Terriennes

"Women Deliver" : la quête du pouvoir pour faire avancer les droits des femmes

Près de 8 000 participant.e.s venues du monde entier ont suivi les débats, ateliers et conférences du Women Deliver, à Vancouver, en ce mois de juin 2019.
Près de 8 000 participant.e.s venues du monde entier ont suivi les débats, ateliers et conférences du Women Deliver, à Vancouver, en ce mois de juin 2019.
©Catherine François

Clap de fin pour la 5ème édition de la conférence Women Deliver à Vancouver. Pendant quatre jours, plus de 8000 personnes venues de quelque 160 pays ont participé aux débats et ateliers. Quel bilan tirer de cette rencontre qui portait sur les droits des femmes et l’égalité des genres ? Terriennes a rencontré la présidente de Women Deliver, la Danoise Katja Iversen.

Pour Katja Iversen, c’est mission accomplie. Elle qualifie de "magnifique et dynamisante" cette conférence Women Deliver à Vancouver : un nombre record de participant.e.s, de conférenciers et conférencières dont plusieurs prestigieux, d’ateliers et de conférences.

Women Deliver 2019, Vancouver (Canada)
Women Deliver 2019, Vancouver (Canada)
©Catherine François


"Les conférences Women Deliver, ce sont bien plus que des conférences : ce sont des postes de ravitaillement sur le long chemin vers le progrès, explique-t-elle, ravitaillement pour de nouveaux progrès, de nouveaux partenariats et de nouvelles façons de faire les choses". C’est le but premier de Women Deliver : faire du réseautage, partager ses expériences, des solutions, des pratiques, des programmes. Une occasion unique de rencontrer des militant.e.s et des féministes du monde entier pour faire un bilan de la situation des femmes dans le monde et réfléchir à des solutions pour faire avancer les choses.
 

Des lois, et avec les hommes

Il ressort de ces 4 jours intenses de discussions, deux grandes conclusions partagées par tous et toutes : ce sont les gouvernements et les dirigeants qui doivent, en élaborant des législations, assurer le cadre de base pour défendre les femmes dans leurs pays. Sans lois, les meilleurs programmes d’aides restent sans effets réellement concrets et immédiats. Des lois pour garantir un accès à une contraception efficace pour les femmes par exemple, des lois pour les protéger des agressions sexuelles et du harcèlement, etc. Donc le pouvoir politique doit absolument prendre à bras le corps la défense des droits des femmes.
 

Ce n’est pas une guerre entre les sexes, c’est une mission commune vers le progrès, les hommes, les garçons, les femmes et les filles doivent être unis dans cette mission.
Katja Iversen, pdte Women Deliver

La deuxième grande conclusion, c’est que les hommes et les garçons sont partie prenante de la démarche pour améliorer la situation des femmes et en arriver à une égalité des genres. Un travail de longue haleine donc pour changer des mentalités machistes rétrogrades et des comportements de misogynie larvée. « Si nous traitons l’égalité des genres comme un problème de femmes, nous n’allons jamais y arriver ! fait remarquer Katja Iversen. Ce n’est pas une guerre entre les sexes, c’est une mission commune vers le progrès, les hommes, les garçons, les femmes et les filles doivent être unis dans cette mission ».
 

Katja Iversen, présidente, mais aussi le visage et la voix de Women Deliver.
Katja Iversen, présidente, mais aussi le visage et la voix de Women Deliver.
©Ayano Hisa/women deliver

Un vent d’impatience et de fébrilité

Il régnait dans cette conférence une sorte de fébrilité et d’impatience : fébrilité par la stimulation des rencontres et des débats, la qualité des échanges, et impatience parce qu’il faut que les choses bougent et avancent rapidement. Chacun.e des participant.e.s a clairement ressenti l’urgence de resserrer les rangs et lever le point pour défendre les femmes dont les droits sont menacés dans de nombreux pays y compris les États-Unis, où une lame de fond perfide anti-avortement est en train de déferler.

