribune publiée dans Libération

"Silence, consternation, puis explosion de colère : chez les féministes, ce n’est pas une vague de dégoût qui nous a emporté·e·s après les déclarations de nombreux cadres et partis de gauche, c'est un vrai tsunami", lancent les membres de ce collectif baptisé #Relèveféministe.

"Ce n'est plus tenable !"
 
Mathilde Larrere, historienne, autrice de Rage against the machisme.
©Gallimard
Entretien avec Mathilde Larrere, historienne et militante féministe, autrice de Rage against the Machisme (Gallimard, 2022), jointe par Terriennes.

Terriennes : Qu'est-ce-ce qui vous a poussé à participer à cette tribune ?

Mathilde Larrere : la fatigue, la goutte qui fait déborder le vase, le sentiment qu'à un moment, il faut taper du poing sur la table. L'impression que tout a été dit, tout a été dénoncé et que rien ne change, ni dans les actions, ni dans les mots de certains dirigeants . Ce n'est plus tenable !

Pour les femmes élues et membres de parti, concrètement, comment peuvent-elles faire changer les choses ? 

C'est très difficile. Refuser de jouer le jeu de "mise sous le tapis" qui est souvent la règle dans les partis politiques et qui consiste à faire passer l'intérêt du parti avant l'intérêt de cette lutte qu'elles mènent, parce que ce n'est pas parce qu'elles le font qu'elles ne mènent pas cette lutte au nom de la défense des victimes. Il y a eu des prises de parole et des textes très très forts ces derniers jours. Je crois que c'est la première des choses qu'elles peuvent faire. Car de fait, à l'intérieur des partis, il y a des logiques complexes, qui reposent sur l'interconnaissance, et surtout dans des partis qui sont dans positions de défendre l'intérêt du parti avant tout. 

Cela peut représenter un risque ?

Bien sûr que c'est prendre un risque ! C'est ce qu'avaient très bien expliqué les différentes élues d'Europe écologie-Les Verts au moment de l'affaire Baupin. Elles ont attendu d'être dans des positions - au sein du parti - qui leur permettaient de s'exprimer sans s'exposer à des risques. Il y a des risques personnels comme toute femme victime de violences sexuelles. Dans le milieu professionnel, elle prend le risque d'être écartée voire de perdre son travail, le système protégeant les agresseurs. On est dans un contexte où la parole des femmes est déconsidérée, délégitimée voire attaquée. Celles qui le font savent qu'elles vont être attaquées. 

Aurait-il fallu intégrer des hommes à cette tribune ? 

Ce  n'aurait pas été la même tribune. Le choix a été fait de l'ouvrir à des hommes qui ne sont pas cisgenre. C'est un choix militant qui se justifie. Pour moi c'est respecter un cadre militant et légitime. Après, rien n'empêche des hommes cisgenre de faire leur propre tribune de leur côté. Mais c'est compliqué, car très souvent, des hommes qui sont agresseurs, signent ce genre de tribune. Et cela pour plusieurs raisons. Parce qu'ils n'ont pas conscience d'être agresseur, ce que je veux bien entendre. D'autres, parce que c'est un moyen de se protéger. Ceux qui sont actuellement mis en cause, on les a vus dans d'autres circonstances défendre les droits des femmes, pourfendre les violences sexistes et sexuelles, cela alors même qu'ils en sont auteurs. Si l'affaire Baupin a éclaté, il ne faut pas oublier que c'est parce que, se présentant comme féministe, il avait, avec d'autres élus écologistes, mis du rouge à lèvre en soutien aux femmes victimes. Et ce n'était pas supportable.
C'est compliqué pour les hommes dans ce contexte, même si, et heureusement, il y en a qui nous aident très sincèrement dans la lutte contre les violences conjugales. 

C'est quoi l'étape d'après ? 


C'est très difficile. On le voit avec l'article de Libération, par exemple quand on voit que rien n'a été fait avec l'affaire PPDA etc... A mon avis, il faut mettre très clairement sur la table le traitement juridique des violences sexuelles. Donner plus de moyens à la justice, et mieux former les personnels. Réfléchir à modifier la loi, peut-être changer la prescription. Il faut aussi entamer une réflexion plus profonde sur la façon dont on traite ces affaires dans le cadre des partis politiques. Même s'il y a des instances qui ont été mises en place, ce qui est un progrès, même si cela a été difficile. Il faut faire aussi attention aux victimes actuelles, car ces systèmes de médiatisation sont extrêmement douloureux pour les victimes qui n'ont pas besoin de cela en plus. Je pense qu'il faut une sorte de grand agiornemento de comment on traite les VSS dans les entreprises, dans les partis, dans les médias, et trouver une solution collective. 
En juin 2022, l'Observatoire des VSS en politique avait adressé une lettre de recommandation à l'adresse de la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, première femme à occuper le "perchoir" en France.

