Xotchitl Galvez, l'autre candidate à la présidence du Mexique

Xotchitl Galvez est une sénatrice de la droite libérale qui n'en finit pas de bousculer l'hégémonie du pouvoir de gauche en place. Candidate à la présidentielle de 2024, elle assure avoir "les ovaires" pour lutter contre le crime organisé qui gangrène son pays. En face, une autre candidature féminine, celle de Claudia Sheinbaum, mairesse de Mexico.

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La députée Xochitl Galvez, candidate de l'opposition à l'élection présidentielle, s'adresse à la presse après avoir enregistré son nom en tant que candidate, à Mexico, le mardi 4 juillet 2023. (AP Photo/Fernando Llano)

Xochitl Galvez s'adresse à la presse après avoir enregistré sa candidature à la présidentielle, à Mexico, le 4 juillet 2023. 

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"Ca suffit ! Il faut des ovaires pour punir ceux qui violent la loi", écrit ce 2 août 2023 Xochitl Galvez, candidate de l'opposition de droite à l'investiture pour la présidentielle de 2024. "Il faut des ovaires pour combattre le crime et j'ai assez d'ovaires pour appliquer la loi, ça suffit !", a lancé la veille la sénatrice dans une réunion publique. 

Xotchitl Galvez, 60 ans, a brusquement réveillé l'opposition au Mexique. Celle-ci semblait pourtant promise à la défaite à l'élection présidentielle de juin 2024 face à la domination croissante des forces du très populaire président sortant Andres Manuel Lopez Obrador. Précandidate depuis le 4 juillet 2023. Xotchitl Galvez, désormais favorite danse la course à l'investiture au sein du Frente amplio, la coalition des trois partis d'opposition, critique "l'échec de la stratégie de sécurité" du président sortant Andres Manuel Lopez Obrador, et de son slogan "abrazos no balazos" ("des accolades, pas des fusillades") avec les narcotrafiquants. 

Des ovaires contre le crime organisé

Ces déclarations choc contre le crime organisé, Xochitl Galvez les a faites dans l'Etat du Guanajuato, dans le centre du pays. Il s'agit de l'Etat le plus touché par les homicides : plus de 4 200 en 2022, d'après les dernières statistiques. Au total 32 223 meurtres ont été enregistrés en 2022, indique l'Institut national de statistiques, qui souligne aussi que c'est moins qu'en 2021 (35 700) :  cela représente "25 homicides pour 100 000 habitants" contre 28 l'année d'avant, résume l'Inegi.

Ces statistiques nationales permettent à Claudia Sheinbaum,  candidate à l'investiture du parti de gauche au pouvoir, de saluer la stratégie du gouvernement, ainsi que ses propres résultats à la tête de la municipalité de Mexico. "En 2022 nous avons obtenu le taux d'homicides le plus bas depuis 1989, souligne-t-elle. Aujourd'hui la ville de Mexico compte parmi les sept entités avec le moins d'homicides pour 100 000 habitants".

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Une présidente au Mexique ?

Avec l'irruption de la sénatrice d'origine indigène, au début de l'été 2023, deux femmes peuvent désormais prétendre au titre de première présidente du Mexique, du jamais vu dans l'histoire d'un pays de culture plutôt patriarcale. Si elles décrochent chacune l'investiture de leur partie à l'issue de la précampagne, qui prend fin en septembre 2023, le Mexique aura très certainement, pour la première fois de son histoire, une femme présidente en juin 2024.

Avec 28% d'opinion favorable, Xotchitl Galvez, domine les cinq aspirants du "Frente amplio", d'après un sondage publié par le site d'information El Pais.

Du côté du pouvoir, Claudia Sheinbaum, 61 ans, devance les cinq autres candidats à l'investiture du parti de gauche au pouvoir, dont son principal rival, Marcelo Ebrard, l'ancien ministre des Affaires étrangères. L'ex-mairesse de Mexico, 61 ans, à la tête de la capitale de 2018 à juin dernier, ne ménage aucun effort pour être nommée candidate du Mouvement pour la régénération nationale (Morena). Claudia Sheinbaum et Marcelo Ebrard font l'un et l'autre campagne à travers le pays pour s'imposer comme les héritiers de Lopez Obrador, qui ne peut pas se représenter selon la Constitution. 