C’est aussi à ça que sert cette conférence : dire NON, on ne va pas retourner en arrière et c’est ce que nous disons à Donald Trump et à tous ceux qui veulent nous faire reculer.
Katja Iversen, pdte Women Deliver

« La capacité de la femme de disposer de son corps, de décider de ce qu’elle veut en faire, c’est un droit humain, martèle Katja Iversen. Tout retour en arrière est terrible. C’est aussi à ça que sert cette conférence : dire NON, on ne va pas retourner en arrière et c’est ce que nous disons à Donald Trump et à tous ceux qui veulent nous faire reculer. On ne peut jamais prendre pour acquis les progrès qui ont été faits. Il faut continuer à avancer et à accélérer le mouvement, on ne peut pas encore attendre 200 ans pour atteindre enfin l’égalité des genres ! Nous sommes à un point tournant dans la lutte. Ce sentiment d’énergie, d’union, d’optimisme, de ce que nous devons faire, nous l’avons ressenti ici. Si on pouvait embouteiller cette énergie, on pourrait nourrir le mouvement pour les trois prochaines années ! ».
 

Où sont les francophones ?
Il est vrai que cette conférence a été un beau succès : beaucoup de jeunes venus du monde entier ont pu faire entendre leurs voix et une atmosphère électrisante régnait. Seul bémol : trop peu de francophones, notamment des représentants des pays de l’Afrique francophone. A peine 12% des participants à la conférence étaient des Francophones. « Oui, on peut faire mieux, admet Katja Iversen, et on va faire mieux lors de la prochaine conférence qui se tiendra en 2022 et dont on annoncera dans un an où elle se tiendra ». 

Le Canada en première ligne pour la défense des droits des femmes

Terriennes a aussi pu rencontrer la première dame du Canada, Sophie Grégoire-Trudeau, femme de Justin, qui a participé à la conférence du début à la fin.

L’intention du Canada, ce n’est pas de se positionner en leader mais de faire face aux défis réels sur l’égalité des genres.
Sophie Grégoire-Trudeau
Sophie-Grégoire Trudeau, féministe assumée et revendiquée.
Sophie-Grégoire Trudeau, féministe assumée et revendiquée.

Son Premier ministre de mari a annoncé le lendemain de l’ouverture officielle qu’à partir de 2023, le Canada faisait passer à 1,4 milliards de dollars par an l’enveloppe consacrée à la défense des droits des femmes dans le monde et ce, pour les 10 années suivantes. Et la moitié de ces 1,4 milliards de dollars, soit 700 millions de dollars, seront dirigés vers les droits sexuels et reproductifs des femmes.

"L’intention du Canada, ce n’est pas de se positionner en leader mais de faire face aux défis réels sur l’égalité des genres, précise Sophie Grégoire-Trudeau. C’est d’autant plus important que des vents contraires soufflent actuellement pour faire régresser les droits des femmes, mais le Canada va se tenir debout pour défendre ces droits, incluant mon mari. On va continuer à mettre le pied sur la pédale et à avancer, à protéger les droits sexuels et reproductifs des femmes et leur santé".

A un moment donné, j’espère qu’on ne sera plus obligé de dire qu’on est féministe ! Le féminisme, ce n’est pas un choix, c’est un fait et il faut se le répéter.
Sophie Grégoire-Trudeau

Sophie Grégoire-Trudeau est une féministe impliquée dont de nombreuses causes au Canada : « A un moment donné, j’espère qu’on ne sera plus obligé de dire qu’on est féministe ! Le féminisme, ce n’est pas un choix, c’est un fait et il faut se le répéter. Oui, il y a urgence, que l’on parle environnement ou égalité des genres, ce ne sont pas des batailles les uns contre les autres mais des batailles où nous devons nous unir, rassembler nos forces et nos visions progressistes pour une société plus juste et équitable ».
 


Durant cette conférence dont la thématique centrale portait sur LE POUVOIR, tant les conférenciers que les participants devaient répondre à une question : que feriez-vous si vous aviez du pouvoir pour améliorer les conditions des femmes dans le monde et atteindre l’égalité des sexes ? "Et, ajoute Katja Iversen, comment se servir de ce pouvoir pour le mieux, d’une manière positive ? C’est la question que nous devons tous et toutes nous poser dans notre vie de tous les jours".
 

Droits des femmes, droits sexuels et reproductifs mais aussi droits des enfants étaient au coeur des discussions lors du Women Deliver, en juin 2019 à Vancouver, au Canada.
Droits des femmes, droits sexuels et reproductifs mais aussi droits des enfants étaient au coeur des discussions lors du Women Deliver, en juin 2019 à Vancouver, au Canada.
©Catherine François

Dans son discours de clôture de la conférence, Katja Iversen s’est adressé à chacun.e des participant.e.s : "Mobilisez encore plus de gens, mobilisez des hommes et des garçons et travaillez ensemble avec les nouvelles méthodes et les nouvelles solutions qui ont été discutées et élaborées dans cette conférence. Et vous commencez dès lundi !"