Un "véritable tsunami"

"Que les choses soient claires : les agresseurs et auteurs de violences ne peuvent pas représenter nos combats politiques", écrivent les militantes, parmi lesquelles figurent la porte-parole du PS Gabrielle Siry-Houari, l'historienne Mathilde Larrère ou encore la journaliste Elsa Wolinsky, qui réclament la démission du député du Nord, Adrien Quattenens qui a reconnu des violences conjugales.

Lorsqu’un groupe politique porte un programme féministe, notamment sur le plan des droits des femmes et de la lutte contre les violences de genre, on est en droit d’attendre de lui qu’il cesse de protéger les agresseurs et qu'il soutienne inconditionnellement les victimes des violences patriarcales.
Extrait tribune #RelèveFéministe

"Si Adrien Quatennens ne fait à ce stade pas l'objet d'une condamnation judiciaire, bien qu’une procédure pénale ait été engagée, ses aveux le rendent politiquement responsable", estiment les militantes, qui exigent "qu'il démissionne de son mandat parlementaire, et que la cellule violences sexistes et sexuelles de LFI (La France Insoumise, ndlr) envisage sérieusement tous les degrés de sanctions disponibles".

"Lorsqu’un groupe politique porte un programme féministe, notamment sur le plan des droits des femmes et de la lutte contre les violences de genre, on est en droit d’attendre de lui qu’il cesse de protéger les agresseurs et qu'il soutienne inconditionnellement les victimes des violences patriarcales", écrivent-elles, condamnant "avec la plus grande fermeté la réaction de Jean-Luc Mélenchon et de ses pairs", qui ont tardé à dénoncer la gravité des faits.

Tous et toutes concernées

Plus largement, citant toute une série de responsables politiques mis en cause dans des affaires de violences sexistes et sexuelles, elles affirment qu'"aucune organisation militante ne peut raisonnablement considérer qu'elle n'est pas concernée. C’est un système qui perdure grâce à des complicités, des comportements identifiés, une lâcheté connivente".

C’est un système qui perdure grâce à des complicités, des comportements identifiés, une lâcheté connivente.
Extrait tribune "Pas une de plus"

"Nous refusons de militer avec des hommes auteurs de violences, ou leurs amis complices", poursuivent les autrices du texte, dont des militantes de LFI, du PS, d'EELV, ou de Générations, estimant qu'il est "grand temps de faire de la place politique aux féministes qui luttent au quotidien contre les violences sexistes et sexuelles".

"Une solidarité masculine qui protège les agresseurs"

500 militantes féministes dénoncent les violences sexistes et sexuelles en politique
©capture ecran / Libération

"Doubles voire triples victimes, les personnes racisées et/ou LGBT+ ne sont pas épargnées, et sont souvent asphyxiées par la charge sexiste et raciale. Fétichisation, violences islamophobes, agressions racistes, invisibilisation en politique et dans le débat public", relèvent également les membres du collectif féministe.

Parmi les signataires se trouvent aussi la fondatrice de #MeTooThéâtre Marie Coquille-Chambel, l'autrice et blogueuse"Klaire fait Grr", ou encore l'ex-candidate à la primaire populaire Anna Agueb-Porterie. 

Face à une solidarité masculine qui sert de nouveau à protéger les agresseurs pullulant dans nos sphères politiques, nous appelons à une relève féministe.
Extrait tribune #RelèveFéministe

"Face à une solidarité masculine qui sert de nouveau à protéger les agresseurs pullulant dans nos sphères politiques, nous appelons à une relève féministe", ajoutent les signataires, "Puisque les hommes semblent incapables de faire mieux, il est temps de passer la main".

Il n'y a pas de petites violences

Et puisqu'il faut, hélas, encore et encore le marteler : il n'y a pas de petites violences, comme le rappelle très clairement la page Facebook du collectif #NousToutes, qui donne rendez-vous le 19 novembre à Paris et partout en France pour une mobilisation nationale à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre.