Vivian Silver, militante israélienne pour la paix, assassinée

Présumée otage, Vivian Silver restait introuvable depuis l'attaque du Hamas contre Israël, le samedi 7 octobre 2023. Elle a été tuée dans le kibboutz de Be’eri, où elle habitait. Cette féministe canadienne et israélienne de 74 ans était une militante de longue date pour la paix avec les Palestiniens. 

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Vivian Silver

Vivian Silver

©avlaremoz.com
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La triste nouvelle est finalement arrivée. Lundi 13 novembre, la consule générale israélienne Idit Shamir a annoncé la mort de la militante pacifiste israélo-canadienne Vivian Silver. Âgée de 74 ans, elle était portée disparue depuis le 7 octobre, jour de l'attaque terroriste du Hamas. 

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"Tragique nouvelle : Vivian Silver, la militante pacifiste canado-israélienne que l'on croyait prise en otage, a été confirmée morte, assassinée par le Hamas au kibboutz Beeri. Nos pensées vont à sa famille et à ses amis. Que son souvenir soit une bénédiction", écrit la consule générale sur X.

"Le Canada pleure sa perte", a écrit, également sur X, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, décrivant Vivian Silver comme "une fière Israélo-Canadienne qui a milité toute sa vie pour la paix".

Nos partenaires de Radio-Canada lui rendent hommage avec un portrait en images :

De nombreux messages de tristesse ont été postés sur les réseaux sociaux à l'annonce de la mort de cette femme engagée, comme ici, les mots d'Hanna Assouline, fondatrice du mouvement Les Guerrières de la paix, qui l'avait rencontrée quelques jours seulement avant sa mort et lui rend un hommage poignant. 

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"Une fière Israélo-Canadienne qui a milité toute sa vie pour la paix"

"On était en contact par téléphone depuis le début de l'attaque et elle m'a écrit : 'ils sont dans la maison', témoigne son fils Yonatan Zeigen, 35 ans, qui vit à Tel-Aviv. Très vite, nous nous sommes rendu compte qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Vous savez, nous sommes habitués aux roquettes qui tombent… mais ce type d'incursion, cela n'arrive jamais," confie-t-il à la télévision canadienne.

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C'était dans la matinée du samedi 7 octobre. A l'extérieur retentissaient cris et tirs. Vivian Silver était inquiète, mais elle continuait à rassurer ses proches par texto. Son amie Avital Brown, par exemple, qui témoigne auprès de la chaîne NBC. "C'est le chaos absolu ici. Les terroristes ont infiltré Be'eri. Il y a des tirs et des cris", écrivait Vivian Silver.

Son dernier message à un autre de ses fils, Chen Zeigen remonte à 11h00 locales : "J'entends quelqu'un essayer d'entrer dans la maison", puis "Je crois qu'ils sont partis". Et depuis, plus rien.
 

Les choix de Vivian

Née au Canada, Vivian Silver était venue suivre des études de psychologie et de littérature anglaise à l'université hébraïque de Jérusalem. Après un très bref retour au Canada, elle décide de faire sa vie en Israël plutôt que dans son pays natal. En 1968, elle s'installe au kibboutz Gezer, où elle milite d'abord pour les droits des femmes et contre les inégalités entre les sexes dans la société israélienne, avant de s'intéresser au pluralisme religieux et à la coexistence entre juifs et Arabes. 

En 1990, installée avec son mari et ses enfants à Be'eri, un kibboutz proche de la frontière de Gaza, elle tisse des liens étroits avec les Gazaouis et la communauté bédouine et milite, entre autres, pour la hausse des salaires des ouvriers palestiniens travaillant sur les chantiers du kibboutz.

Au début de la seconde Intifada, elle se rend fréquemment à Gaza et collabore avec des organisations en Cisjordanie. "Je connais personnellement de nombreux Palestiniens qui aspirent à la paix autant que nous", s'indigne-t-elle quand un Israélien affirme n'avoir aucun lien avec l'autre camp, lit-on sur le site turc avlaremoz.

Cinquante ans d'engagement 

"Elle se bat pour la justice, c'est une mère et grand-mère fantastique »,  affirme Yonatan Zeigen, avant d'ajouter : "Si elle était là, elle dirait que la guerre est le résultat du chemin qu'on a pris durant toutes ces années et que le seul moyen de se sentir en sécurité, c'est la paix."