Claudia Sheinbaum

Claudia Sheinbaum lors d'un rassemblement à Mexico, le 15 juin 2023. La mairesse de la ville a annoncé qu'elle démissionnait de son poste pour se lancer dans la course aux primaires en vue de l'élection présidentielle de 2024.

©AP Photo/Eduardo Verdugo

Une campagne bouleversée

Le profil de Xotchitl Galvez, qui s'est imposée dans la précampagne électorale mi-juin 2023, complique la stratégie du président et de ses proches, artisans autoproclamés de la "Quatrième transformation" du Mexique. Xochitl Galvez a commencé à faire parler d'elle le 12 juin 2023 quand la présidence lui a refusé l'accès à la conférence de presse matinale du président – lui offrant au passage une visibilité médiatique inespérée. Elle voulait contredire le président qui la qualifiait de "candidate de la mafia du pouvoir" et des "conservateurs" ."Quand il m'a fermé la porte au nez, des milliers de mexicains m'ont ouvert la leur", notait la sénatrice.

Au pouvoir depuis 2018, Andres Manuel Lopez Obrador assure défendre "les pauvres d'abord", en dénonçant l'opposition "conservatrice", "néo-libérale", "raciste". Un angle d'attaque qui ne fonctionne plus avec "Xochitl" née d'un père otomi et d'une mère métisse dans l'état d'Hidalgo, dans le centre du pays. Son prénom signifie "fleur" en nahuatl, la langue indigène la plus parlée au Mexique.

Une candidate venue de loin

La sénatrice raconte qu'à six ans elle vendait des bonbons dans la rue. Une de ses soeurs est en prison depuis onze ans pour appartenance à une bande de ravisseurs. Avant d'entrer en politique, Xochitl Galvez a dirigé une fondation de soutien aux enfants et aux femmes indigènes.

Le président a réussi à construire une opposition élitiste, raciste, blanche, oligarque. Je crois que le profil de Xochitl vide ce récit de sa substance. 

Paula Sofía Vázquez, analyste politique

"Le président a réussi à construire une opposition élitiste, raciste, blanche, oligarque. Je crois que le profil de Xochitl vide ce récit de sa substance", résume pour l'analyste politique Paula Sofía Vázquez. Son profil s'oppose également aux deux candidats à la succession de Lopez Obrador, Claudia Sheinbaum et Marcelo Ebrard, d'origine européenne, issus de la classe moyenne de la capitale Mexico, dont ils ont été les maires.

Self-made woman

Xochitl Galvez est une self-made woman, selon le Financial Times, qui lui a consacré un long portrait, la qualifiant de "menace" pour le pouvoir au Mexique, 15e économie mondiale (126 millions d'habitants), tournée vers les Etats-Unis.

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Ingénieure informatique, Xochitl Galvez a lancé sa propre entreprise et milité dans les rangs du Parti de l'Alliance nationale (PAN, droite conservatrice et libérale). Elle a été responsable de la Commission pour le développement des peuples indigènes sous le président Vicente Fox (2000-2006).

La native de l'Etat d'Hidalgo a été élue mairesse d'un district très chic de Mexico de 2015 à 2018, puis sénatrice en 2018, après avoir échoué à se faire élire gouverneure dans son Etat d'origine.

 

Personne ne me contrôle, pas même mon propre mari. Je n'appartiens à aucune oligarchie. 

Xochitl Galvez

Adepte du franc-parler, la sénatrice a défendu contre son parti libéral-conservateur le droit à l'avortement, les droits des communautés LGBT+, voire certains programmes sociaux de Lopez Obrador. "Personne ne me contrôle, pas même mon propre mari, aime-t-elle répéter. Je n'appartiens à aucune oligarchie".

Xochitl Galvez doit désormais recueillir 150 000 signatures de soutien au sein du Frente amplio, coalition qui regroupe le PAN, le PRD (centre-gauche) et l'ex-parti-Etat du PRI en perte totale de vitesse.

Le ou la gagnant.e sera connu le 3 septembre 2023, après des débats et des enquêtes d'opinion parmi trois finalistes. Du côté du parti au pouvoir, le vainqueur du duel Sheinbaum-Ebrard sera connu le 6 septembre, également après une enquête d'opinion.