Pourtant, Vivian Silver sait combien les énormes inégalités entre Israël et Gaza font obstacle à la paix. Comment combler ce fossé ? Elle a passé la majeure partie de sa vie à tenter de répondre à cette questionUn ancien collègue témoigne : "Elle a dédié sa vie à la paix. Elle s’impliquait pour mettre fin à l’occupation et résoudre le conflit."

En 1999, Vivian Silver cofonde, avec Amal Elsana Alh'jooj, féministe bédouine et militante pour la paix, le centre judéo-arabe pour l'égalité, l'autonomisation et la coopération. Pour leur contribution à la paix, toutes deux reçoivent en 2010 le prix Victor J. Goldberg pour la paix au Moyen-Orient. La militante a aussi fait partie de B'Tselem, une organisation de défense des droits humain basée à Jérusalem.

Vivian et Amal

Amal Elsana et Vivian Silver, lauréates du prix Goldberg pour la paix au Moyen-Orient en 2010.

Vivre à la frontière de Gaza

Bénévole pour Road to Recovery, Vivian Silver se rend à Gaza plusieurs fois par semaine pour aller chercher des Palestiniens ayant besoin de soins médicaux, à commencer par les chimiothérapies, et les accompagner dans des hôpitaux de Tel-Aviv ou de Jérusalem. Ainsi continue-t-elle à entretenir des liens avec ses amis gazaouis après la fermeture de la frontière entre Gaza et Israël, en 2007.

L'idée d'une nouvelle guerre me rend folle. Pas plus que les trois dernières, elle ne résoudra pas le conflit et ne fera qu'ajouter au nombre de morts et de blessés. Vivian Silver, militante pour la paix

"Vivre à la frontière de la bande de Gaza est difficile, confiait-elle en 2014 dans ses écrits. Je suis animée par un désir intense de sécurité pour les deux peuples, qu'ils puissent vivre dans le respect mutuel et la liberté. L'idée d'une nouvelle guerre me rend folle. Pas plus que les trois dernières, elle ne résoudra pas le conflit et ne fera qu'ajouter au nombre de morts et de blessés. Quand les roquettes tombent autour de nous et que les médias annoncent qu'il n'y a pas de victimes, j'ai envie de crier : "De quoi parlez-vous ? Il y a des milliers de blessés dans l'âme parmi nous – des enfants et des adultes !"

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Meneuses de paix

Vivian Silver est cofondatrice de Women Wage Peace (qui pourrait se traduire par "les femmes mènent la paix"). "Après quarante ans de militantisme pacifiste, j'ai dû admettre que le mouvement socialiste, auquel j'étais si fière d'appartenir, n'avait pas réussi à mettre fin au conflit israélo-palestinien. J'ai décidé de trouver une autre voie," écrit-elle en 2014.

J'ai vécu et respiré Women Wage Peace jour et nuit. Vivian Silver

"Lorsque j'ai entendu parler de ces femmes juives, musulmanes, chrétiennes et athées qui s'organisaient pour agir contre une nouvelle guerre, je les ai immédiatement rejointes, se souvient-elle. Dès lors, j'ai vécu et respiré Women Wage Peace jour et nuit."

Le premier coup d’éclat du mouvement des femmes pour la paix remonte à octobre 2016 : une foule de femmes vêtues de blanc défile pacifiquement devant la résidence du Premier ministre israélien. De toutes confessions et de tous bords politiques, elles ne sont là que pour réclamer la paix.

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Si la diplomatie était aux mains des femmes...

Quelques jours avant l'attaque, le 4 octobre, Vivian Silver défile à Jérusalem avec 1 500 personnes, dont des centaines de Palestiniennes et Israéliennes, une manifestation qu'elle a contribué à organiser. Épaule contre épaule, ces femmes rêvent d'un avenir pacifique pour Israël et la Palestine, construire une nouvelle vie.

Si les femmes étaient au centre de la diplomatie de paix, elles construiraient des ponts sans précédents défend Vivian Silver, qui se revendique féministe. Selon elle, l'action des femmes peut contribuer à la paix .

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